Blog-Tone : Conditions de la condition, Lundi 1 décembre 2008

lundi 1er décembre 2008, publié par Ian Balat


Conditions de la condition

Depuis trois heures, je rature, reprends, modifie ce satané papier. Je voulais au départ réagir à une idée développée par Emmanuel Todd dans en entretien accordé à Médiapart. Il s’étendait avec une certaine lascivité intellectuelle (c’est un grand jouisseur) sur ce constat que nous étions dans une période désertique. Les idéologies ont été remplacées par du vide, et l’idéologie dominante, il disait cela en partant d’une analyse sur la reproduction des élites, est une idéologie du vide. Les penseurs du capitalisme ne reconnaîtraient pas leur(s) petit(s). Et, chose amusante, ce vide est aussi un vide des solutions de remplacement. Il n’y a pas d’idéologie prête à prendre le relais. Pas de communisme ou de fascisme, donc nous avons le temps de penser ce qui va bien pouvoir advenir. Je résume bien sûr.

Après ce constat, je voulais glisser subrepticement vers cette idée subtile et quasiment diabolique, que le capitalisme (le processus historique…) commençait à ressembler, dans la construction du discours sur le capitalisme par les élites, à l’Islam. Une fois le choc passé, je voulais présenter les concepts de Jahiliya, de Fitna, les associationnistes, la finitude du nombre de noms de Dieu, etc. Bref les trucs de base. Puis, après avoir également fait un petit point sur la nature trinitaire de Dieu en Occident, l’importance de cette nature dans l’histoire de la pensée, et cité de manière très fine Aristote, je pensais pouvoir opposer nature trinitaire et nature unitaire du divin et démontrer que le glissement de l’un vers l’autre est ce processus en cours dans la pensée du capitalisme. Ce que n’aurait pas entièrement refusé Bruno Etienne qui nous disait que l’avenir du capitalise est en Islam.

Force m’est de constater que cette tentative est un échec. Je ne peux qu’effleurer le sujet, en donner la structure fondamentale et conclure, tout penaud, que le vide dont parlait Todd n’est qu’apparent, ce qu’il ne nie pas (c’est Todd tout de même, oh !), et qu’il existe un discours clé en main prêt à resubstantifier le discours du capitalisme (le capitalisme ne parle pas, c’est un raccourci).

Epilogue : que trouve-t-on donc en face, si selon Todd, y’a plus rien ? Laissons causer cet autre libidineux qu’est Zizek : « Nous sommes aujourd’hui dans l’impossibilité de penser cette alternative. Mais je crois tout de même que nous sommes proches d’une explosion. Chez Lénine, déjà, l’utopie véritable est liée à l’urgence. On devient utopiste dès lors qu’on ne peut pas faire autrement. Dans ce sens, je crois que nous serons de plus en plus contraints à l’utopie. Le moment utopique de Lénine, avant et juste après la révolution d’Octobre, était le fruit d’une situation totalement désespérée. Une telle réaction serait liée au fait que le champ des choix « réalistes » n’est pas « réaliste » au sens de conforme à l’espace de l’idéologie hégémonique. »


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