Blog-Tone : House MD, 23 janvier 2008

mercredi 23 janvier 2008, publié par Ian Balat


House MD, 23 janvier 2008

Peut-être est-ce parce que je n’ai pas toujours su trouver les sous-titres adéquats ? Peut-être que mon anglais n’est pas aussi bon que je pouvais le croire ? Peut-être suis-je trop sensibles à certains sujets ? Peut-être est-ce parce que je vois le mal partout ? Ou peut-être ai-je raison ? Il n’en demeure pas moins que ce qui m’avait semblé être une série originale, bien écrite, agréable, légère n’est qu’une série américaine comme il s’en produit trop depuis quelques années.

Auparavant, la légèreté était de mise. Bien que très fournies en personnages et en actions, les propos de ces séries étaient misérables. Les personnages étaient typiques, les réactions téléphonées, les relations ennuyeuses, bref c’étaient des feuilletons, des petits en-cas, des trucs pas trop lourds qui justifiaient l’achat d’un journal pour tout le ménage, puis une fois télévisés, permettaient de vendre aux familles agglutinées devant leur poste des machines à laver, des voitures ou des cigarettes. C’était simple. Ça marchait. Parfois c’était plus fin que ça en avait l’air, parce que la pression était plus forte, les scénaristes devaient faire preuve d’imagination, insérer un autre récit dans le récit, faisant de Bewitched par exemple la série sur l’Amérique moyenne triomphante et une critique sauvage de l’antisémitisme du WASP américain.

Et puis il a bien fallu produire plus de contenus, pour plus de chaînes, pour plus de publicité. Une surenchère d‘écriture, proposer toujours mieux, toujours plus prenant. Les personnages se sont étoffés, les actions se sont multipliées, il fallait que le client soit satisfait des prestations fournies par la chaîne avec laquelle il avait un contrat. Je ne parle pas du téléspectateur, mais du vendeur de téléphones portables et de voitures, de produits financiers et de parfums. Téléspectateur captivé, annonceur content. Alors il fallut toucher le plus possible l’âme de ce petit puit de consommation vissé à son fauteuil. Il fallut lui parler de lui en plus grand. Qu’il se sente concerné. L’Amérique profonde est réactionnaire, religieuse, blanche, alors on lui donne ce qu’elle veut pour qu’elle reste accrochée au poste, qu’elle sache ce qu’elle doit consommer. Le rupin New-yorkais doit avoir du Seinfeld pour rester devant son poste car on y parle de lui. L’intello californien veut qu’on se moque de lui tout en flattant ses talents, on lui refourgue Californication. Le scénariste avait carte blanche, alors il fonçait. Une surenchère qui pouvait gêner l’annonceur. Alors il fallut s’y prendre autrement, garder la forme acide qui plaît tant au téléspectateur, mais y rajouter ce qui auparavant était au premier plan.

Car Dr House est plus fin. Il rend hommage à ces séries gnan-gnan qui parlaient d’hôpital, du beau chirurgien qui opère des blondes à forte poitrine qui tombaient amoureuses de lui après qu’il les a sauvées. Puis il va reprendre ce qui a fait le succès du soap tout en rajoutant le sabir médical popularisé par ER. Ce Dr House est exécrable, odieux, supérieur, mais quel talent ! Quelle vista ! Un vrai génie. Au départ il bouffe tout, Hugh Laurie est magistral, les autres personnages sont des faire-valoir, une série pour des urbains csp++ qui se savent supérieurs. Et puis, et puis… lentement, le reste du monde s’organise contre lui, son talent est remis en cause, son génie critiqué, il doit également se battre contre son addiction. Les thèmes abordés sont plus polémiques : la réussite sociale, la concurrence dans le travail, l’avortement, l’euthanasie, la responsabilité individuelle… et House est systématiquement en porte-à-faux. Il a des idées différentes des autres, il est rationnel et individualiste, ne croit en rien, sauf au froid diagnostic. « Tout le monde ment », comment permettre l’existence de la moindre vérité hors de la Raison. Mais son environnement le fait parfois plier. Et si le fœtus était un humain, et si l’euthanasie était réellement un problème, la famille un repère dans un monde sans repères… Le discours droitier s’insinue, on sent à qui parlent les producteurs, les responsables de la chaîne, ils veulent faire plaisir à l’annonceur qui sait lui ce qu’est la vraie Amérique.

Quelle chaîne déjà ? La Fox bien évidemment…


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