Blog-Tone : L’antépénultième degré, 18 février 2008

Le paon et la pintade

lundi 18 février 2008, publié par Ian Balat


L’antépénultième degré, 18 février 2008

Le paon et la pintade

De sa basse-cour, une pintade regardait amèrement un paon. Elle se disait, voici un oiseau tout plein de lui-même à exhiber ainsi toutes les plumes de sa queue. Il est arrogant, prétentieux et ridicule entouré ainsi de dizaines de petits oiseaux affolés par son hémicycle multicolore. Cette scène lui soulevait le cœur. Comment pouvaient-ils se laisser séduire par un animal aussi inutile ? Et elle pensait que tous ces improductifs méritaient bien ce petit roi, ce tocard, quand elle reine de sa basse-cour n’avait alentour que des animaux à la bonne chair, succulents et appétissants. Canards, dindes, oies, poules et poulets tous nécessaires à la vie de la ferme. Sans eux, rien de tout ceci n’existerait, même ce paon. Il serait crevé dans quelque recoin du sous-bois voisin, incapable qu’il était de se nourrir lui-même. Ce parasite la mettait hors d’elle. Elle préféra s’en aller rejoindre les siens et cacaber au milieu des cancanes et des cacarbes.

Le paon ignorait superbement ses bruyants voisins qui dandinaient dans leur fange. Il préférait les doux tirelies de l’alouette, les trisses de l’hirondelle et les chants du rossignol. Il était fasciné par la légèreté de leur vol, leur souplesse, leur rapidité. Il se sentait reposé par leur présence lui qui toute la nuit avait veillé sur la tranquillité de la basse-cour. Sans lui rien de tout ceci n’existerait, ces volatiles patauds passaient leurs journées à se gaver et leurs nuits à digérer leurs festins. Il était seul aux aguets toute la nuit durant prêt à sonner l’alerte au moindre danger nocturne. Il était la dernière barrière contre les prédateurs de la nuit, renards et chiens sauvages. De plus, la beauté de son plumage fascinait les visiteurs et attirait de nombreux chalands. Il faisait la gloire et la richesse de ses maîtres. Enfin, il connaissait le terrible secret de la basse-cour, le cœur de son existence, seul il savait le grand mystère de ce lieu, l’abattoir où tous devaient finir. Il en était le protecteur désintéressé.

Et chacun, pintade et paon, sûr de sa vraie valeur, criaillait qu’il était le vrai représentant du lieu au grand désarroi du fermier irrité par ces cris bruyants et disgracieux.

Moralité, rendez-vous le 16 mars.


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