Blog-Tone : On achève bien les poneys, Lundi 8 décembre 2008

lundi 8 décembre 2008, publié par Ian Balat


On achève bien les poneys

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Petit rappel. Sarkozy n’a rien inventé. Ça m’emmerde de causer encore de ça, mais ça sera rapide ; par contre, il a été inventé, inventé par une société à un certain stade de son histoire ; parce qu’il faut en remplir des conditions pour fabriquer un tel truc. Les aberrations, les états-limites, bref les anomalies dans une société sont de bons indicateurs de son état. Ça marche aussi avec les trains qui arrivent à l’heure, avec les non-événements, quand tout paraît tellement normal qu’on ne remarque plus que quelque chose s’est passé, ou ne s’est pas passé. Il faut pour cela des baromètres. Ces baromètres deviennent à leur tour des enjeux, j’en ai déjà causé avec les indices. Dans mon nouveau quartier par exemple, un baromètre fondamental va être détruit (je dis baromètre mais c’est évidemment bien plus que cela), une épicerie solidaire qui existait depuis plus de dix ans va être fermée faute de subventions de l’Etat, alors même que de plus en plus de familles venaient y acheter le minimum pour pouvoir subsister.

Il y a un baromètre que j’aimerais bien voir mis en place, celui qui mesurerait la fréquentation des castings des émissions de télé-réalité. Ce principe d’émission est né en Hollande il y a une bonne dizaine d’années, mais avait déjà été imaginé dans les années 80 par Robert Sheckley, son bouquin avait donné lieu à un film fameux, « Le prix du danger. » Dans sa version effective, le spectateur rentre dans l’intimité d’une poignée de cobayes et désigne régulièrement un participant à sacrifier. Ces émissions ont eu un grand succès, mais depuis quelques temps, ça se tasse. Toutefois, un certain engouement existe encore autour des personnes qui sortent « vivantes » de ces émissions, et certaines acquièrent un certain renom. C’est le cas de la Nouvelle Star par exemple. La mise en scène de la réussite et du talent des impétrants suscite un grand-espoir chez beaucoup de jeunes gens. Une participante à un de ces castings m’a fait une description très colorée de cet événement.

Plusieurs heures de queue, dans le froid, dans une foule atone, qui se demande ce qu’elle fait là. Au fur et à mesure qu’elle avance pourtant, elle commence a se souvenir du but de sa présence. Le bout du tunnel se rapproche, des animateurs sont envoyés régulièrement pour créer une ambiance, pour exciter les participants, caméra sur l’épaule. La mise en scène commence. La foule devient à la fois actrice et spectatrice, elle est filmée, reconstituée quand arrivent en son sein les premières personnes sorties choisies du casting, chacun peut voir que quelque chose arrive. Ce qui est jusqu’alors imaginé, prend de la réalité. La foule atone se transforme en troupeau, les doutes s’effacent, la mise en scène suscite la mise en scène, des sons commencent à émerger, certains chantent malgré le froid, d’autres font les clowns, chacun exprimant un versant de la foule, soumission ou détachement. L’espoir grandit, on va être entendu, le jury est à portée de voix, plus que quelques mètres.

Ça dure cinq secondes.

La foule est devenue spectacle. Sa mise en scène était le but de ce « castring » ; l’œil de la caméra est le spectateur concentré, son surmoi, son obscénité. Il faudrait un baromètre de l’obscénité, un baromètre politique.


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