Blog-Tone du 4 septembre 2005 : Un logement !

dimanche 4 septembre 2005, publié par Ian Balat


Un logement !

Le cri le plus impressionnant qu’il m’ait été donné d’entendre c’est « Au secours ! » La voix brisée par la détresse, les cordes vocales qui osent à peine le formuler, n’en laissant sortir qu’un souffle malgré la puissance de l’impulsion fournie par les poumons. Combien de ces cris on été murmurés puis dans un crescendo, une fois les cordes vocales détendues, hurlés dans ces immeubles en feu un peu partout dans Paris ? Et la mort qui vient lécher les corps, l’explosion des chairs et les chutes depuis les fenêtres, les pantins ensanglantés sur le macadam. Par trois fois, le feu a ravagé des taudis parisiens. Au cœur de la vie parisienne, des îlots décrépits survivent ; au cœur de la modernité l’État français permet à l’Ignoble d’assouvir son appétit de vies. Des marchands de sommeil exploitent la situation précaire de dizaines de milliers d’exilés africains, asiatiques et européens. Les exilés de la misères ne sont pas tous si exotiques. Des citoyens considérés par l’administration comme français depuis plusieurs générations vivent également dans les mêmes conditions. Quelle que soit la couleur de la peau, la misère est la misère. Et quel que soit son visage, l’Ignoble est l’Ignoble. Qui sont ces propriétaires qui osent laisser ces familles vivre dans ce dénuement ? Ce ne sont pas des Harpagons ou Ténardiers, ce sont parfois des institutions d’État : Caisse des dépôts, SNCF, Crédit Lyonnais, Banque de France... Tous ces groupes qui font la politique de l’État français sont bien plus responsables que ces abjects petits propriétaires tant décriés. Il faut avouer que la mairie de Paris cette fois-ci fait son boulot, mais pour qui ?

Reloger les précaires dans la petite et moyenne couronne, c’est libérer de l’espace pour les revenus élevés dans Paris. Réhabiliter les logements, comme c’est le cas actuellement, c’est garder les prix élevés, conserver le pouvoir de nombreux propriétaires et leurs revenus. Paris n’a jamais considéré ses pauvres, elle les a toujours dévorés comme Saturne ses enfants, pourtant ce sont eux qui font la richesse de la ville, eux qui nettoient ses rues, transportent ses habitants, les nourrissent, prennent soin de ses enfants... En vomissant par ses fenêtres toute sa pauvreté, Paris découvre qu’elle est infectée. Et ses médecins comme au temps de Molière ont toujours les mêmes remèdes : la purge ou la saignée.
Comment peut-on permettre de telles choses ? Et surtout QUI !


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