Canet, le 01 février 2010, Le Lac (IV)

lundi 1er février 2010, publié par Michel Balat


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Canet, le 01 02 2010

Le Lac (IV)

La surface du lac considérée comme une membrane
La tonalité, faciliteur du passage des percepts

M. B. : Nous sommes le premier février 2010. Il y a une revue de sémiotique Degrés, dont le thème est la sémiologie du corps, dans laquelle est publié un article « Du corps en institution ».

M. P. : Il n’est pas sur le site ?

M. B. : Non, parce qu’il n’était pas encore publié, il faut que je laisse le truc se tasser un peu. Helbo, celui qui dirige la revue, suit d’ailleurs mes épisodes… Voulez-vous que je lise la première page, pour vous mettre en…

G. P. : En bouche.

M. B. : Ça vous dit ?

Public : Oui.

M. B. : Cela commence par :

Anselme. dans le Prosologion, Saint Anselme de Canterbury, en principe ça ne s’écrit pas comme ça… expose ce qui deviendra la fameuse preuve ontologique de l’existence de Dieu. Pour cela, il dialogue avec l’Insensé qu’il conduira à reconnaître l’impossibilité de dire sans contradiction fatale son « Dieu n’existe pas ». Au départ de son argumentation Anselme pose cette simple question à son adversaire : parlons-nous tous les deux du même Dieu ? Que ne prenons-nous une telle précaution avant d’entamer quelque dialogue sur quelque sujet dont nous admettons peut-être trop rapidement qu’il est parfaitement partagé par notre interlocuteur. La réponse positive à la question est nécessaire pour que le dialogue commence.

Tchouang-Tseu. Lisons cet extrait d’un des beaux ouvrages sur Tchouang-Tseu : « Le lieu du vide n’est autre que le corps, à la condition d’entendre par là non le corps objet ou la machine de Descartes mais l’ensemble des facultés et des ressources et des forces connues ou inconnues que nous avons à notre disposition et qui nous déterminent. » On ne demandera pas à l’auteur de préciser ce qu’il entend par « nous », car il répondrait sans doute comme Saint Augustin, qu’il cite peu après : « Si personne ne le demande, je le sais ; si quelqu’un me pose la question et que je veux lui expliquer, je ne sais plus. » C’est bien, ça ! il était pas con, l’Auguste… Ici, Billleter suppose son lecteur dans une disposition d’esprit qu’il récuse, « non pas le corps objet ou la machine de Descartes ». S’il la maintient quand même, il peut continuer, mais au mépris d’une méconnaissance de la pensée de Tchouang-Tseu.
L’insensé va rapidement apprendre de saint Anselme que ce qu’il sait, i.e. dieu n’existe pas, il ne peut le dire sans se trouver pris dans une aporie. Va-t-il aller au Canossa de la preuve « ontologique », rejetant son ancienne (in)croyance ou encore va-t-il assumer comme l’enseigne Wittgenstein, avoir atteint les limites de son monde ou, estimera-t-il avec Lacan avoir touché au réel, c’est-à-dire à l’impossible ?

Peirce. Là où cieux et mers se confondent à l’horizon d’une plage où devisent deux compères, l’un dit, montrant un point de la mer, « ce bateau là-bas est un cargo, il ne transporte nul passager ». Charles Sanders Peirce, qui passait sans doute par là, nous demande ceci : si l’autre, pour quelque raison, capacité oculaire ou autre, ne voit pas le bateau, celui-ci est-il l’objet du signe ?

Avant de donner la position de Peirce, examinons le rapport avec les deux situations précédentes. Saint Anselme réclamait, avant de produire ses signes, l’accord de l’interlocuteur concernant leur objet, Dieu. Billeter demande au lecteur d’adopter la notion de corps qu’il présente afin de s’accorder au signe après que Tchouang-Tseu les a produits. Pour le premier, il s’agit d’un accord préalable à toute production de signes ; pour le second, à quelque interprétation.

Que dit donc Peirce ? La réponse à sa question est à trois volets, comme on l’imagine bien : un, le bateau ne saurait être l’objet du signe « phrase + destination » dans la mesure où il n’y a pas accord entre l’émetteur (que nous appellerons plus loin le Scribe) et le récepteur (ou Interprète) sur l’objet ; deux, l’objet du signe est dans ce cas-là la portion de mer indiquée aussi par le scribe et perçue par l’interprète, autrement dit ce dont ils partagent la connaissance perceptuelle ; trois, mais la phrase prépare l’interprète à sa future connaissance du bateau en question, y compris visuelle. Ici pas de véritable préalable, mais l’articulation de sémioses vivantes modifiant le savoir de l’interprète et non sa seule information, ce que fait toute préposition, ses jugements d’attribution, comme le dirait Freud, mais aussi ses jugements d’existence. Le processus ainsi présenté est profondément dialectique, et il ne nécessite en somme que l’état des choses aux prémices des sémioses. C’est cette position qui sera prise ici, ne nécessitant chez le lecteur rien d’autre que ce qu’il sait ou croit savoir, et lui proposant, s’il le désire, d’examiner l’objet (concept) corps, ici même, dans le malentendu — comme de bien entendu !

Cela ne vous inspire pas, hein ? Je vous sens tout…

(…)


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