Canet, le 04 janvier 2010, Le lac de Peirce (I)

-présentation des différents éléments du lac de Pierce -hypothèse sur le rôle de l’énergie potentielle et son évolution dans la gravitation des idées

lundi 4 janvier 2010, publié par Michel Balat


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Canet, le 04 01 2010

Le lac de Peirce (I)

- présentation des différents éléments du lac de Pierce

- hypothèse sur le rôle de l’énergie potentielle et son évolution dans la gravitation des idées

M. B. : J’ai reçu le tome VIII des Writings ! Notre ami André de Tienne dirige le Peirce Project, j’y contribue financièrement : je donne de l’argent aux Américains pour qu’ils travaillent, c’est terrible ! Donc ils ont fait le numéro VIII… c’est méticuleux, c’est extraordinaire… Vous avez entendu parler de Charles Sanders Peirce…

Public : Lui, non.

M. B. : Charles Sanders Peirce. Il se trouve que c’est un vieux copain, Charles Sanders Peirce…

G. P. : Depuis il est mort…

Public : (rires)

M. B. : Depuis quarante ans on s’intéresse beaucoup à lui, c’est un bonhomme, américain, mort en 1917, mais pas à la guerre… non, il est mort en 14, je ne sais pas pourquoi j’ai dit 17, il est mort en 14…

Public : Comme Freud.

M. B. : Non, Freud, c’était l’autre guerre, il est mort en 39…

Public : …

M. B. : Non, ils n’ont pas le même âge, Freud est né en 54, 56…

L. J. : 1856.

M. B. : Peirce est né en 1830 et quelques…

Public : …

MB. : Alors justement… ils ont failli se rencontrer à un quart de poil quand Freud est allé aux États-Unis. Certains avaient organisé concrètement les choses, mais c’est William James qui a poussé à ce que Freud vienne, et William James était le grand ami et l’élève spirituel de Charles Peirce… donc ça fait tout un mic-mac de gens, mais Peirce n’était pas aux conférences de Freud et c’est bien dommage parce que cela aurait été vraiment intéressant. A l’université de Perpignan nous avons les manuscrits de Peirce microfilmés. C’est compliqué parce que beaucoup sont non datés.

Peirce n’était pas du tout apprécié à sa juste valeur. C’était un graphomane, et si on imprimait ses écrits dans des caractères de dictionnaire, on obtiendrait cent dictionnaires ! Ces écrits ont été largués à Harvard, laissés en jachère, jusqu’au moment où deux philosophes ont commencé à éditer des morceaux choisis. L’avantage des morceaux choisis est que cela permet de faire connaître l’œuvre, mais l’inconvénient est que cela trahit les textes plus ou moins complets. Très peu ont été publiés de son vivant, mais il avait écrit une somme largement digne d’Aristote. Maintenant on publie les Writings, c’est-à-dire les textes (presque) complets. Quand on veut savoir comment il pensait cette idée là dans le moment où il l’a écrite, eh bien, il faut aller la chercher dans quatre ou cinq volumes des Writings, des Collected Papers, pour avoir un morceau par-ci, là un morceau par-là. Le fonds Peirce a été littéralement pillé, des étudiants venaient prendre des papiers et rentraient chez eux, les ramenaient... A un moment donné, ils ont mis le holà, mais on voit même des éditeurs des Collected Papers découper des trucs dans les manuscrits, ça s’est vu quand les manuscrits ont été microfilmés, il y avait des trous. Les éditeurs ont essayé de mettre ensemble les bouts, un travail pénible mais ils ont réussi à faire un travail intéressant, à partir des idées. Ils sont obligés de regarder, de faire l’analyse des documents page par page, et quand ça ne suit pas, ils font des analyses chimiques du papier, de l’encre, du style, c’est tout un boulot extraordinaire, magnifique. Là, ils sont sur les textes de la grande période créatrice pour Peirce, les années 1890-92, période fabuleuse, où il y a des trucs d’une densité folle. Je suis tombé sur quelque chose de très important qui concerne la philosophie de Peirce et la manière dont on peut venir la crocheter avec Freud, c’est toujours mes conneries à moi… Le point de départ sont les discussions avec François Cohadon avec qui je travaille à Bordeaux, un grand neurochirurgien d’une grande culture, qui parle le grec, le latin, vraiment un type de bonne hauteur, un grand bonhomme. Il lit Peirce, c’est dire à quel point c’est un type de haut niveau, parce que je ne sais pas combien de neurochirurgiens au monde lisent Peirce ! Il me disait qu’en lisant Peirce, il avait l’impression que celui-ci parlait tout le temps du cerveau ! Bon, c’est une vision de neurochirurgien. J’avais des réticences mais enfin c’est intéressant le point de vue d’un type très cultivé, ça vaut le coup. Un jour nous avons eu un échange autour d’une courte phrase ; je la connais par cœur, ce n’est pas très difficile : matter is effete mind. La matière c’est du mind qui est effete ! C’est un truc qu’il répète plusieurs fois, en particulier dans ces années 90-92. Je suis allé me renseigner sur effete, il n’y a qu’à prendre un dictionnaire d’anglais et on le voit tout de suite, mais comme c’est subtil et que ça appartient aux fondements philosophiques de Peirce, il faut développer un peu plus. Il en fait le mot d’ordre de son orientation philosophique, c’est énorme. Je vous dis tout ça en vrac, et puis après on verra comment ça s’ordonne…

(…)


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