Canet, le 05 février 2007 Ce qu’Œdipe nous enseigne de la continuité et de l’interprétant dynamique

lundi 5 février 2007, publié par Michel Balat


Canet, le 05 février 2007

Ce qu’Œdipe nous enseigne de la continuité et de l’interprétant dynamique

M. B. : Bon, la dernière fois, on avait fait des trucs, c’était comment ? C’était difficile ? Ah ! J’ai oublié de dire la date, on est le combien aujourd’hui ?

Public : Le cinq.

M. B. : Le cinq, le cinq février 2007, ça avance… Oui, ça allait la dernière fois, l’interprétant dynamique ?

Public : C’était dur.

M. B. : Oui, c’était dur ?!… C’est compliqué ça, c’est quand même compliqué…
Je ne sais pas… par exemple, je pensais à l’histoire d’Œdipe, ce drôle d’Œdipe… bon, je ne vous fais pas la honte de vous la re-raconter… En tout cas, il y a un moment subtil, c’est quand Œdipe va consulter l’oracle de Delphes… et là, l’oracle de Delphes se répète, puisqu’il l’avait déjà dit au papa, Laïos… l’oracle dit la même chose à Œdipe, l’oracle produit un représentement, et c’est donc à Œdipe d’interpréter. Bon. À ce moment-là, Œdipe dit : « Ciel ! je vais donc tuer Polybe », c’est ça l’histoire ! Et il s’en va. Il ne retourne pas chez ceux qui l’ont élevé, il continue son chemin, et c’est sur ce chemin-là, à la sortie de Delphes…

Je ne sais pas si vous êtes déjà allés en Grèce, mais aller de Delphes à Athènes c’est quelques kilomètres, alors même à cheval ou à pied, ça ne représente pas des distances énormes, c’est vraiment très près… comme Perpignan-Narbonne, ou Béziers peut-être, au mieux, au pire, à peu près, c’est pas plus que ça.
Bon, donc, au fameux carrefour des trois voies il rencontre celui qu’il ne sait pas être Laïos et il le tue. Alors voilà…

Public : … il aurait pu dire…

M. B. : Ne pourrait-on pas considérer que le meurtre de Laïos, d’une certaine façon, est un interprétant dynamique, au sens où j’essayais de le définir la dernière fois : il n’apporte rien de particulier, il ne dit rien d’extraordinaire, et Œdipe ne peut rien en déduire. Comme tu dis, si Œdipe avait été un plus fin, il aurait pu se dire : « Je viens de tuer quelqu’un, ce doit être mon père. », enfin bon, ça aurait été une abduction un peu difficile à faire, mais enfin il aurait pu.

Alors vous connaissez la suite… il tue donc le conducteur du char, il tue Laïos, et là, il y a un troisième larron, un serviteur, qui fiche le camp, qui s’enfuit jusqu’à Thèbes, et qui va avertir tout le monde de ce qui s’est passé. Alors ça, on sait pas trop pourquoi, mais sans doute un peu comme dans Astérix, vous savez que lorsque les romains rencontrent Astérix et Obélix et reçoivent la pâtée, chaque fois ils disent : « On a été attaqués par une force supérieure en nombre. ». Alors là il se passe à peu près la même chose, le type, lui, il fait le romain, il dit : « Des bandits nous ont attaqués et ont tué Laïos », c’est décisif ça, si je puis dire.

C’est décisif pourquoi ? Parce que lorsqu’on raconte à Œdipe l’histoire de la mort de Laïos, Œdipe qui est arrivé à Thèbes et a réalisé les exploits que l’on sait, certes il y a le carrefour des trois routes, mais ce sont des bandits qui ont attaqué le convoi, comme dans un western.

Or, lui, sait bien, à supposer qu’il ait pu en avoir l’idée, qu’il était tout seul quand il commettait son crime, donc là ça constitue une difficulté pour l’interprétant dynamique qui ne peut avoir une quelconque valeur.

Et c’est lorsqu’il demande à voir le fameux serviteur, et que le serviteur vient dire : « Ce n’était pas une troupe puisqu’il n’y en avait qu’un ! » que les choses commencent à se dessiner pour Œdipe. Donc on voit bien comment ça peut fonctionner… il y a bien un interprétant dynamique, mais sur le chemin de l’interprétation vient se greffer une menterie, quelque chose qui rend impossible la suite de l’interprétation. Parce que la question c’est de savoir comment une sémiose peut s’arrêter : le mensonge, c’est-à-dire le fait de dire quelque chose qui n’est pas sous les couleurs de ce qui est. Lui venait témoigner de quelque chose qui était vrai, à savoir que Laïos avait été tué, mais, en même temps, en transformant les circonstances, il rendait impossible la reconnaissance de ce qui s’était passé à Œdipe. Mais Jocaste qui était présente à ce moment-là semble, elle, avoir compris, parce que, bon… parce que.

Là vous savez que Lacan dit qu’elle devait le savoir depuis un bout de temps quand même, parce que tout ça s’est passé dans un mouchoir de poche.

(…)

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