Canet, le 08 février 2010 La discussion logique, comment ça marche ?

lundi 8 février 2010, publié par Michel Balat


Canet, le 08 février 2010

La discussion logique, comment ça marche ?

M. B. : Nous sommes le lundi 8 février 2010. Il y en a beaucoup qui n’ont pas assisté au colloque de Roger Fleuret et Philippe Chavaroche samedi mais ça ne fait rien, on peut en parler…

M. P. : Moi, j’ai bien aimé, j’ai trouvé que c’était très tranquille, très associatif, que ça cheminait, ça m’a bien plu. Il n’y avait pas d’exposé très théorique, les choses s’enchaînaient, leur histoire personnelle, les contours de leur vie, leur rapport à la population, l’accueil de tous les cheminements des uns et des autres, c’était très sympa…

M. B. : C’est vrai que cette introduction était assez étonnante, puisqu’ils ont passé chacun une demi-heure à parler de leurs trajectoires, c’était très chouette. Je trouve qu’il y avait des résonances avec ces histoires de destin dont on a parlé, comment à un moment donné ils rencontraient quelqu’un, une question et ils la résolvaient par des modifications réelles de leur chemin. Roger Fleuret nous a expliqué qu’il était radiologue puis comment il est passé de la radiologie à la médecine générale, puis de la médecine générale à la psychiatrie, avec une analyse interminable.

Public : Vingt-cinq ans…

N. C. : Il y avait beaucoup de questions et une participation qui m’a étonnée parce que ce n’est pas très fréquent…

L. F.-C. : Peut-être parce qu’ils étaient vraiment tranquilles… Il a dit d’ailleurs qu’ils étaient un peu étonnés d’être là. Moi, j’ai trouvé que Philippe Chavaroche était très posé…Mais alors, quel travail ! C’est dur, je ne sais pas si je pourrais le faire…

M. B. : Oh, tu sais, à l’époque où je faisais des supervisions dans une MAS, j’ai rencontré à plusieurs reprises, pendant deux ou trois journées les patients parce que je voulais m’en faire une idée. Je me suis régalé parce qu’ils sont attachants, c’était extraordinaire… On voit ce qu’on pourrait y faire, et qui ne se fait pas, on le pressent, c’est comme ça.

Je me souviens toujours de cette jeune femme de trente cinq ans qui rampait, en bavant, ça soulevait un peu le cœur, mais c’est une manière particulière d’être humain. Elle venait de chez toi, de Banyuls, elle a été l’une des premières à venir au monde à cinq mois de grossesse. Tu vois qui c’est ?

M. P. : Oui, je vois… éducation motrice…

M. B. : Justement, on a vu… Elle m’a touché particulièrement, et j’ai proposé qu’on regarde son dossier. On avait des histoires sur elle, la plupart fausses, c’était une sorte de mythe individuel du névrosé, mais du côté de l’équipe. Petit à petit, on s’est aperçu qu’à Banyuls elle se tenait très bien, qu’elle était moins dégradée que là où elle se trouvait maintenant, alors qu’elle n’avait pas de maladie dégénérative. L’équipe s’est rendu compte que la dégradation provenait de la prise en charge… Après avoir bien discuté autour d’elle, après avoir vu le dossier et réfléchi entre autres à la manière de lui permettre de s’appuyer le long du couloir pour ne pas tomber au moment des repas, petit à petit elle a commencé à faire quelques pas, elle ne rampait plus. Elle rampait parce qu’elle n’avait aucun intérêt à vivre ; elle vivait parce qu’il fallait vivre, mais c’était tout. Le regard des autres avait changé et on s’aperçoit qu’un regard sur les personnes très défectives, comme on dit, peut transformer les choses…

N. C. : C’est à ce moment-là que des choses viennent se greffer et se mettre en place…

M. B. : Tout à fait, il faut greffer du possible…

N. C. : Il suffisait d’impulser quelque chose, même une ânerie énorme, ça interpellait, et de l’interpellation surgissait un autre regard, des choses se mettaient en place.

M. P. : Je trouve qu’en MAS, ce n’est pas forcément la population la plus difficile. Je pense aux jeunes enfants qui arrivent à Banyuls avec des handicaps très lourds, avec des pronostics vitaux à très court terme, et qui sont accueillis avec l’idée qu’ils seront encore là dans dix ans, parce que c’est comme ça. Ce sont des enfants qui arrivent avec un diagnostic et un tableau catastrophiques, mais ils ont des potentialités, et parce qu’ils sont accueillis, on leur donne la possibilité de développer ces choses-là, et ils évoluent. Je trouve que la population des MAS est loin d’être la population la plus terrible…

M. B. : Oui, c’est vrai…

M. P. : Mais cela demande une équipe avec une capacité de rêverie sur l’enfant importante…

(…)

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