Canet, le 13 février 2006 Le divorce et l’adoption examinés sous l’angle du vecteur P ; la question de la légitimité pour l’enfant.

lundi 13 février 2006, publié par Michel Balat


Canet, le 13 février 2006

Le divorce et l’adoption examinés sous l’angle du vecteur P ; la question de la légitimité pour l’enfant.

M. B. : Bon, d’abord, j’ai mis l’article fondateur de la flèche sur le site. Vous pourriez avoir une difficulté de lecture parce qu’il est en anglais… (rires) Il s’agit d’un article fondateur : on ne va pas transiger avec la probité de pensée… À vrai dire, j’ai une traduction, et je vais demander à Janice Deledalle de la vérifier, je la mettrais en ligne dimanche : voilà.

On avait vu trois vecteurs, on avait vu le vect C, puisque la manière dont j’interviens, mon système, c’est le système de la tresse et de la spirale, enfin si vous lisez ma thèse, vous pourrez vérifier que je théorise ça : je dis que pour pouvoir avancer dans une élaboration théorique il faut pratiquer à la fois la tresse et la spirale, c’est-à-dire tresser les concepts et les atteindre en spirale. Pour la spirale c’est l’A.D.N.…

Public : …

M. B. : Il y a aussi la tresse… ah, il tresse !… ah bon !… eh bien, voilà ! comme l’A.D.N.… tout simplement… on va vraiment au cœur des choses… là on ne se gêne pas. La tresse et la spirale je trouve que c’est très bien. Ne jamais atteindre le point sensible de la spirale qu’on s’attend à toucher, c’est très frustrant pour tout le monde… au bout de la tresse les brins sont toujours en l’air.

Effectivement, la nature des systèmes conceptuels n’est pas d’être fermée, c’est-à-dire d’être achevée. Il n’y a pas de système conceptuel achevé : c’est continuellement en cours d’élaboration, à cause de la nature même du concept qui est une tiercéité, et qui, de cette manière, ne peut en aucun cas être réduit à quelque chose de fixe et définitif. D’ailleurs, à mon sens, ça ruine le type de connaissances qu’on nous transmet habituellement comme quelque chose d’achevé.

Considérez, par exemple, l’univers philosophique : les sens des différents concepts vous sont présentés, même dans leur mutiplicité, comme un réseau, or, le réseau, c’est la pire des choses, puisqu’il s’agit de quelque chose qui ferme, quelque chose qui est constitué d’éléments qui se combinent comme ça, un peu comme un atome, un truc rigide.

D’ailleurs, quand on accepte l’idée de réseau pour la toxicomanie, je pense qu’on commet une erreur. En tout cas, y adhérer en pensant qu’on participerait à quelque chose d’intéressant, ce serait sacrifier aux modes actuelles qui n’ont rien de terrible dans l’ensemble, et cette éventualité suffit pour dire qu’il faut s’en écarter tout de suite.

Ce sont des systèmes. Mais vous pourriez me dire que c’est un problème, dans le sens où ça pourrait signifier qu’on n’atteint jamais le terme, ce qui est faux : il s’avère qu’on le passe simplement. Je pense que c’est lié à ce dont je voudrais parler aujourd’hui, à savoir la castration. Si l’on cherche à observer comment, à un moment donné, une interprétation est donnée à ce qu’on fait, on peut évoquer ici l’idée générale qui a cours chez les peirciens, ces gens que je connais un peu, suivant laquelle l’interprétation n’est jamais finie. Autrement dit, quand un signe est lancé dans le monde, l’interprétation ne se finit pas. C’est une idée sympathique, a priori, puisque ça signifie qu’on a encore devant nous de l’espace d’interprétation.

J’ai toujours pensé que cette idée était un peu courte parce qu’elle ne rend pas compte du fait qu’une interprétation s’est quand même achevée à un certain moment, et que le signe qu’on reprend est un autre signe dans un autre contexte, et qu’il donnera lui-même lieu à des interprétations : par exemple, quand vous écoutez ce que je suis en train de vous dire, bien entendu, la majeure partie des interprétations s’arrêtent tout de suite, et la question c’est de faire en sorte qu’elles ne s’arrêtent pas tout de suite. Si elles s’arrêtaient toutes, ça reviendrait à n’avoir rien dit, vous auriez clos une interprétation, c’en serait terminé, fin de l’histoire… on n’en parlerait plus. L’intérêt que présente mon genre de pratique en matière de parole, s’il y en a un, c’est celui de laisser des interprétations ouvertes, autrement dit, dans les énoncés que je produis, dans les phrases que j’énonce, il y a de temps en temps une énigme, c’est-à-dire quelque chose qui pousse et qui est obscur. En d’autres termes, on pourrait reprendre ça avec une classification un peu dichotomique, j’en suis désolé : il y aurait des signes transparents, ceux dont l’interprétation se présenterait de façon quasi immédiate et puis des signes opaques, comme le disait Gérard Deledalle. Au milieu des signes transparents c’est un signe opaque qui devra surgir, seul— l’opacité totale serait insupportable, nous ne pourrions pas tenir —, et c’est celui qui pousse à l’interprétation.

Si l’on accepte de donner un peu de crédit à cette formule que j’ai trouvée : « le désir du scribe c’est celui de recevoir les interprétations qui seront données à ses signes », eh bien, à ce moment-là, on comprend sans difficulté qu’à produire seulement des signes transparents le désir serait un peu court… il est nécessaire d’avoir quelque opacité.

Il me semble que je suis très proche de ce que Lacan évoquait au début des années 60, en parlant de la parole vide et de la parole pleine : il est évident que la parole vide n’est pas vide en elle-même, mais elle l’est en ceci qu’elle ne permet aucun travail interprétatif. On peut dire que la parole pleine est une parole qui pousse à l’interprétation, qui met la personne en état d’avoir à interpréter, qui lui impose une certaine exigence, une exigence qui lui est propre, et qui est, en quelque sorte, l’incidence du désir de l’autre sur la personne, sur l’interprète. Finalement, s’il s’agit de l’incidence du désir du scribe sur l’interprète, on pourra retrouver ici la formule « le désir de l’interprète c’est le désir de l’autre », c’est-à-dire le désir du scribe : c’est parce que le scribe a pu trouver suffisamment d’opacité dans son discours, et a su trouver des signes qui permettent d’être interprétés au long cours que l’interprète désire, c’est-à-dire est poussé à l’interprétation.

(…)

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