Canet, le 14 novembre 2005 Etude de chacun des connecteurs logiques comme éléments indissociables du langage et porteurs des fantasmes originaires

lundi 14 novembre 2005, publié par Michel Balat


Canet, le 14 novembre 2005

Etude de chacun des connecteurs logiques comme éléments indissociables du langage et porteurs des fantasmes originaires

Je suis désolé, après Oury ça va être dur, mais tant pis, il faut assumer.
J’aimerais reprendre, parce que ça m’a donné le temps de réfléchir un peu sur le sens où nous allions. Je vous ai fait souffrir pendant quelque temps sur toutes ces horreurs de logique pure, et je me disais que, quand même, il fallait peut-être calmer un peu le jeu et essayer d’aborder les choses autrement pour retrouver ce qu’on a mis en place d’une autre façon — et non pas de cette façon presque déductive qui était épouvantable. Alors je me suis dit que ça vaudrait peut-être le coup de reprendre ce petit livre de 1964 intitulé Fantasme des origines, origine du fantasme , hautement recommandable et remarquable parce qu’il pose vraiment des questions intéressantes. Je me propose de vous en faire un (très, trop) bref résumé.
Il est introduit par une démarche un petit peu historique, qui ne me paraît pas inintéressante, à savoir, comment le concept de fantasme est arrivé chez Freud ? En somme : tout commence par la théorie de la séduction. Les hystériques ont été réellement traumatisées à la suite d’une séduction qui introduit la sexualité de l’extérieur chez l’enfant et, dans la mesure où elle est introduite de l’extérieur, dans un premier temps le premier événement dit traumatique ne l’est pas, traumatique, parce que c’est comme s’il ne se passait rien, et il faut attendre un deuxième événement qui se situe au moment de la puberté, qui n’est pas traumatique directement. C’est la conjonction de ces deux événements qui, parce qu’il y a quelque chose de commun entre les deux, provoque le traumatisme. Donc le traumatisme est toujours instauré après coup, le deuxième temps venant instaurer le premier comme traumatique. Cette idée très claire posait évidemment un problème puisque ça revenait à nier la sexualité infantile en affirmant que ça venait de l’extérieur, comme s’il fallait attendre une certaine maturation sexuelle pour que l’événement devienne réellement traumatique. Pour un tas de raisons qui ne sont pas des plus intéressantes pour nous, Freud abandonne cette position en disant que cette chose-là est en fait ce qu’il appellera un fantasme de séduction, fantasme de base, c’est-à-dire que ce n’est pas un événement qui a eu lieu réellement, mais un événement qui a une réalité psychique. Évidemment ils parlent longuement de la réalité. Qu’est-ce que la réalité matérielle, la réalité psychique, leur différence ?
Il y a là tout un désordre compliqué qu’on a essayé d’aborder l’année dernière, notamment cette question de la réalité, que j’ai un petit peu reprise cette année. Les choses se posent dans un deuxième temps sous cet angle, c’est-à-dire que l’enfant a une sexualité de base, et c’est dans ce cadre que se constitue un fantasme qui est le fantasme de séduction. Mais s’il y a un fantasme qui est à peu près régulier dans l’espèce, cela signifie qu’il doit avoir lui-même une origine, sans quoi on ne le trouverait pas chez tous les petits d’homme, puisqu’ils ne vivent pas les mêmes choses. Là, Freud, accompagné très largement par Ferenczi, — qu’on peut lire entre autres dans Thalassa où il propose une sorte de métapsychologie originaire, — pose l’idée qu’il doit y avoir quelque chose d’originaire, et que peut-être ce fantasme a été dans l’humanité, à un moment donné, quelque chose qui s’est produit, et s’est instauré phylogénétiquement, jusqu’au point où même dans l’ontogenèse de l’enfant on peut retrouver ce fantasme, avec toujours ce souci permanent de Freud qui est intéressant, et que Laplanche et Pontalis appellent le souci de l’indice, ce qui est vrai, Freud a toujours eu ce souci de l’indice. En somme c’est toujours par un indice que quelque chose se fait valoir. Seulement un indice a toujours sa propre archéologie, sa propre histoire, sa propre origine, donc la question est celle de l’origine première de l’indice, qu’il pose dans l’espèce a un certain moment de son développement. Dans le dernier manuscrit de Freud, qu’on a découvert il y a une vingtaine d’années, il décrit les glaciations, l’instauration de l’hystérie, de la névrose obsessionnelle, de la paranoïa, comme suivant plusieurs étapes de ce qu’a été le développement de l’humanité, et qui sont des restes de ce que l’homme a été obligé de déployer dans ces différents moments par lesquels il est passé. Ce qui constitue une idée extrêmement intéressante. La question qui, à mon sens, reste en suspens c’est que, malgré tout, on n’y voit pas bien le rapport avec la question du langage. C’est-à-dire que si le fantasme est un récit portant sur un certain objet, ce dernier serait donc le véritable fantasme et le récit serait une mise en récit de quelque chose qui serait instauré — donc dans la deuxième version freudienne — phylogénétiquement, quelque chose qui resterait dans les gènes, un petit peu au sens de Szondi, comme s’il y avait quelque chose qui allait pouvoir traverser le temps, et qui serait le germe même du fantasme.
C’est là que je propose un renversement de cette chose. Il me semble que, ce point de vue, c’est celui que Lacan a apporté. Il consiste à dire : peut-être faudrait-il trouver dans le langage lui-même et dans ses contraintes la base-même du fantasme. C’est-à-dire que le langage ne serait pas simplement quelque chose qui permettrait de communiquer ou même de se communiquer éventuellement un récit, mais la chose-même qui est mise en scène, et qu’ainsi le fantasme serait quelque chose qui appartiendrait à la fonction-même du langage, et prendrait sa source et sa réalité dans le langage lui-même. Et dans ce que je vous propose, je vous dis à peu près ça. Il faut distinguer langue et langage. L’idiolecte est du côté de lalangue en un seul mot, mais le langage est quelque chose qui est plutôt du côté de la structure. D’ailleurs je me suis toujours demandé pourquoi Lacan disait « l’inconscient est structuré comme un langage ». Il devrait dire que l’inconscient est un langage puisque le langage c’est l’être-même de la structure, c’est-à-dire quelque chose qui est structuré fondamentalement. Il y a là des positions très importantes, comme par exemple celle qui consiste à saisir que l’enfant autiste est dans le langage, — ce que Lacan appelle le parlêtre, — certes de manière problématique mais il est dans le langage. C’est dans ce sens-là que je prendrais le langage, même s’il est vrai qu’il existe des appréciations différentes. On peut prendre la langue (en deux mots) au sens général, celui de Saussure, mais lalangue (en un seul mot) est le point d’insertion dans le langage, ce dernier étant lui-même la structure qui le porte. Or, dans le langage, il y a quelque chose qui peut être la structure de toute langue possible, que les auteurs du moyen-âge appelaient la « grammaire spéculative ».

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