Canet, le 15 septembre 2008 – Histoire d’Une Moitié de Poulet- Primeité, secondeité, tierceité.

mardi 8 octobre 2013, publié par Michel Balat


Canet, le 15 09 2008 – Histoire d’Une Moitié de Poulet- Primeité, secondeité, tierceité.

M. B. : Nous sommes le lundi 15 septembre.

Je lis pour la deux cent soixante-dix huitième fois Lacan, ça m’entretient de reprendre de temps en temps des livres qui m’ont intéressé et je suis tombé sur une page dans le séminaire L’envers de la psychanalyse, où il parle de manière plus détaillée de sa fameuse Moitié de Poulet. Jusque-là, je croyais qu’il possédait un livre d’école où figurait une moitié de poulet dessinée… Ça peut paraître un peu bête, mais c’est le genre de question tout à fait pertinente que se posent les enfants : comment se fait-il qu’on voit un poulet alors qu’il n’y en a qu’une moitié ? Si je suis attiré par ce genre de choses c’est parce que moi aussi j’ai eu un truc qui a été un point de base pour toutes mes interrogations, à savoir comment dessiner la pluie. Pour moi, cela c’était passé à l’école maternelle, pour Lacan à l’école primaire puisqu’il s’agissait d’un livre de lecture.

J’ai trouvé le bouquin datant de1862 où cette histoire de Moitié de Poulet était racontée, je vais vous lire la page en question et ensuite ce à quoi il fait référence, puisque Lacan, dans ce séminaire du 21 janvier 1970 écrit : « Mon premier livre de lecture avait pour premier texte une histoire qui s’intitulait Histoire d’une Moitié de Poulet, c’était vrai, c’est de ça qu’il parlait. Ce n’est pas un oiseau plus facile à attraper que les autres quand la condition est de lui mettre du sel sur la queue. Ce que j’enseigne depuis que j’articule quelque chose de la psychanalyse pourrait bien s’intituler Histoire d’une moitié de sujet ».

L’annonce est claire et se reporter à l’histoire nous apportera peut-être des lueurs sur la question du sujet barré. Je continue la lecture : « Où est le vrai du rapport entre cette histoire d’une moitié de poulet et l’histoire d’une moitié de sujet ? On peut le prendre sous deux angles, on peut dire que l’histoire de ma première lecture a déterminé le développement de ma pensée, comme on dirait dans une thèse universitaire. Ou bien, du point de vue de la structure, l’histoire de la moitié de poulet pouvait bien représenter pour l’auteur qui l’avait écrite quelque chose où se reflétait je ne sais quel pressentiment, non pas de la psychanalyse, comme on dit dans Le paysan de Paris, mais de ce qu’il en est du sujet. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il y avait aussi une image. L’image de la moitié de poulet était le profil du bon côté. On ne voyait pas l’autre, la coupée, celle où elle était probablement, la vérité, puisqu’on voyait sur la page droite la moitié sans cœur, mais pas sans foie sans doute, dans les deux sens du mot. Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que la vérité est cachée mais elle n’est peut-être qu’absente ».
Une première chose intéressante, c’est que le titre exact est « La Moitié de Poulet », et dans l’intégralité du texte le m de moitié et le p de poulet sont écrits en majuscules, autrement dit c’est quasiment un nom propre, alors que là il le « communise » puisqu’il dit « Une Moitié de Poulet ». Cette histoire se racontait autrefois dans le pays de Montbéliard, c’est un conte de bonne femme mais il amusait beaucoup les enfants. La voici.

(…)

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1 Message

  • Bonjour,

    "la Moitié de Poulet" ! En lisant votre texte je me suis rappelé les interrogations mêmes que je me posais enfant à sa lecture, interrogations qui restaient flottantes pourtant.

    Entendre ici ces interrogations posées en clair m’a fait entrevoir que la Moitié de Poulet était peut-être Une, veuve ou "séparée" !, ("pastoute" avant l’heure...et de tout temps ?)


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