Canet, le 16 avril 2007 Réflexions autour de la vérité et du symbole pour saisir la question du mot de passe

lundi 16 avril 2007, publié par Michel Balat


Canet, le 16 avril 2007

Réflexions autour de la vérité et du symbole pour saisir la question du mot de passe

M. B. : Voyons, la dernière fois on en était où ? Est-ce que vous vous souvenez ? Je suis sûr que vous ne vous en souvenez pas.

F. C. : On avait parlé de la journée Coupechoux.

M. B. : Ah oui ! Donc ça nous ramène vraiment loin. Je voudrais essayer de reprendre cette histoire du mot de passe, pour essayer de développer : j’ai beaucoup regretté qu’on doive arrêter la séance à cause de l’heure, parce que j’étais vraiment prêt à dire des trucs pendant au moins deux heures, ça venait bien. Eh bien, là aussi, on est coincés. Ces contingences sont emmerdantes.

Je vous rappelle brièvement la chose : c’était à partir de l’interrogation sur le symbole. On a essayé de faire le point sur la question de l’icône, de l’indice. Je vous rappelle que l’icône présente un objet possible, simplement possible, c’est-à-dire que l’icône est vraiment l’icône de la possibilité. C’est très important.

Par exemple, jeudi, j’en ai parlé un peu à l’école d’art de Bourges : au bout du compte, comment pense-t-on ? Non pas au sens de la pensée, la pensée on s’en fiche un peu, ce n’est pas très intéressant, mais au sens du penser, e-r, c’est-à-dire ce que j’appelle le musement. Comment ça marche ? Eh bien, on peut dire que tout le penser est constitué d’icônes, c’est-à-dire de formes. Le penser, ce n’est pas des symboles mais des icônes. Autrement dit si l’on essaye de se regarder penser, e-r — ce qui est toujours un petit exploit parce qu’on ne peut pas vraiment s’en rendre compte —, ce qu’on voit ce n’est pas quelque chose qui est articulé, qui est précis, avec des significations établies, non, on est vraiment dans quelque chose qui est beaucoup plus proche de la forme.

On peut alors dire que le contenu des pensées, c’est ce que les phénoménologues appellent les gestlaltung, c’est-à-dire les formes en train de se former. Il y a même des gens qui ont théorisé là-dessus, ils appellent ça des formants, ce qui n’est pas con. C’est pas mal, les formants, a-n-t. Et il me semble que c’est le contenu-même du penser. Peirce propose le terme d’icône. On peut dire que des icônes qui se succèdent, qui s’enchaînent les unes aux autres, sont des formants. Et je vous faisais remarquer que, de ce point de vue, le rôle de l’artiste c’est de saisir quelque chose de ces formants qui naviguent éventuellement dans notre monde intérieur, mais ne font que passer chez tout un chacun, et de les faire naître au monde, de faire en sorte que ces formants puissent prendre une place dans le monde.

Et on peut dire que c’est la place dressée pour les futurs symboles ! Il y a cette fameuse réponse de Picasso à quelqu’un qui lui disait que ses dessins, ses tableaux ne ressemblaient pas au monde : « Mais dans quelque temps le monde ressemblera à mes tableaux ». Il me semble que ce qu’il dit là n’est pas une pirouette pour s’en tirer mais quelque chose de très profond : effectivement, l’artiste fait naître des formes qui pourront être utilisées comme symboles plus tard. Pour ce qui concerne la création de la pensée, le travail de l’artiste est extrêmement important.
Si on pense en particulier à des pathologies comme l’autisme, la psychose infantile, la schizophrénie, etc., où des symboles sont restés en rade, on peut dire que permettre d’aider à la fabrication de gestaltung, d’icônes, est extraordinairement important.

Donc voilà, l’icône est vraiment de ce registre-là, et ce que j’essaie de vous indiquer, même si je résume à grands traits, c’est la place fondamentale de l’icône dans notre travail. Lorsque je parlais du tonal par exemple, ce que j’ai fait pendant des années, c’était de ça que je voulais parler. Quand on est, soit avec quelqu’un, soit avec des blessés dans un grand groupe, comme à Château Rauzé, toute la question est d’être dans le ton, c’est-à-dire être dans les formes qui sont en train d’habiter ce monde-là et réussir à extraire de là quelque chose qui puisse avoir une certaine stabilité. Tu voulais me dire quelque chose ?

(…)

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