Canet, le 18 janvier 2010, Le lac de Peirce (III)

lundi 18 janvier 2010, publié par Michel Balat


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Canet, le 18 01 2010

Le lac de Peirce (III)
La rencontre avec le destin
L’immortalité de l’homme-signe

M. B. : Aujourd’hui, on est lundi 18 janvier 2010…

G. P. : On ne s’est pas vu pour se souhaiter la bonne année…

M. B. : Oui… ça fait deux fois que je parle du lac de Peirce en le mettant en rapport avec la question des pulsions. On a un peu tendance à oublier quelque chose dans les pulsions sur quoi Szondi insiste beaucoup, le caractère destinal des pulsions. C’est quelque chose d’intéressant… je vais improviser comme d’habitude, ce ne sont pas des choses auxquelles je réfléchis toute la journée…

L’autre jour, dans un groupe, on parlait d’un enfant en difficulté, et j’ai dit : « C’est son destin ! ». Je ne vous raconte pas la réaction du groupe ! On était prêt à m’arracher les yeux… « qu’est-ce que c’est cette histoire de destin ? Vous dites n’importe quoi ! ». Ce n’est pas faux, mais je l’ai dit, donc c’est foutu, à partir du moment où on a dit quelque chose, il faut y aller, il faut assumer, sinon on est foutu… je maintiens cette question de destin, puisque je l’ai dit, c’est la seule raison… (rires)

G. F. : (rires) Suffisante.

M. B. : C’est vrai !... Quelle représentation pourrait-on se faire du destin ? Cela voudrait dire qu’il y a quelque nécessité qui nous travaille. Quelles sont les nécessités les plus évidentes, les plus fortes, les plus extraordinaires ? Ce sont les nécessités pulsionnelles. Il y a des pulsions qui nous traversent. C’est le destin des pulsions ! Il n’y a pas que Szondi qui en parle, Dans « Métapsychologie », Freud le disait déjà dans un article intitulé « Pulsions et destin des pulsions ». Le destin des pulsions, c’est d’aller vers la satisfaction. La pulsion est là, à partir de la manière dont on est constitué, de comment on s’est développé. On a affaire à tout un système pulsionnel qui nous amène vers des choses qui peut-être ne se réaliseront jamais. Le pulsionnel ne se transforme en destin que dans certaines occasions, encore faut-il que l’occasion soit fournie. Je me disais que cela pouvait être une définition du destin : le destin est une occasion fournie à la pulsion, quelque chose qui est sur son chemin et qui, à un moment donné, dans une circonstance particulière, peut se trouver effectivement engagé. Ce n’est pas pour rien que Freud parlait du destin des pulsions, ce n’est pas pour rien non plus qu’un type comme Szondi a inventé la daseinanalyse, l’analyse du destin. Il y met évidemment au premier chef les pulsions et leur articulation, et il montre comment des gens se retrouvent à faire certaines professions par le biais de… vous vous souvenez de ce terme typique de Szondi… de l’opérotropisation, une manière de fixer…

O. F. : Littéralement dasein c’est l’être là.

M. B. : L’être là, oui, c’est pour ça que je pense que je me trompe de mot…mais c’est compliqué, n’en profitez pas pour vous lancer dans des discussions infinies parce que sinon, je ne sais plus où j’en suis, déjà que j’ai tendance à faire ça spontanément... L’opérotropisation est le fait que des gens, de par leur constitution pulsionnelle, se retrouvent à faire certains types de métiers. C’est intéressant comme idée. Un type se retrouve épicier, pourquoi ? Il peut dire que ce sont les circonstances de la vie qui ont fait qu’il s’est retrouvé épicier mais n’y a-t-il pas quelque chose d’autre qui travaillait ? Est-ce simplement une série de circonstances tychiques, comme dirait Peirce, est-ce uniquement le fait du hasard ?

Le hasard est une question qu’on s’est toujours posé à Château Rauzé parce que chaque fois que l’on regarde l’histoire d’un bonhomme végétatif suite à un accident dont il est responsable, on s’aperçoit qu’il avait de bonnes raisons de faire ça . Dans les cas où l’accident n’est pas de son fait, comme le cas où le type marche tranquillement sur le trottoir et qu’une voiture lui fonce dessus, on peut dire qu’il y a des limites à l’idée qu’il était destiné à avoir un accident. Mais si on le prend sous l’angle du destin pulsionnel, on peut dire qu’il y a quelque chose de la pulsion de destruction qui travaillait chez lui et qui le destinait à ça… La pulsion le poussait vers ça, mais encore fallait-il qu’une occasion se présente pour qu’il plonge dedans. C’est dans ce sens là qu’on peut avoir une idée de ce que peut être le rapport de la pulsion et du hasard, où les deux combinés font du destin.

Lorsque vous lisez Freud, -toujours en continu parce que c’est bien de lire Freud en continu- il parle de la névrose de destin. Qu’est-ce que la névrose de destin ? Il explique le cas d’une femme dont les six maris meurent successivement. Elle ne les tue pas, pas besoin…

Public : (rires)

M. B. : … le destin s’en charge… C’est son destin. Et ce destin nous est révélé parce qu’il arrive de telle manière qu’on peut dire qu’il y a quelque chose de tendanciel en lui. Et comme toujours avec le tendanciel, si on lui en donne l’occasion, il devient de l’actuel. Ce sont des choses toutes simples, je ne vais pas très loin dans ces réflexions… (sonnerie portable) Ah, c’est une dame qui me téléphone tous les lundis vers six heures du soir bien qu’on ait convenu qu’elle devait me téléphoner le lendemain matin à six heures et demi mais elle veut me stresser un peu, juste avant, comme ça, demain, je serai en pleine forme pour écouter tout ce qu’elle a à me dire. Ça fait dix ans que ça dure, c’est son destin, et c’est le mien aussi par la même occasion… (rires)

G. P. : Et le nôtre.

M. B. : Et le vôtre, oui, c’est accablant… (rires)

F. C. : Je peux te poser une question Michel…

M. B. : Oui, vas-y…

F. C. : Tel que tu le décris, on a l’impression que c’est une autre version de la fatalité mais de façon plus globale… si on suit un ordre logique, l’occasion devrait être considérée aussi sous l’angle destinal ce qui supprime la notion de hasard …


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