Canet, le 19 octobre 2009 Observation minutieuse de la constitution d’un club

lundi 19 octobre 2009, publié par Michel Balat


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Canet, le 19 10 2009 Observation minutieuse de la constitution d’un club

M. B. : Aujourd’hui nous sommes le 19 octobre 2009. Avant de commencer je fais de la pub spéciale famille, j’ai mon neveu qui a écrit un livre, c’est bien, non ?

Public : oui.

M. B. : Regardez ça ! Balat, comme son nom l’indique, est un type épatant ! Benjamin. Il a vingt-six ans, il est ingénieur et lors d’un stage à Taiwan il a décidé de tenir le journal de son stage. C’est très bien, vraiment. Il va concourir pour le prix Pierre Loti, ce n’est pas n’importe quoi. Voilà pour Benjamin, un bon petit.

Pour la suite, je voudrais vous parler de quelque chose qui est en train de se faire dans un établissement du département, l’X… ado, 12-18 ans. Je vous raconte brièvement.

Il y a quelques années de ça, le sous-directeur de l’X…, qui est un copain, m’a demandé de venir faire des séances de… alors je ne sais pas comment il faut appeler ça, supervision, régulation, machin-chose, ce truc innommable... avec les équipes de l’X…, ce que j’ai fait. Comme il était sous-directeur, et que la directrice avait l’air pas mal, je me suis dit que peut-être on pourrait faire quelque chose… donc on a commencé le travail… Les équipes sont toujours en grande souffrance dans ces trucs-là parce que les gamins de l’X… sont… comment vous décrire, c’est compliqué. Cela va d’enfants psychotiques à des enfants qui sont hyper je ne sais pas quoi…

G. P. : Actifs.

Public : Hyper actifs.

M. B. : Agressifs donc, qui attaquent, se bagarrent, sont en échec scolaire massif, et souvent sont virés de l’école… On ne peut pas virer de l’école un enfant entre 12 et 16 ans, mais il n’empêche qu’ils sont quand même virés ! Ils vont d’école en école ou de collège en collège avec souvent des histoires familiales très complexes, des familles pas possibles. L’X… c’est assez dingue, et les équipes qui travaillent là, les éducateurs, s’en prennent plein la gueule pour pas un rond, mais en même temps ils sont éducateurs... Une chose que j’avais fait remarquer depuis le début, était que l’X… reproduisait exactement la structure de l’école, avec les éducateurs qui jouent le rôle des profs, des UV, unités de vie, qui reproduisent les classes. On est tout à fait là-dedans avec la directrice, le sous-directeur, les cadres, quelques enseignants parce qu’il faut bien faire quelques cours. Et tout ça était très difficile. La manière dont je travaillais avec les équipes n’était pas très compliquée : pour l’essentiel on voyait tel enfant, on essayait de suivre un peu l’histoire, de voir comment on pouvait l’aborder autrement. Ça aidait les équipes, cela leur permettait parfois de respirer, de pouvoir penser autrement. Mais ça n’allait pas plus loin que ça, un emplâtre sur une jambe de bois… Au bout de deux ans, la directrice trouve un autre poste, le copain de même, ce qui fait que les équipes se retrouvent de nouveau désespérées avec une nouvelle directrice. Je rencontre celle-ci qui me dit « On continue comme avant ! ». Je la trouve intéressante, elle me paraît pas mal. Evidemment, elle en prend plein la gueule pour pas un rond de la part des équipes qui sont déçues de tout à coup devoir s’habituer à quelqu’un d’autre, de ne pas être sûres que les choses vont continuer, normal, on peut comprendre ça. Il y a eu une année vraiment très difficile, où les équipes allaient très mal. Pour vous donner la structure de l’X…, il y a un externat, très grand, qui est l’essentiel de l’X…, et un internat avec quelques élèves. Les supervisions concernaient les équipes d’externat, mais évidemment on pouvait parler un peu de l’internat. Deux ans se passent encore ainsi jusqu’à un jour de fin d’année, au mois de juillet, où on avait l’habitude de faire le point, où je dis que ce n’est plus possible. Je leur annonce que j’arrête de travailler de cette manière-là, parce que cela ne sert à rien, que ça masque les véritables problèmes. J’ajoute que je suis très content de travailler avec eux, mais pas de cette façon là… ça a foutu un froid… mais je propose de faire un club, ce qui pourrait permettre aux jeunes d’intervenir sur leur propre existence, de s’occuper du collectif des jeunes, de s’occuper de quelque chose, qu’ils aient une responsabilité dans l’X…, qu’ils ne soient pas servilement à attendre que les éducateurs les éduquent, que les enseignants les enseignent. Tout le monde était intéressé mais voilà qu’à la rentrée, j’apprends que mon idée n’est pas retenue. Par contre, ils font venir un groupe de systémiciens, pour faire l’analyse systémique de l’X…. Je demande à la directrice : « Expliquez moi pourquoi vous faites ça, ça n’a aucun sens, je vous propose quelque chose, vous aviez l’air de vous y intéresser, et puis vous me foutez des systémiciens ! Qu’est-ce qu’ils vont faire de la systémie ? » Bon, je n’ai rien contre la systémie, rien de rédhibitoire en tout cas, sauf sur la pratique... analyser les interactions dans le système, on fait ça toute la journée sans lui donner un nom particulier… Vous savez, tous ces trucs que Freud dénonçait déjà de son temps, quand il parlait d‘Adler, de Steckel, de Jung, de tout ce monde là, il disait : « Ils prennent une partie de ce qu’on développe et ils essaient de la faire passer pour le tout, mais ça ne marche pas comme ça, c’est complexe et articulé ! » La revendication phallique de Adler, ou, de Rank, le cri primal, c’était inventé du temps de Freud, les thérapies brèves, ce n’est pas nouveau ! Donc, si je peux avoir quelque chose contre la systémie sur le plan théorique ce serait plutôt ça, de se limiter à un certain point de vue sur les organisations et je trouve aussi que la pratique est souvent très défaillante. Je sais qu’à Bordeaux ça se passe très mal et nous avons plein de comptes à régler avec les systémiciens qui font des trucs mal foutus. La directrice était un peu embêtée, et simplement pour préserver la suite de nos relations, elle me propose de m’occuper de l’internat, ce que je fait et cela se passe plutôt bien avec les équipes.

(…)


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