Canet, le 19 juin 2006 Les signifiants fondamentaux considérés comme indices de l’amour

lundi 19 juin 2006, publié par Michel Balat


Canet, le 19 juin 2006

Les signifiants fondamentaux considérés comme indices de l’amour

M. B. : Je parlais donc de tout ce travail dans l’animation collective, mais il en va de même pour le psychanalyste dans son cabinet… ce que je vais dire ici apparaîtra peut-être aux lacaniens comme horrible, mais ça ne fait rien, je le dis quand même : on rêvasse, on déconne comme dit Tosquelles, constamment, et tout à coup on entend un mot, un truc qui corne aux oreilles, et c’est là qu’on a à faire à un signifiant ; c’est un phénomène très curieux. Moi, par exemple, je bourre ma pipe, je la nettoie un peu, je m’occupe, enfin j’ai toute cette activité qui me permet d’écouter ; et si j’écoutais en bon élève j’entendrais moins bien parce que pour entendre il faut être occupé ailleurs : il est nécessaire de donner quelque chose en pâture au corps. Mazeran me disait : « Il faut marcher », mais je préfère bourrer ma pipe, ou arranger mon bureau. Et pendant cette occupation, je peux à la fois penser à un grand nombre de choses qui n’ont pas l’air de concerner exactement le discours et entendre ce que dit la personne ; et tout à coup un mot surgit.
C’est ce moment-là qui est important, qu’on le relève ou pas… on peut même ronronner. Un bel exemple de ronron c’est celui qui m’a été donné par François Oury, qui est psychiatre à Toulon, le neveu de Jean Oury : un jour il m’a envoyé une note qui avait été prise pendant une séance. Il s’endormait au fur et à mesure qu’une dame lui parlait, et entendait : « Avant hier mon fils est mort, et puis on l’a enterré, et puis j’ai acheté des fleurs pour offrir à ma fille, et puis… », tout comme ça, tout sur le même ton. S’il est possible de ne pas signifier, là c’était important de le faire parce que tout était dit sur le même ton, alors il écrit : « Au moment où elle a dit ça j’ai ronronné. » C’est intéressant « ronronné », c’était une façon de relever ce point : dans ce lieu cette dame ne pouvait pas dire les choses autrement.

Ce n’est pas une nécessité absolue que de parler, on peut aussi ne rien dire, il importe simplement de relever que ce truc a été dit. Et d’ailleurs on peut observer que le fait que ce soit reçu a des effets presque immédiats. Là, je me suis dit : est-ce qu’on ne dispose pas dans cette chose de quelque chose de la fonction indiciaire ?… on ne sait pas de quoi elle est indiciaire, et si l’on n’en sait rien c’est précisément parce que quelque chose touche ici à l’objet a… dans cette chose.
Après la séance de lundi dernier où j’étais un peu assommé, j’aurais pu vous dire que ce n’était pas possible, que je ne pouvais pas, mais il me semble que ça n’aurait pas été raisonnable, je préfère donc procéder comme ça, mais…

Vous voyez, je lis ce livre-là qui est sur mon bureau depuis au moins un an ; je tourne rarement les pages parce que je le lis (rarement !) en écoutant les gens ; c’est un livre sur le langage où l’on peut trouver des trucs intéressants comme : « l’affect est l’absence d’origine du langage ». C’est fou le nombre d’idées qui sont formulées par tous ces gens qui se préoccupent de l’origine du langage, mais il y a une hypothèse qui n’a pas été avancée, et que je veux vous proposer, une de plus dans la myriade d’hypothèses sur ce sujet : est-ce que le langage ne dériverait pas d’un point d’origine qui serait celui de la parade amoureuse ?… Personne n’a jamais avancé ça, par contre, on dit beaucoup de choses, notamment que tout le monde veut communiquer. Mais il n’y a pas de communication dans la parade amoureuse parce que les oiseaux qui se gonflent, poussent des cris, entre autres choses invraisemblables, se montrent simplement à qui veut bien les voir, un point c’est tout.

F. C. : … avec le paon qui drague une pompe à essence…

M. B. : Ah, je ne l’ai pas vu…

F. C. : … parade amoureuse…

M. B. : Eh bien, voilà, tu vois…

F. C. : … parce que ça ressemble au… de la femelle…

M. B. : Oh, ce n’est pas possible !… c’est génial !… (rires) ça tombe bien, même L’indep en parle… mais l’auteur n’en parle pas dans son livre… (rires) Si l’on considère ce que disent les éthologues les plus rigoureux, on s’aperçoit qu’ils travaillent la question du contact et de l’amour, donc je me disais que ce ne serait pas inintéressant de reprendre ces théories. Cela nécessite qu’on dispose d’un peu de temps pour s’y consacrer… et on pourrait le faire, non pas à partir de la communication, qui est une imbécillité, mais à partir de la parade amoureuse : proposer la parade amoureuse comme origine du langage.

(…)

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