Canet, le 2004/11/15

lundi 15 novembre 2004, publié par Michel Balat


Canet, le 15 novembre 2004

La dernière fois nous avions abordé un thème qui a été reçu de manières très diverses... Certains ont trouvé ça très clair, d’autres ont trouvé ça très obscur. Alors je ne sais pas si vous avez des réactions... C’était sur la réalité... nous avions tenté de parler de la réalité ...

Public : Moi ce qui m’avait frappée, c’était que la réalité est à la fois évident et précaire... enfin comme ça... En fait, c’est l’existence.

M. B. : Ah ! bon... alors !

Public : ... pour les rapprocher, comme ça, rapidement...

M. B. : C’est important de voir quel est le rapport entre la réalité et l’existence, toujours au sens de Peirce. Pour en donner une vision peircienne, voici ce que Peirce en dit à peu près, à partir d’un exemple (pour plus de précision voir Les fondements...). Il dit : « prenez deux graines absolument semblables, » nous dirions des clones aujourd’hui, « et plantez-les dans deux endroits, nécessairement différents. La future différence des plantes qui en sortiront est réelle. Quant aux plantes elles-mêmes, leur existence sera ce qu’elle sera. »
Nous sommes partis d’une définition de la réalité à peu près reconnue par tout le monde, à savoir, « la réalité c’est ce qui est indépendant de ce que moi ou un quelconque nombre de personnes en pense ». Notez qu’il ne s’agit pas ici de rendre la réalité indépendante de la pensée, mais de pensées spécifiques. Puis, petit à petit, en cheminant, nous nous disons que, finalement, tous les modes d’être dont j’ai déjà parlé au début de l’année : la priméité, la secondéité, la tiercéité, sont réels... réels au sens de réalité... parfois je dirais réel au sens du réel de Lacan, alors, à ce moment-là, je dirais le Réel, sinon, quand je dirais réel comme adjectif, c’est l’adjectif qui correspond à la réalité.

F. C. : Tu pourrais préciser la différence que tu fais ?

M. B. : Oui bien sûr, je vais essayer d’en parler aujourd’hui. Nous avons vu que les trois catégories étaient réelles ; la ‘préscission’ nous montre que que ces trois catégories sont hiérarchisées. Vous vous souvenez : pas de secondéité sans priméité, pas de tiercéité sans secondéité et priméité ; autrement dit, puisque elles sont hiérarchisées, ça signifie que la clé de ces trois catégories est quand même la catégorie troisième, en ceci que si elle est réelle, les deux autres le sont ipso facto. La tiercéité mobilise les deux autres. Parce qu’au bout du compte, la priméité, je vous ai déjà dit qu’on ne la perçoit pas comme telle... ce qui ne l’empêche pas d’être réelle aussi. Idem pour la secondéité : la secondéité, on ne la rencontre pas comme telle, sauf peut-être dans certaines ‘expériences’, dont on parlera... La tiercéité, par contre, elle, est une catégorie dans laquelle on se meut tout le temps, et qui est susceptible d’être auto-réflexive, puisqu’on peut penser la tiercéité. Je disais alors, est-ce qu’au bout du compte, la réalité ne serait pas simplement le mode d’être fondamental de la tiercéité, sa priméité, au sens où la tiercéité, c’est, quand même, quelque chose qui est le déploiement de la sémiose.

Je vois bien... vous commencez déjà à avoir le cafard, je le vois dans vos yeux... « ah ! de nouveau on est repartis là-dedans »... bon... Il n’empêche. On peut sans doute dire les choses autrement qu’avec des gros mots comme ça, mais enfin, si vous voulez, les gros mots sont quand même pratiques parfois, ça sert parce qu’on peut donner des définitions, enfin ça donne un cadre pour penser. (...)

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