Canet, le 11 septembre 2006 Le principe général d’homologie des signes du monde et de la pensée.

lundi 11 septembre 2006, publié par Michel Balat


Canet, le 11 09 2006

Le principe général d’homologie des signes du monde et de la pensée.

M. B. : Nous sommes le lundi 11 septembre, et comme vous le savez, c’est le jour de la fête nationale des catalans, c’est l’anniversaire de la prise de Barcelone ; ils fêtent la prise de Barcelone, c’est bizarre… ils fêtent une défaite… Le lundi 11 septembre 2006 donc.
L’année dernière, on avait commencé à débrouiller les lacis de la fonction iconique et de la fonction indiciaire, et cette année, il faudrait donc ouvrir sur la fonction symbolique.
Et je dois dire qu’à la non-réflexion, puisque je réfléchis peu, il me semble qu’on ne peut pas approcher directement la fonction symbolique, on doit emprunter d’autres chemins. Vous savez comment ça marche, je fais toujours des tours et des détours, j’adore faire ça ; il est important de ne pas… Si vous voulez, c’est quelque chose qui se construit, et ce n’est pas une construction rationnelle.
On sait bien que pendant la construction d’un bâtiment, certains corps de métier doivent accomplir leur ouvrage avant d’autres, et ce jusqu’à l’achèvement complet des travaux, il y a une logique, et c’est ce que nous retrouvons là.
Si nous nous lancions maintenant dans l’étude de la fonction symbolique comme ça, après avoir repris la fonction iconique et la fonction indiciaire, cela donnerait une vision trop unilatérale de ce qui est en question dans ce dont nous parlons, alors il me semble que ça vaut la peine de revenir sur certaines choses : je voudrais me risquer à faire une introduction à la question de la sémiose parce qu’il me semble que c’est le cœur de la question.

D’abord, la question que ce mot essaie à la fois de poser sinon de résoudre, c’est la question suivante : on peut constater que chaque fois qu’on parle, qu’on écrit, qu’on fait un tableau, qu’on fait tout ce qu’il est possible de faire, donc chaque fois qu’on fait un signe, sauf à vraiment s’entêter et vouloir rester sur ses a priori, on peut constater que c’est un processus dynamique qui se met à l’œuvre. Je ne crois pas qu’on ait jamais rencontré un signe qui soit d’une transparence totale telle qu’il ne supposerait aucun processus à l’œuvre : quand vous voyez un signe, des interprétations se présentent à vous, le malentendu par exemple, pour parler de choses très communes. S’il y a malentendu c’est donc bien que les signes ne sont pas transparents ; s’ils l’étaient il n’y aurait pas de malentendu, il y aurait des ignorants et des sachants. Or on sait bien que le malentendu fait l’objet de négociations très complexes, surtout quand on avance en âge et que la surdité arrive : les occasions de malentendus deviennent très nombreuses… (rires)
Mais on ne peut pas non plus sombrer dans ce genre d’explication douteuse qui consiste à dire qu’on n’a pas bien entendu, parce qu’un malentendu, c’est autre chose : par exemple, quand la surdité, à laquelle il faut bien se résoudre, survient, même si elle est relative, on sait bien qu’à certains moments, on peut se laisser gagner par une forme de complaisance envers nous-même, qui facilite la compréhension de tout ce que je place dans le registre du malentendu.
Mais quand vous voulez le dissiper, vous vous rendez compte à quel point, étant admis qu’il existe un accord sur le signe, tous les systèmes d’interprétation sont à l’œuvre et prêts à s’affronter.
Ça c’est une sorte d’hypothèse de base qui est, à mon sens, vraiment lourde, mais qui est sans doute crédible parce que, au bout du compte, quand je lis « lui-même », eh bien, je me rends compte, sauf à vouloir faire l’abruti, que le mot lui-même est d’une complexité inouïe, et que tous les champs d’interprétants sont immenses : voilà.
Je ne sais pas si vous avez une petite idée de ce qu’implique la question…, ça signifie que tout signe provoque un mouvement, c’est un peu comme un moteur, c’est le principe de ce mouvement, et vous, vous vous engagez dans l’interprétation du signe. Mais différencier le signe et son interprétation poserait à mon sens déjà un problème parce que, — et vous allez comprendre assez vite, c’est pour cette raison que ça pose la question de la fonction symbolique, —si l’on fait cette différence-là, on crée alors une différence de nature entre le signe et ses interprétations : il y aurait d’une part quelque chose qui serait destiné à être le signe, et d’autre part quelque chose qui serait destiné à être les interprétations, il y aurait donc d’un côté les signes et de l’autre les interprétants. En effet, comment se fait-il que des interprétations arrivent comme ça lorsque vous rencontrez un signe, à ce point même où elles arrivent sans que vous puissiez vous en rendre compte, je lis « lui-même » et je lis « lui-même », ça va…, ça ne vous pose peut-être pas de problème non plus, donc c’est dire : comment se fait-il qu’en voyant ces signes je puisse avoir tous ces systèmes d’interprétants tout prêts ?… est-ce que je peux encore me permettre de séparer le « lui-même » qui est écrit sur le papier de toutes les interprétations qui me viennent lorsque je le lis ?… : voilà un problème, un gros problème, je trouve.

(…)

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