Canet, le 26 février 2007 Du MacGuffin au grand Autre.

lundi 26 février 2007, publié par Michel Balat


Canet, le 26 février 2007

Du MacGuffin au grand Autre.

M. B. : Bon, la dernière fois on avait vu la question du MacGuffin, ça vous a inspiré cette histoire, ce rien ?

Public : Super ! On l’a rempli de problèmes…

M. B. : Ah oui ? ça pose le problème de la structure. Au bout du compte, on voit bien qu’il faut qu’il y ait ce rien : c’est quelque chose qui se présente dans une dimension objectale, mais en tant qu’objet il est rien, et c’est la condition même pour qu’il y ait une structure.

Public : C’est le rien de la liberté…

M. B. : Il y a quelque chose qu’Oury dit tout le temps : « Finalement, pour qu’il y ait une structure, il faut qu’il y ait un point à l’extérieur. » C’est une formulation un peu rapide, mais, vraie dans les structures disons de type topologique… dans les structures algébriques je suis moins sûr. S’il n’y avait pas le MacGuffin, tout ce système s’effondrerait de lui-même. C’est un peu ce que dit Hitchcock… si on donnait trop de consistance au MacGuffin, au suspense, tout ce qui fait la tension structurelle du film disparaîtrait.

Et il me semble que c’est la même chose avec l’amour. Sans ce rien, il ne pourrait pas y avoir toute cette tension, ces histoires invraisemblables que sont les histoires d’amour. Il faut bien qu’il y ait du rien.

Dans le travail analytique, le transfert met en jeu aussi ce rien. On peut le voir par exemple, quand certains patients utilisent le système même de l’analyse pour résister. Il y a quelqu’un qui me disait : « Si on était en dehors d’ici je n’aurais aucune difficulté à vous parler normalement. D’ailleurs, dans les moments où on prend les rendez-vous, on peut discuter normalement, mais dès que la séance va s’engager, déjà même en rentrant dans la pièce, ça y est ! Quelque chose est changé et il y a un certain nombre d’attitudes qui me sont obligatoires. »

Public : … c’est artificiel…

M. B. : Voilà, on peut dire que c’est assez artificiel…, le MacGuffin, il savait ce que c’était, et du coup ça lui permettait de figer la totalité de la situation.

J. M. : Il y a des années, tu avais parlé d’une spirale : on se rapproche d’un truc sans jamais l’atteindre. Et tu n’avais pas, à ce moment-là, parlé de la nécessité qu’il y ait un rien au bout…

M. B. : C’était implicite. Pourquoi faire une spirale si on peut l’atteindre directement ? Si on savait le point où on va, on irait, et on n’emmerderait pas tout le monde avec des spirales. Donc, s’il y a une spirale, c’est bien que ce point-là est énigmatique. Et, c’est cette trajectoire spiralée qui définit le point, l’œil de la spirale. Finalement, la spirale est une nécessité.

J. M. : Mais…

M. B. : Je rappelle un peu les choses parce que tout le monde n’est peut-être pas au courant… je développais le modèle de la spirale pour donner le modèle de la sémiose : lorsque la sémiose vise son objet, elle le vise en spirale. Notez bien que dans le travail qu’on fait, c’est quelque chose qu’on constate : on tourne autour de quelque chose, mais chaque fois, avec un léger décalage : vous répétez, mais vous répétez du différent. Autrement dit, on est à la fois dans la répétition et dans la différence, ce sont les spires qui mesurent l’écart, et, au bout du compte, cette spirale converge vers quelque chose.

Public : Ça permet les associations en récupérant un élément…

M. B. : Ce n’est pas pour permettre les associations, il me semble que c’est structurel.

Par exemple, si on coupe avec une droite toutes les spires, on voit bien que là, on répète quelque chose puisque c’est la même droite, mais avec des points différents. Et on peut repérer des éléments de ce qu’on appelle la jouissance, qui est la répétition : il me semble que c’est là-dessus que ça joue.

C’est compliqué… je ne dis pas que ce sont des spirales de la jouissance, simplement, lorsque quelque chose surgira de cette spirale dans les termes de l’interprétant -puisque c’est la spirale des interprétants-, eh bien, on pourra dire que chaque interprétant localisé, lui, sera ce que Lacan appelle « un grain de jouissance », c’est à dire la répétition.

Je vous avais déjà parlé de la question d’Achille et de la tortue. Vous vous souvenez ?

Public : Oui, on connaît…, mais je ne me souviens pas.

(…)

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