Canet, le 14 mai 2007 La fonction du mot de passe dans la tessérisation du corps de l’enfant

lundi 14 mai 2007, publié par Michel Balat


Canet, le 14 mai 2007

La fonction du mot de passe dans la tessérisation du corps de l’enfant

M. B. Nous sommes le 14 mai 2007.

Bon, alors là, pour le coup, c’est un fossé. C’est rude ! chaque fois, il faut reprendre tout ça. Cette fois-ci je ne refais pas un résumé des chapitres précédents, mais je rappelle brièvement le point où nous étions arrivés, et on verra pour la suite. Le point où nous étions arrivés, c’était autour du symbole, de la fonction symbolique, et j’avais fait remarquer que l’on devait pouvoir faire l’hypothèse que le noyau même de la fonction symbolique, ce qui fait l’âme de la fonction symbolique, eh bien, c’est sans doute le mot de passe. Le mot de passe qui est à la fois une séquence signifiante et qui présente le grand intérêt de ne pas faire référence, pour ce qui concerne la signification, à ce que signifie la chose : on peut donc dire « Les sanglots longs des violons de l’automne » et ça marche. Vous connaissez l’histoire des sanglots longs, non ? À l’approche du débarquement, tous les jours sur la radio de Londres il y avait quelqu’un qui disait « Les sanglots longs des violons de l’automne », et ça s’arrêtait là. Mais l’idée, c’était, vous voyez comment c’était intéressant à tous points de vue, que le jour où ils diraient l’autre partie du vers ou bien le deuxième vers, ça signifierait que le débarquement avait lieu ou aurait lieu de façon imminente. Quel est le deuxième vers ?

G. P. : « Bercent mon cœur d’une langueur monotone »

M. B. : Redites ça !…

Public : « Bercent mon cœur d’une langueur monotone »

M. B. : « Bercent mon cœur », voilà ! très bien ! C’est vraiment intéressant, ce truc-là, parce que si la radio de Londres avait dit ça début juin pour que la résistance se prépare et commence les sabotages nécessaires, personne ne se serait mobilisé, parce que le second vers dit : « Blessent mon cœur d’une langueur monotone ». C’est vrai que beaucoup font la confusion (dont ma pomme bien entendu jusqu’au jour où j’ai écrit un article que vous pouvez lire sur le site « Logique du vague et psychanalyse », où figurait la citation), et aimeraient que ça soit « bercent mon cœur d’une langueur monotone », mais non, c’est « blessent ». Du coup, à ce moment-là, sur le plan de la signification on peut discuter, mais on voit bien que si les types avaient dit « bercent mon cœur », ça suffisait à annuler tout ce truc-là.

Vous voyez, c’est là, il me semble, quelque chose de très important qui concerne la dimension du symbolique, c’est que cette chose-là ne se voit presque pas. C’est un petit détail, comme dirait l’autre, pour les mêmes raisons, c’est un petit détail, mais si on n’en tient pas compte tout est fichu. Alors ça, c’est très important parce que, précisément, on peut penser que au niveau des mécanismes inconscients, les passages se font de façon extrêmement rigoureuse : pendant que nous nous avons les yeux braqués sur la signification des phrases, l’inconscient a les yeux braqués sur le déploiement des représentements ou des signifiants, pour parler comme Lacan, et c’est tout à fait différent. L’agencement des signifiants n’a finalement rien à voir avec la signification des phrases. Il n’est pas tout à fait vrai que ça n’ait rien à voir, mais il n’empêche que l’agencement des signifiants joue un rôle tout à fait fondamental. Si vous voulez, pour continuer sur cette voie, ce sont des choses que, hélas ! on observe très fréquemment dans les équipes : elles se braquent sur la signification des choses. On entend « ah ! cet enfant ! » ou bien « ouh ! untel, déconne, est toujours absent, il n’avertit pas » ou « elle n’avertit pas », on a donc beaucoup de descriptions, d’états de choses, qui sont parfaitement descriptibles et compréhensibles immédiatement : on va chercher des explications dites psychologiques, des explications qui reposent d’ailleurs plutôt sur la signification des mots qu’on emploie pour décrire les choses. Mais si la question du symbole ou de la fonction symbolique se résout aussi là, pour l’essentiel elle ne se résout pas à ce niveau, puisque la question du passage, du mot de passe, consiste à passer d’un état à un autre état. Et ce passage fulgurant dépend non pas de la signification des mots mais de l’agencement signifiant, pour des mots de passe dont le scribe et l’interprète sont convenu entre eux, c’est-à-dire entre le surgissement de la séquence signifiante et la personne ou le sujet qui en est le réceptacle.

(…)

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