Canet, le 22 mai 2006 Etude de la fonction indiciaire autour de la singularité, de la constitution de l’objet, de l’objet transitionnel.

lundi 22 mai 2006, publié par Michel Balat


Canet, le 22 mai 2006

Etude de la fonction indiciaire autour de la singularité, de la constitution de l’objet, de l’objet transitionnel.

M. B. : On avait entamé quelque chose sur la question de l’indice et de la fonction indiciaire. On pourrait essayer de voir comment on pourrait développer ça après avoir étudié la fonction iconique, et je me disais qu’un petit historique de la question de l’indice pourrait vous intéresser. L’indice c’est un truc qui a été inventé par Peirce, mais, contrairement à son habitude, il a repris ici un nom assez commun pour désigner une certaine fonction, parmi les autres fonctions du signe : la fonction indiciaire.

Au fond, je crois que la principale difficulté, celle qui m’a valu de tarder à en parler, et à me lancer dans son décryptage c’est que ça paraît très simple. L’indice est quelque chose qui paraît lumineusement simple : le signe se donne comme une partie de l’objet, ou plus précisément le signe indiciaire attire l’attention sur l’objet. À une époque, pour bien faire la différence avec les autres fonctions du signe je précisais même : le signe indiciaire attire l’attention sur l’objet de manière compulsive ; autrement dit, ce n’est pas quelque chose auquel on pense, et il n’y a rien du registre de la pensée qui vient s’interposer entre le signe et l’objet.
Évidemment, le signe le plus évident, d’où le nom de la chose, c’est l’index : si on montre, il faut viser un peu, mais justement, c’est là que tout commence. Il est nécessaire de viser un peu, mais on sent bien qu’il est aussi nécessaire que l’autre ait déjà, d’une certaine façon, l’idée en tête, pour que l’index puisse désigner l’objet. Si je dis par exemple « ah, j’ai fumé la pipe aujourd’hui » — vous l’avez peut-être senti dans le bureau —, vous me poserez la question suivante, « laquelle ? », alors je répondrais « eh bien, celle-là », donc là il faut déjà que vous l’ayez d’une certaine façon sous les yeux. Mais, si quelqu’un entre et me demande, un peu distrait, « où est le port ? », je montrerai du doigt et je répondrai « là », et ce quelqu’un saura que je ne lui montre pas la fenêtre, donc dans ce cas il n’aura pas besoin de l’avoir sous les yeux. En fait, il faut que la personne voie derrière la fenêtre, et, en somme, ça signifiait la direction… à peu près. On comprend donc qu’il est nécessaire qu’il y ait déjà à l’esprit un mode de présence de l’objet, sans quoi, aucun objet ne pourrait être défini. Il faut qu’il soit présent à l’esprit soit directement par une perception directe, soit indirectement par une connaissance qui est commune des deux côtés ; autrement dit, celui qui pose la question et celui qui l’indique ont le même type de connaissance de cet objet, sinon ça ne marcherait pas.

On peut observer qu’il y a là beaucoup de choses complexes. Par exemple, si je montre le port avec le doigt, j’accompagne toujours ma monstration de façon orale ; autrement dit, il y a toujours des symboles qui traînent ici et là. Même si je dis « passe-moi ça » en montrant la feuille qui est posée sur la chaise, eh bien, le « ça » de « passe-moi ça » révèle un certain niveau linguistique, ce n’est pas un « hmm hmm ! », ce qui signifie que le caractère indiciaire là est aussi porté par quelque chose qui a l’apparence de symboles. Et c’est précisément un des trucs fondamentaux dans la sémiotique de Peirce : ça n’est pas un symbole. Tout le monde pourrait s’accorder à dire : « à partir du moment où il s’agit d’un mot de la langue c’est un symbole », eh bien, justement, ce n’est pas le cas parce que c’est là que Peirce établit cette grande distinction entre le type (ou légisigne) et le symbole. Quand je parle du type et de la tessère, on peut dire que le type considéré est un type, c’est une certitude, mais ce n’est pas a priori un symbole ; en situation, c’est un indice ; « ça », qui est un type, possède, fondamentalement et essentiellement, une valeur indiciaire et pas symbolique. Le symbolique a toujours un certain niveau de généralité, puisque à tout symbole est associé un décryptage : quand vous dites « ça », « ça » signifie… et vous disposez d’un ensemble de choses qui est déjà tout prêt à interpréter : dans le trésor de la langue vous savez qu’il y a une certaine préparation, et quand je dis tous les mots que je prononce depuis un petit moment devant vous, vous savez à peu près comment vous débrouiller avec chacun d’entre eux, de sorte qu’on peut dire qu’un système interprétant est déjà en place, c’est-à-dire une sorte de dictionnaire. Mais « ça » est dans le dictionnaire et pourtant ce n’est pas le cas, parce que effectivement « ça » signifie uniquement en contexte ; « ça » ne signifie rien de général. Aujourd’hui je voudrais vous faire sentir toutes les problématiques qu’il y a autour de l’indice.

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