Canet, le 3 avril 2006 Rapprochement entre le travail des équipes et le travail du plasticien autour de la forge des icônes

lundi 3 avril 2006, publié par Michel Balat


Canet, le 3 avril 2006

Rapprochement entre le travail des équipes et le travail du plasticien autour de la forge des icônes

M. B. : Bon… on en était resté où la dernière fois ?… Le point sensible dans l’histoire c’était la question de l’icône comme organisateur du clivage, et il me semble que c’est une idée qui pourrait être intéressante : le clivage pouvant être considéré, au fond, comme un certain rapport du signe et de l’objet. Alors, justement, c’est ce sujet que je voudrais aujourd’hui développer un petit peu plus : déterminer la nature de l’objet qui est en question là-dedans, faire en sorte que la question du clivage soit solidaire de la question de l’objet, dire à quel point c’est ça qui est en question. Ce sont des choses que nous avons déjà abordées de différentes façons, mais ce serait intéressant de l’aborder sous l’angle…

Au sein d’une équipe qui travaille avec des enfants relativement mal fichus, une éducatrice assez inventive avait envie de rassembler les enfants autour de quelque chose de ludique ; et, avant de savoir ce qu’elle allait exactement en faire, elle avait baptisé ce lieu « le quart d’heure des bêtises ».
Définir un moment où les enfants peuvent faire des bêtises, je trouve l’idée intéressante.

Public : …

M. B. : Non, mais, justement, c’est à propos de la nature des bêtises. Sur ce point particulier, comme elle s’était rendu compte que les principales bêtises étaient liées au fait que, quel que soit leur état psychique, mental ou cérébral, tous les enfants aiment bien pipi-caca et lolo-boudin, elle s’est dit que ce moment pourrait être consacré justement à dire des bêtises. Et là, elle a eu une idée… comme ça !… des coups fabuleux !… l’idée d’un tuyau !… Elle dit : « J’ai eu cette idée de tuyau, dans la mesure où, dire des bêtises ou dire des gros mots directement est embêtant, puisque c’est globalement interdit ». Et je pense ici à une gamine qui a la grande spécialité des gros mots. Quand elle est arrivée pour la première fois dans la structure, c’est-à-dire il y a plusieurs années, elle avait un langage qu’on eût dit d’un charretier… elle jurait comme un charretier, c’était invraisemblable. Elle parlait très peu, mais elle ne disait que des saloperies, et elle ne pouvait parler qu’en jurant… « enculé !… », des trucs comme ça… fallait voir !… Et je crois que cette éducatrice a été inspirée par cette gamine ; et elle ajoutait : « Ne pas les dire directement, tout en les disant. » Et elle a inventé « le tuyau à dire des saloperies ». Vous comprenez que dire des saloperies directement est totalement différent de dire des saloperies dans un tuyau : les dire directement a pour conséquence d’en faire des signes ; tandis que les dire dans un tuyau a pour conséquence d’en faire des objets. Il s’agit de vous amener un peu sur ce terrain.

Effectivement, là, c’est l’objet sonore « gros mot » qui est produit ; en plus de ça, un tuyau ressemble tout à fait à quelque chose d’intestinal, et, d’une certaine façon, c’est une manière de produire des objets, au sens vraiment le plus primaire de l’objet, c’est-à-dire un objet anal. Puisque, comme vous le savez, la mère attend quelque objet, à un moment donné, de son enfant ; c’est ce qu’on appelle à tort l’apprentissage de la propreté, parce qu’en fait, c’est la mère qui attend que l’enfant lui donne quelque chose. Lui, l’enfant, on pourrait dire qu’à un premier niveau, il se contente de faire caca, mais, il se rend compte qu’il produit quelque chose qui est objet d’investissement de la mère. Et la preuve en est que, au moment où il a fait son truc, la mère pousse des cris de joie : « ah, formidable !… ah, ton cadeau merveilleux !… », - d’où la problématique du cadeau par la suite, du cadeau qui montre ses traces, quoi !… Faites gaffe au cadeau !…- Et on peut dire que l’enfant, pour la première fois, comprend comment il peut séparer de son corps quelque chose comme un objet.

Rappelez-vous la séparation précédente, si tant est que ça ait un sens, celle du sein, soit une séparation dont l’ambiguïté est totale puisque le sein, séparé de la bouche de l’enfant, était d’abord supposé être le sein appartenant à l’enfant. Donc dans un rapport corporel d’une certaine complexité, qui renvoie à ce que je racontais la dernière fois sur le mélange des corps…

(…)

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