Canet, le 31 mai 2010 Travail tonal, transfert et signe parfait

jeudi 16 mai 2013, publié par Michel Balat


Canet, le 31 05 2010 Travail tonal, transfert et signe parfait

M. B. : Nous sommes le 31 juin 2010… mais … il n’y a pas de 31 juin… (rires)

Georges Perez : Cette année les séminaire s’arrêteront le…(rires)

M. B. : C’est bizarre, j’ai fabriqué une date qui n’existe pas… Je reprends, on est le 31 mai 2010, j’avais prévu de continuer sur les histoires du général et du vague mais je voudrais vous parler du livre de Laura Grignoli qui vaut vraiment le coup, épatant, et aussi de la venue Claude Rabant, avec son livre « Métamorphose de la mélancolie » dont Georges dit qu’il est extraordinaire…

G. P. : J’ai lu un vingtaine de pages, sauf la préface de Oury…

M. B. : Elle est plus difficile à comprendre que le livre… Je l’ai rencontré avec sa femme qui est grecque, elle voulait qu’on organise à Delphes un colloque sur la pythie, ce serait bien, vous viendriez ?

Public : Oui, ce serait sympa…

M. B. : Donc je la rappellerai… (rires)

G. P. : Qui nous accueillerait pour recueillir nos questions ?…

M. B. : Ah, il faudrait d’abord une bande d’herméneutes ou bien de proxènes qui traîneraient dans le coin… J’ai envie de reprendre des éléments que Laura a avancés samedi et essayer d’en faire mon miel sémiotique, à tout hasard… ça ira, Laura, tu comprends ce que je dis ? Je parle assez lentement ?

Laura Grignoli : 80%…

G. P. : Finalement on va apprendre l’italien…( rires)

M. B. : J’avais beaucoup abordée cette question à l’époque où j’élaborais sur le tonal, certains d’entre vous s’en souviennent, toute cette dimension dans le travail qui n’appartient pas en propre à l’univers symbolique mais qui est fondamentale pour permettre qu’il y ait le partage de quelque chose entre des personnes. Tu insistes beaucoup sur cette dimension et tu dis que dans ce travail d’art thérapie sans doute dialogue-t-on mais certainement pas dans la dimension symbolique. À Château Rauzé, dans les réunions avec les blessés, on voit bien qu’on tisse quelque chose, j’avais appelé ça un tissu tonal, il permet de pouvoir accueillir la personne ; d’ailleurs, c’est très curieux parce que j’ai eu un coup de fil impromptu de Jean Oury, hier, dimanche dans l’après-midi…Tous les dimanches que Dieu fait depuis plus de trente ans, il discute avec Danielle Roulot de 16h à 18h, vous avez ces discussions dans les Dialogues à La Borde, ça vaut le coup de le lire…Ce dimanche, ils étaient en train de réfléchir à la question de l’avec et il me dit : « Il faut que tu nous dises des trucs sur l’avec »… Danielle soutient que l’avec le schizophrène n’est pas la même chose que l’avec le normopathe, elle dit que l’avec le schizophrène est de la priméité, autrement dit du tonal, l’avec, être avec…Je lui disais que pour le travail avec les végétatifs, avec les personnes qui ne sont pas dans la langue, qui ne parlent pas, on est avec elles mais on n’est jamais sûr qu’elle soit avec nous ; certes, on partage quelque chose ? On n’en est pas tout à fait assuré et tout au long de ce travail de tissage, on regarde la personne pour voir si elle est avec nous, comme elle ne manifeste rien, on ne peut pas en être sûr et la seule chose que nous essayons de faire, c’est d’être avec elle. Je lui disais que l’avec n’est pas une relation nécessairement réflexive et ce travail, nous avons décidé depuis longtemps de le faire à partir de la parole, celle-ci non pas traitée dans le sens symbolique mais dans le sens tonal, tenter un petit peu ce que le poète réussit, essayer de faire en sorte que circule quelque chose grâce aux mots qui permettent que ça se tisse entre tous ; ce sont des trucs qu’on a élaborés depuis assez longtemps, à distinguer justement dans ces possibilités qui sont offertes par les mots, entre la dimension tonale, au sens presque premier, celui de…

Public : La résonance…

M. B. : Même pas, le ton comme pure présence, sans aucune distinction possible. Dans cette tonalité, il y a aussi un deuxième niveau qui est le ton du mot, le mot a un ton. Si je dis « ton » par exemple, il y a un « t » dedans qui est particulier, ce n’est pas n’importe quel mot, il a des résonances, évidemment, mais cette fois-ci des résonances de proche en proche, ça associe … La tonalité première est pure présence et la tonalité seconde est attachée au mot ; pour le troisième niveau, extrêmement important, sur lequel un travail d’élaboration serait à faire, c’est ce que j’appelle le ton de signification, les mots en eux-mêmes ont une évocation, une figure de style, une figure de mot… Un exemple, le mot imputrescible évoque en fait la putréfaction mais si je dis immarscecible, ça fait rêver parce que les significations sont différentes. Imputrescible attire l’attention directement sur la chose et ne permet pas d’avoir des associations très fortes, celles qu’il autorise sont extrêmement réduites, parce que ça inquiète. Immarscecible et on voit le visage de la vierge, intact, imputrescible certes, mais ce dernier mot n’autorise pas de significations bien plus vastes. C’est une tonalité de signification, des mots ferment et des mots ouvrent dans la signification ; ce n’est pas la signification pour elle-même mais c’est comme une sorte de réservoir de possible du mot auquel on est sensible, j’appelais ça le diaton, c’est ce autour de quoi pourrait être organisé ce que j’appelais à l’époque et encore aujourd’hui la diapathie. On parle de l’empathie, de la sympathie, mais personne ne parle de la diapathie, or c’est ce qu’on ressent dans un groupe, quand il y a quelque chose qui circule, on ne sait pas ce qui circule, ce n’est pas de l’empathie, ni de la sympathie, ce n’est pas le problème, mais de la diapathie. Chaque fois qu’on travaille dans les groupes, la question qui se pose est celle de ce pivot du groupe qu’est la diapathie, qu’on peut appeler le partage, c’est ce niveau-là qui est important. A travers cette idée du ton, de la tonalité, on touche à des choses qui sont communes au travail que font Laura ou Florence en art thérapie et à ce qu’on peut faire à Château Rauzé avec des gens privés de parole, qui n’éprouvent pas le besoin de parler, je ne dis pas la possibilité parce que je n’en sais rien, en tout cas il s’avère qu’ils ne parlent pas, et ce niveau du ton me paraît d’une très grande richesse souvent complètement laissé de côté, en particulier dans les études sémiotiques, je me souviens…

(…)

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