Canet, le 6 mars 2006 Cheminement pas à pas dans les circuits szondiens et les connecteurs logiques

lundi 6 mars 2006, publié par Michel Balat


Canet, le 6 mars 2006
Cheminement pas à pas dans les circuits szondiens et les connecteurs logiques

Ce week-end auront lieu les journées de Psychothérapie Institutionnelles à Landerneau. Ça promet d’être intéressant : Pierre Delion fera un blabla vendredi soir, et la question des clubs sera le thème d’une discussion samedi toute la journée… à mon retour je ne manquerai pas de vous raconter ce qui s’est dit d’intéressant à ce sujet ; d’autant que cette question des clubs va probablement figurer parmi les thèmes de la prochaine « journée avec ». Marie-Françoise Leroux sera présente puisque c’est elle qui organise les journées. À ce propos, j’ai relu, parmi les must, cette somme sur les clubs… je ne sais pas si vous avez lu ça… un grand article intitulé Les clubs thérapeutiques , qui est la retranscription d’une longue conférence d’Oury. Je vous le recommande.

On peut penser parfois que les élaborations que nous faisons ici sont un peu en dehors des clous parce qu’on s’intéresse à des choses qui ne semblent pas avoir un rapport avec notre travail, sauf de manière un peu lointaine… enfin je ne sais pas, je dis ça à tout hasard… (rires) mais, il y a quelques années, j’ai écrit un article intitulé « Le sacré et la feuille d’assertion », figurez-vous… un article qui montre qu’on peut faire des interprétations intéressantes à partir de ces lents travaux de l’esprit. Je ne sais pas s’il y en a qui connaissent ce texte, un truc impossible !… ça fait partie de ces ouvrages exécutés à force de veilles et de travail… C’était une analyse de la question du sacré à partir de Benveniste… mon petit chéri… Je me trouve souvent en désaccord, et pour cela je l’aime beaucoup, c’est d’une finesse extraordinaire… c’est un érudit, il connaît tout, c’est effrayant ; mon petit jeu consistait à critiquer Benveniste, parce que c’est un dichotomiste forcené, comme Socrate, ce qui n’est pas vraiment déshonorant. Benveniste avait rédigé un texte sur le sacré et il y avait quelque chose d’étonnant : on peut lire ça dans le Vocabulaire des institutions indo-européennes , un grand livre. Bien que l’indo-européen ait été une création mythique, et qu’il n’y ait pas eu d’institutions indo-européennes et par conséquent de vocabulaire des institutions indo-européennes, ce livre, qui est en deux tomes, est un des livres les plus extraordinaires qui soit parce que c’est d’une intelligence folle, d’une érudition totale. Dans cet ouvrage, Benveniste disait : « Un fait frappant est que, presque partout, pour la notion de sacré, nous avons non pas un seul terme, mais deux termes distincts. » Il disait qu’en latin on avait : Sacer — à l’époque où j’ai fait mes humanités on disait ‘sacer’, et puis après j’ai appris qu’il fallait dire ‘saker’ —, Sanctus et Profanum, et qu’en grec on avait : Hiéros, Hosios et Hagios. Donc, trois termes alors qu’il avait dit précédemment qu’il n’y en avait que deux. C’est quand même étonnant ça ! En fait, il disait deux parce que selon lui ça se divisait en deux : il en mettait deux ensemble qui faisaient un, et ensuite il l’opposait à l’autre. C’est un classique ça : Roland Barthes fait la même chose dans Mythologies ; il dit que le signifiant et le signifié sont les deux faces du signe, comme disait Saussure, mais, pris ensemble, comme une unité, ça devient alors un signe qui s’oppose au référent. Voilà. Autrement dit, il se débrouillait aussi pour avoir trois termes, mais divisés en deux.

Je suis donc allé regarder toute cette histoire de très près et j’ai essayé de triadiciser. Je faisais remarquer qu’il y avait un terme très important en grec qui était le terme hosios, soit un des trois termes de l’histoire du sacré, et qu’il dérivait du verbe grec hazomai qui signifie craindre, c’est-à-dire le sacré en tant que on le craint. En fait, le sacré hosios est un sacré divin ; et, si le terme divin n’existe pas en grec, par contre, il représente le sacré qui est l’émanation de l’Olympe, c’est-à-dire des dieux olympiens, puisque les grecs divisaient leurs dieux en deux catégories : olympiens et chthoniens. Les dieux chthoniens c’est toute la bande à Pluton… enfin ça c’est latin… tout ce monde-là : Adès, Perséphone et tout le toutim… les champs Élysées, tout ça c’est chthonien.

En somme, dans cette hiérarchie qui est très forte, on avait les dieux jupitériens… enfin les dieux de l’Olympe, qui étaient comparables à ce qu’on appelle Dieu, c’est-à-dire la divinité, par contre, les dieux chthoniens étaient humanisés, au plus près des hommes — il est très difficile de représenter la distinction entre les deux, je vous renvoie aux nombreux ouvrages sur ce sujet —, de sorte que les lois chthoniennes et les lois hosia caractérisaient les lois qui régissaient les relations entre les humains. Les lois chthoniennes c’était ce qu’on appelait la loi diké qui correspondait en latin à Thémis, tout ça : la loi normale c’était une loi chthonienne, c’est-à-dire vraiment faite pour les humains entre eux ; même si quelque touche divine était présente, la loi chtonienne était faite pour régir leurs relations ; certains de leurs devoirs étaient prescrits par une loi humaine chtonienne, alors que d’autres l’étaient par la loi hosia venant du sommet de l’Olympe, par la loi divine. La loi hosia était une loi de la crainte quand même, c’est-à-dire la crainte de Dieu. Les lois humaines étaient appliquées par les moyens humains, alors que les lois divines étaient appliquées par les moyens divins, ce qui fait que sur la question de la crainte, cela ne revenait pas au même de craindre le gendarme et de craindre Dieu, parce que on échappe difficilement à ce dernier.

(…)

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