Canet, le 03 mars 2008 : le semblant

lundi 3 mars 2008, publié par Michel Balat


Canet, le 03 03 2008

M. B. : Nous sommes le lundi 3 mars 2008. Ça fait une grosse coupure, et c’est dur de faire la reprise, d’autant que je marchais un peu sur des œufs, si je puis dire, là, autour de cette question de l’écriture, et puis il se trouve qu’il y a — enfin ça se passe comme ça, des découvertes, qui n’en sont pas — des trucs, que j’avais déjà dits ou abduits, qui reviennent. C’est un mode de fonctionnement, j’oublie et je retrouve. Quand elles ont été écrites, ça va, je peux savoir quand je l’ai dit ou pensé, mais généralement je ne les dépose pas par écrit, sauf le blabla qui est retranscrit depuis peu d’années. Il me semble que ça a quelque rapport avec la chose même dont il est question.

Depuis des années je cherche à saisir ce que Lacan entend par « semblant », et je me suis mis bêtement en tête de mettre Peirce dans le circuit Freud, Lacan, et les autres, car je pense qu’il serait étonnant qu’il n’ait pas eu les grandes intuitions de ses successeurs. Cela n’a peut-être aucun sens, c’est éventuellement burlesque, mais il se trouve que c’est le chemin que je suis depuis un quart de siècle. Ainsi, depuis longtemps, j’ai décidé de « coincer » le semblant, avec l’aide de Peirce. Mais ça ne se laisse pas coincer comme ça, le semblant. Pendant toute une époque, enfin peut-être t’en souviens-tu, Françou, j’insistais sur l’icône, sur la semblance au lieu de la ressemblance — enfin c’est ce que dit Peirce, l’icône ressemble à son objet —, je suggérais de mettre du catalan là-dedans, et, par translittération, de dire que l’icône semble son objet. Mais ça ne collait pas du tout, je veux dire que ça n’avait rien à voir avec le semblant chez Lacan, qui n’est pas vraiment de la dimension de l’icône. Mais un semblant au sens de semblant de. On pouvait tenter ce sens-là, un semblant de, je ne sais pas, d’air marin. Par exemple, dans cette pièce, malgré la fumée que j’y fais entrer, c’est un semblant d’air marin qui passe quand on est un peu attentif. Or Lacan en fait l’agent du discours. Si l’agent du discours est une icône, c’est mal barré. En fait, tout cela ne me menait à rien ; depuis longtemps déjà j’avais abandonné ces idées, et je dois dire que ça m’était sorti de l’esprit, parce que du semblant je n’en bouffe pas à tous les repas, du moins me semblait-il ! Mais il se trouve qu’il y a le fameux séminaire de Lacan, que je suis en train de relire, D’un discours qui ne serait pas du semblant, dans lequel il parle du semblant, et je me disais que c’est pas mal son histoire là, d’avoir un agent du discours, quelque chose qui, à un moment donné, est en position d’agent, agent au sens latin de agere, faire, quelque chose qui lance un processus ; et, lisant tous ces trucs-là, je le voyais distinguer certaines choses.
Par exemple, il parle parfois de représentation. C’est très intéressant, cette histoire de la représentation. J’ai failli aller, il y a quelques années, à un congrès de sémiotique sur la représentation, avant de renoncer. J’avais préparé tout un truc, à propos du « re » qui est non pas le « re » de répétition mais le « re » d’insistance. Je m’appuyais sur Littré qui dit : « À la frontière j’ai représenté mon passeport », ce qui fait de ce terme un strict équivalent de « présenter ». Au séminaire de sémiotique, depuis de nombreuses années, nous avions évoqué la question de savoir si une simple présentation pouvait être un signe. La réponse est évidemment positive, même si tout ça peut paraître byzantin. Donc, ça pose la question de la représentation, et, enfin, un beau jour, il y a peu de temps, je me suis dit, mais il faut être vraiment bouché à l’émeri pour ne pas avoir vu ça tout de suite, parce que c’est élémentaire, évident, que bien entendu le semblant est très exactement ce que Peirce appelle le représentement. Fallait-il vraiment que je sois stupide pour ne pas voir ça. Alors il faut justifier, pas la stupidité, quoique en même temps oui, il faudra qu’à un moment donné j’en dise quelques mots, parce que c’est un peu extraordinaire qu’il m’ait fallu vingt cinq ans pour arriver à une idée aussi élémentaire, aussi évidente pour quiconque découvre le semblant chez Lacan et le représentement chez Peirce !

(…)

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