Canet, le 10 septembre 2007 : L’interprétant

lundi 10 septembre 2007, publié par Michel Balat


Canet, le 10 09 2007

M. B. : Cette année, ça vaudrait peut-être le coup d’aborder de manière plus précise des questions qui concernent, sur le plan sémiotique, l’interprétant. Nous avons consacré les deux années précédentes à la question du rapport du signe et de l’objet : les icônes, les indices, les symboles. Auparavant, nous avions beaucoup parlé de la question des types, des traces et des tons, etc., mais il me semble que là, maintenant, ça vaudrait le coup d’aller voir du côté de l’interprétant et de tenter d’élaborer autour de ça. Alors pourquoi ? Parce que il me semble que ça nous permettrait d’aborder de manière un peu astucieuse la question de l’écriture, pour des raisons que je m’en vais évoquer là brièvement, mais que l’on développera, bien sûr.

Vous vous rappelez l’histoire du type, de la tessère comme porte-type — dont la fonction de base est de permettre au type de surgir. Mais l’idée de ce seul rapport ne peut pas être gardée trop longtemps parce que ça voudrait dire que le porte-type est peu différencié du type.

Comprenez moi bien, si c’est une idée suggestive, très bonne, et qu’on a intérêt à garder, elle ne nous permet pas d’analyser le rapport de la tessère et du type puisque celui-ci ne saurait être simplement un rapport de besace. Ce serait ridicule de l’envisager sous cet angle. Peirce propose quelque chose, il dit : « la tessère est un interprétant du type ».

C’est une phrase qu’on pourrait presque prendre comme une définition, mais en fait, c’est quelque chose qui est relativement complexe. Et en quoi ça nous aiderait pour la question de l’écriture ? Eh bien, vous le devinez peut-être… c’est que finalement, dans les rapports, mettons, de ce qu’on pourrait appeler comme ça, enfin pour dire les choses de manière très vague, la pensée et l’écriture : l’écriture est en position interprétante.

Je vous livre tout ça comme ça, un peu en vrac, pour lancer la machine. Je vous rappelle que lorsque nous avions essayé d’aborder la manière dont se structurent les différentes époques de l’éveil de coma grâce à notre outil du scribe, du museur et de l’interprète, nous avions dit que le travail du bonhomme qui est en phase végétative, c’est, ce qu’il ne quitte jamais, sa position de museur. C’est l’étape une ou plutôt, pour dire les choses autrement, le minimum de ce qu’on peut être comme être vivant, existentiel, humain, etc., autrement dit ce qu’on doit nécessairement postuler pour pouvoir s’adresser aux blessés, muser avec eux. Deuxième étape, et l’une des fonctions qui doit apparaître puisqu’il n’y a pas de museur en soi : le blessé devient interprétant. On s’adresse à lui, et c’est lui qui va interpréter ce qu’on dit. Et enfin la troisième, je ne les dis pas nécessairement dans un ordre précis, mais c’est au moins une structure : il accède à la possibilité même de produire des signes, c’est-à-dire qu’il devient scribe. Il me semble que c’est quand même grosso modo ce qui se passe pour le développement de l’enfant.
Lorsque Dolto, par exemple, dit qu’il faut parler aux enfants, même encore dans le ventre de leur mère, cette révolution doltoïque consiste à considérer d’emblée l’enfant comme un museur. Car sur le plan historique, ça ne s’est pas toujours passé comme ça. Jusque là l’esprit public le considérait comme un tube digestif ; c’était classique. Ça a eu un grand rôle pour les enfants, enfin je ne sais pas pour ce qui concerne leur développement intellectuel, mais enfin au moins pour ce qui concerne, par exemple, le fait que les chirurgiens opéraient les enfants sans les endormir, parce qu’ils considéraient que c’était…

Public : … ils n’allaient pas le raconter…

M. B. : Ben non, ils n’allaient pas le raconter à tout le monde, parce qu’ils n’étaient pas encore scribes ! Donc voilà, l’enfant est d’emblée un museur. On peut dire que c’est la postulation de l’être humain : le parlêtre, c’est par essence un museur. Et puis on s’adresse à lui, et, effectivement, ce que l’on forge chez l’enfant, la tessérisation du corps de l’enfant dont je parle souvent, c’est en fait une fabrique d’interprétants. Si vous voulez, voir que les tessères sont l’interprétant du type, ça peut permettre de dire, eh bien, effectivement, ça colle avec ce qu’on raconte jusqu’ici, c’est-à-dire que la première compétence de l’enfant, alors cette fois-ci compétence, est une compétence comme interprétant.

On forge… on le contraint à devenir un interprète, autrement dit on lui fournit des signes qu’il va intégrer, lui, par des interprétants, qu’il va interpréter. Et ce n’est que par après, que l’enfant va devenir scribe, c’est-à-dire quand il commencera à pouvoir lui-même produire des signes qui pourraient être alors qualifiés d’interprétands (avec un ‘d’), et, particulièrement, évidemment, des signes dont ses tessères seront les interprétants.

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