Canet, le 17 septembre 2007 Le concept de continuité

lundi 17 septembre 2007, publié par Michel Balat


Canet, le 17 septembre 2007

Le concept de continuité

M. B. : Nous sommes le 17 septembre 2007. J’annonçais pour cette année que l’on allait parler sans doute de la question de l’interprétant de manière plus précise, enfin bon, toujours à notre façon, un peu particulière. Il est vrai que Peirce doit se retourner dans sa tombe en m’entendant dire certains trucs… Mais il doit être content qu’il y ait des gens qui parlent de ses œuvres, il doit être partagé, comme Grandgousier. Vous vous souvenez de ça ? Vous savez que Gargamelle est morte en donnant naissance à Pantagruel. Et Grandgousier passait des larmes aux rires, suivant qu’il pensait à Gargamelle ou à Pantagruel.

Pourquoi la question de l’interprétant ?

J’avais relevé il y a cent ans un petit truc de Peirce, dans les Écrits sur le signe, une phrase : “Pour qu’un Type soit utilisé, il faut qu’il soit incorporé dans une Tessère qui sera un signe du Type et par là de l’objet que le Type signifie ”, ce qui, en somme, dit la chose suivante : la tessère d’un type est un interprétant du type.

Je faisais remarquer la dernière fois que l’appellation « porte-type », qu’a trouvée Edwige Richer, est très astucieuce, mais qu’elle pose beaucoup de problèmes sur le plan sémiotique, en particulier le suivant : si la tessère est un signe, un représentement, quel est ce rapport entre les signes qui est un rapport de porteur à porté ? C’est un peu secondal tout ça, enfin je veux dire qu’il y en a un qui est l’âne, la tessère, et l’autre, le cavalier : on sent quand même qu’il y a là une dyadicité profondément incompatible avec leur être de signe. Qu’un signe ait partiellement des fonctions secondales, il n’y a aucun doute là-dessus, je vous renvoie à ce que nous avons examiné l’année dernière à propos des questions de l’objet ou de l’indice, mais il paraît difficile de se contenter de ce type de rapport entre deux représentements. Et c’est là que Peirce donne une clé très intéressante, il dit : “J’appelle un représentement qui est déterminé par un autre représentement un interprétant de ce dernier” . Or le Type étant une loi de formation pour ses Tessères, il les determine. Ainsi la Tessère d’un type est-elle un interprétant de ce type et signifie donc le même objet que lui. Voilà. Ça devient bien plus intéressant parce que du coup, ça met la tessère dans une position par rapport au type qui est tout à fait différente de celle de simple porte-type ; et ce n’est un porte-type que parce que c’est un interprétant du type, donc un certain genre d’interprétant.

C’est une petite phrase, comme toujours, enfin l’œuvre de Peirce est énorme, mais ce qui est intéressant, ce sont les recoins, parce que dans les recoins on a parfois des choses comme ça, où viennent se vérifier des cohérences et des pensées extrêmement subtiles.

C’est quelque chose qu’il avait déjà noté lorsqu’il avait montré le fonctionnement du représentement, en disant : « Le représentement est le premier sujet d’une relation triadique dont le deuxième sujet est l’objet, et le troisième sujet l’interprétant. » — rappelez-vous que j’avais consacré de longs temps à la question de la relation triadique —, et il rajoute la chose suivante : « Le représentement représente l’objet pour… », et c’est là qu’il tranche avec toutes les philosophies du signe qui l’ont précédé, il dit non pas « pour un interprète », — contrairement à ce que dit Lacan, qui exagère, que les philosophes du Moyen Age aient dit « pour un interprète », c’est une chose, mais Peirce dit « …pour un interprétant », c’est-à-dire pour un signe. Et quelle est alors la fonction de l’interprétant ? Eh bien, il dit : « L’interprétant représente le même objet pour un autre interprétant », et il ajoute : « il y a donc ici toute une série d’interprétants… qui est infinie ».

(…)

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