Canet, le 07 janvier 2008, Les premiers mots de l’enfant : rappels sur les modes de fixation de la croyance

lundi 7 janvier 2008, publié par Michel Balat


Canet, le 07 janvier 2008

Les premiers mots de l’enfant : rappels sur les modes de fixation de la croyance

M. B. : Voilà, ça y est, nous sommes le 7 janvier 2008. Bonne année ! Il ne s’est rien passé de spécial le 7 janvier ? Bon, alors vous vous souvenez ? On pourrait oublier ! Ça fait combien ? Trois semaines !

Public : Quatre.

M. B. : Quatre semaines, et en plus c’était l’an dernier, oh ! Nous en étions à toujours essayer d’explorer quelque chose qui est quand même difficile, enfin j’essaie de m’en persuader en même temps que je vous parle, ce n’est pas totalement… Mais je vais vous dire ce qui me tracasse, je vais passer aux aveux, les aveux de nouvel an, meilleurs aveux ! Je suis un peu inquiet parce que je n’ai jamais vu quelqu’un qui racontait ces choses-là, sur l’entrée dans le langage par une abduction. Bon, vous me direz que je n’ai peut-être pas lu grand-chose, mais peut-être vous, dans vos lectures, vous avez peut-être vu des gens qui traitaient de ça spécifiquement. Je vous pose la question. Je me dis que des gens ont dû y penser, il n’y a pas de raison, c’est dans ce sens-là que j’essaie de voir s’il n’y a pas une grosse bêtise cachée dans ce que je vous raconte. Alors je compte sur vous pour la débusquer au cas où elle surgirait de manière impromptue.

J’ai d’ailleurs déjà commencé à en rabattre puisque j’ai remplacé l’idée qui était un peu simplette, je le reconnais volontiers, des « premiers » mots prononcés par l’enfant en tant qu’ils arrivent, qu’il les prononce dans le cadre, si je puis dire, de la fonction scribe, en assumant cette fonction. Ce sur quoi je m’appuie, c’est le fait, posé depuis longtemps à Château Rauzé, que de la phase végétative de l’éveil de coma jusqu’à disons la phase de reprise de conscience, cette progression-là se fait de museur/interprète, à scribe, le scribe étant, si je puis dire « signé » par ce moment où le blessé produit ce qu’on appelle habituellement un signe intentionnel, mais que nous appelons la fonction scribe. Nous avons posé cela parce qu’il se trouve que ça produit des effets dans l’équipe, des phénomènes tout à fait paradoxaux, c’est-à-dire que l’équipe, mobilisée pour permettre de passer de museur/interprète à la position de scribe, trouve tout à coup un certain désintérêt pour le blessé. Ce qui prouve qu’il y a bien quelque chose là qui se passe, et dont on peut justement rendre compte par le fait justement que comme producteur de signes il est décidément bien maladroit, et que cette personne qu’on dotait de toutes les capacités possibles de compréhension, parce qu’il les a eues, — il a été un museur/interprète doté de toutes ses compétences —, s’avère bien maladroit lorsqu’il s’agit pour lui d’assumer sa fonction de scribe. Et dès lors, l’investissement que faisait cette équipe sur le blessé, se trouve bien mal « récompensé » par les productions balbutiantes de ce dernier. C’est d’ailleurs à ce moment-là qu’Edwige Richer a eue l’idée de dire « alors il faut une équipe qui puisse prendre en charge le passage », et elle a créée une équipe qui opère le passage entre l’éveil et la rééducation, qui est déjà alors à un niveau un peu élevé pour certains de ceux qui commencent à peine à disons à maladroitement assumer leur fonction scribe, avec fragilité. Voilà ce sur quoi je m’appuie pour pouvoir tenir ce que je vous raconte, mais avec des hésitations, parce qu’après tout est-ce qu’il est raisonnable de penser que pour l’enfant il s’agit de quelque chose comme ça ?

L’enfant à qui l’on pardonne d’être maladroit dans ses premières expressions parce qu’il créé quelque chose, alors que l’on demande au blessé de revenir à un état antérieur, qu’il avait perdu. Là où l’enfant induit un certain émerveillement, le blessé produit une déception. Là, chez cet enfant, c’est un émerveillement continu parce qu’il y a une croissance régulière, liée à un phénomène sans doute phylogénétique. Il y a là tout un océan de questions absolument faramineux. Mais, un océan, on risque de s’y noyer, il y a des tempêtes, tout ça.

(…)

titre documents joints


Dans la même rubrique
SPIP 3.0.17 [21515] | XHTML 1.0 | CSS 2.0 | RSS 2.0 | Espace privé
Visiteurs Jour: 107 (736509)