DEPASSER LA TECTONIQUE DES PLAQUES Par Yannick PINARD

samedi 22 février 2014, publié par Michel Balat


DEPASSER LA TECTONIQUE DES PLAQUES

Par Yannick PINARD

Dans un article paru en Mars 2012, dans la revue « Institutions » (1) sous le titre : « Education et soins : pour une réflexion éthique », je réagissais à la décision de la H.A.S d’exclure la psychanalyse, la psychothérapie institutionnelle et le packing de l’approche d’éducation et soins des personnes autistes.

Au regard de mes quarante années de fonction d’éducateur spécialisé, j’essayais de montrer que l’opprobre que jetait cette décision sur ces approches et sur les professionnels des secteurs Psychiatrie et Médico-Social, relevait d’un discours manichéen tendant à faire croire qu’en matière d’autisme, tous les maux ne venaient que de ces approches et de ces professionnels, justifiant une « juste » attitude coercitive de l’Etat.

A l’arbitraire de ce discours, j’opposais l’impossibilité actuelle d’identifier de façon définitive les causes, non pas de l’autisme mais des autismes, tant ce syndrome prend des formes multiples suivant les personnes qu’il touche. J’opposais aussi la complexité extrême de la prise en charge des personnes présentant des troubles mentaux, notamment dans une société élitiste comme la nôtre qui professe l’acceptation de tout handicap, mais concrètement le rejette. J’opposais enfin à cette explication univoque, les responsabilités conjointes, non pas des professionnels mais de certains d’entre eux, comme de certaines associations de parents et de l’Etat, dans les dérives qui nous concernent aujourd’hui.

La parution du troisième plan Autisme, accompagné de ce diktat incompréhensible et intolérable martelé par madame Carlotti, signent, par leur outrance, un aveu : celui que le champ de l’autisme n’est pas qu’un simple révélateur d’une discorde, mais une instrumentalisation délibérée qui prend corps dans les années 1990, pour aboutir à ce discrédit et cette mise au pas de la Psychiatrie et du Médico-Social que nous connaissons aujourd’hui.

Une tectonique des plaques :

Depuis la création des Etats-Unis d’Amérique, la persistance rétinienne du rêve américain dans l’imaginaire collectif est prompte à lui accorder toutes les vertus, en posant sur lui un regard aussi énamouré que pourvu d’œillères, tout entier acquis à l’attrait du « nouveau » et du « tout est possible » qui lui est adjoint. La rencontre entre le « nouveau monde » et l’ancien, fait alors l’effet d’une tectonique des plaques, tant cette rencontre n’est pas conçue comme un tuilage, mais comme une vérité quasi messianique qui nous viendrait d’outre-Atlantique et s’imposerait à nous. De fait, et toujours avec un temps de retard, nous adoptons plus que nous adaptons, sans réserves, ce qui nous vient des U.S.A.
Il en est de même pour ce qui est des questions de santé mentale et particulièrement en matière d’autisme. Les choix radicaux et monolithiques que vient de prendre l’Etat avec le troisième plan Autisme, sont directement soumis aux délires d’un D.S.M en voie d’identifier une pathologie par personne, aux neurosciences et aux théories comportementalo-cognitivistes , considérés comme LA « révolution culturelle » de nos secteurs Psychiatrie et Médico-Social, attendue par nos concitoyens... au moment même où, aux U.S.A. celles-ci sont battues en brèche !... c’est l’effet « métro de retard »... ce revirement états-unien n’ayant pas pour nous valeur d’enseignement.

Nos secteurs avaient pourtant tenté de raisonner l’Etat, en élaborant de façon scrupuleuse et ouverte, autour du professeur Misès, une Classification Française des Troubles Mentaux de l’Enfant Et de l’Adolescent (CFTMEA) à une période où le D.S.M ne sévissait pas encore, qui présentait l’énorme avantage d’être à la fois un outil nosographique et clinique pertinent pour les professionnels dont je suis.
L’Etat avait donc toutes possibilités de soutenir cette CFTMEA, non comme une « exception culturelle » française, du vieux monde contre le nouveau, mais comme une approche raisonnée, respectueuse des personnes et des apports des différentes disciplines. D’autant que Misès était, sinon l’instigateur, au moins le propagateur d’une approche psycho-dynamique en matière d’éducation et soins, qui en avait les mêmes valeurs et avait été adoptée par la plupart des professionnels comme colonne vertébrale de l’exercice de leurs métiers.
Ce que l’Etat n’a pas fait... en exigeant de Roger Misès, en cette année 2012 doublement funeste pour lui, d’opérer la jonction avec la C.I.M.10.
En lieu et place de l’hommage que la nation aurait dû rendre à cet homme qui a consacré sa vie à affiner une approche intelligente de la personne mentalement perturbée, elle lui a infligé le double affront de ce grand écart et de la décision de la H.A.S... au moins aura-t-il été préservé de celui du troisième plan Autisme.

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