Dr Serge Drylewicz

jeudi 17 juin 2010, publié par Michel Balat


Intervention DU Lille 3 juin 2010 version 31 mai 2010 Destigmatisation, désaliènisme et vie associative : vers une psychiatrie populaire.

La semaine de la santé mentale avec pour thème la destigmatisation, se déroule à un moment qui parait crucial pour le système de santé publique. La loi HPST se met en place, ,et des réformes sont annoncés qui , si elles se confirment risquent de mettre en question les principes même de l’organisation de la psychiatrie fondée sur la sectorisation.

Les réformes qui se mettent en place surfent sur une ambiance très particulière qui frappent la psychiatrie, de plein fouet. Nous parlons de destigmatisation, mais il nous semble notamment avec le débat sur l’identité nationale, la mise en avant des priorités sécuritaires, que se banalise les petites phrases racistes, le rejet, l’humiliation, la culpabilisation à l’égard de ce qui semble différence du " corps traditionnel français".

A l’occasion de faits divers, la presse, mais aussi hélas des responsables de l’état, pratiquent l’amalgame entre maladies mentales et dangerosité.

Une vision génétique, innée, fataliste des comportements et des trajectoires de vie, semble devenir vérité officielle justifiant la prédominance du répressif sur la remise en question de processus sociaux pathogéniques. Hélas aussi, les pouvoirs publiques, surfant sur des effets de peur, annoncent des mesures répressives et retrograde sur l’organisation des soins en psychiatrie. C’est au quotidien que nous devons lutter contre des pressions tendant à à rendre les soignants de psychiatrie garants de l’ordre public, devenu prioritaire par rapport aux objectifs de soins. Cette pression s’accompagne d’une culpabilisation des équipes, et d’un grand malaise de celles ci sur leur mission, notamment d’accompagnement et de réinsertion dans la cité.

Ce qui se manifeste en psychiatrie participe d’une tentative de modifier profondément des valeurs collectives de notre société, héritées notamment du Conseil national de la Résistance , qui mettait l’accent sur la solidarité, les responsabilités mises en partage, une conception exigeante de la justice sociale. Ces remises en question du service public hospitalier, du secteur psychiatrique, se retrouvent dans des champs différents , éducatifs, sanitaires, social, mobilisant , et pour y résister des dizaines de milliers de professionnels et d’usagers, se retrouvent notamment dans l’Appel des Appels animé par le psychanalyste Roland Gori.

La destigmatisation de la maladie mentale et de la folie, elle doit encore s’accomplir aujourd’hui dans un climat de regain de stigmatisation, et elle peut s’appuyer sur cette expérience accumulée depuis ce que Lucien Bonnafé ( 1912-2003, il fut l’un des inventeurs du secteur) appelait la révolution psychiatrique au lendemain de la guerre. Ce mouvement était fait d’inventivité, d’enthousiasme, d’esprit critique incisif à l’égard de ce qui oppresse ,déshumanise dans les institutions à visée ségrégative. Les réformes actuelles se font contre l’avis de l’écrasante majorité des professionnels, sans concertation, et dans la précipitation. Mais parait il les réformes connaitront une pause à la fin 2011...

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