Entretien avec Héléne Chaigneau

LETTRE DE LA SCHIZOPHRÉNIE N° 20 - SEPTEMBRE 2000 RENCONTRE

vendredi 17 juin 2005, publié par Michel Balat


À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, l’urgence en santé mentale portait sur l’état abominable de la vie asilaire. Il fallait « traiter l’hôpital avant tout ». Un contexte social, politique et psychiatrique bien précis a donné naissance à un mouvement de grande envergure en France et à son concept recteur : la psychothérapie institutionnelle. Qu’en est-il dans la France psychiatrique d’aujourd’hui ? La Lettre de la Schizophrénie est allée à la rencontre d’une des personnes les plus représentatives de ce mouvement d’idées et d’actions : Hélène Chaigneau, psychiatre, médecin des hôpitaux psychiatriques de la Seine, a été médecin-chef chargée d’un secteur de service public de psychiatrie à Paris. Elle a consacré toute sa vie professionnelle au travail institutionnel, c’est-à-dire à la recherche et à l’analyse de la pratique des soins et de l’aménagement du collectif d’accueil des sujets malades.

Au cours de vos études médicales, vous avez été attirée par la neurochirurgie ...
Ce qui me tentait dans la neurochirurgie, si vous voulez, c’était l’idée de précision, l’idée de rigueur. Les préjugés de l’époque, qui existent toujours maintenant mais qui étaient plus forts avant, consistaient à dire : « On va trouver ce que c’est, on va y remédier, on va porter le scalpel là où il y a le mal. » C’était ça.

Finalement, vous avez choisi l’opposé puisque la psychiatrie est justement moins précise et pose problème, notamment pour la recherche, par le manque de précision dans les définitions et dans les concepts.

Je ne l’ai jamais vu comme opposé. La psychiatrie, moins précise ? Allez savoir ! Elle n’est pas précise dans le sens où vous l’évoquez. Personnellement, je pense qu’il est d’autant plus important de souligner que la pensée psychiatrique se doit d’être rigoureuse, dans son raisonnement, dans son cheminement. Elle peut poser problème, je suis tout à fait d’accord avec vous ; surtout si, sans l’avoir dit, on considère la psychiatrie comme une science exacte. Car la psychiatrie n’est pas du tout une science exacte. Il est même contestable de dire qu’elle soit une science. Il n’y a pas de psychiatrie sans art. Remarquez, on peut dire que la pratique d’une science exacte demande aussi un art. On ne peut pas laisser les choses compartimentées à ce point-là.

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