Eveil de coma et “ transfert placentaire ”

Les cahiers du réseau, 1992, 1, 50-58

jeudi 16 juin 2005, publié par Michel Balat


Le corps et sa topologie

Dans l’espace du physicien, qui est aussi celui du biologiste, la surface du corps (incluant les muqueuses) en est la frontière. On pourra alors parler d’intérieur et d’extérieur du corps (à condition d’inclure dans ce dernier l’intérieur de l’estomac, par exemple). La topologie commune du physicien et du biologiste est celle de l’espace dit “ euclidien ”, l’espace habituel, en somme. La membrane-frontière de la cellule délimite l’intérieur de la cellule du milieu extérieur. C’est d’une autre topologie qu’usera le psychanalyste quant au corps, dans la mesure où il introduit une notion délicate, la psyché. Le corps est, dans la théorie analytique, un des modes d’être de la psyché : il en est une dimension existentielle. La topologie de la psyché induit sur le corps une autre topologie que celle des biologistes. Les confondre conduit à des apories. Les phénomènes de surface ne seront pas les mêmes pour l’un et pour l’autre.

Prenons le cas du foetus. Dans l’espace euclidien, celui du biologiste, nous avons ici deux corps : le foetus et la mère. La frontière commune de ces deux corps est à situer comme la surface de contact de la muqueuse utérine, la caduque basale, et du placenta. L’expulsion consiste en une perte de cette surface, surface d’échanges par passages à la limite (un point de la surface de contact pouvant être atteint à partir de séquences de l’un ou de l’autre corps). Le psychanalyste posera le problème en d’autres termes. L’individuation psychique est un processus ouvert dont l’origine est à situer dans les rapports du complexe foetus/placenta et de l’utérus. Dans cette perspective, la coupure de l’enfant et du placenta serait le premier événement psychique et le maternage, la suppléance du placenta nécessitée par la prématuration (néoténie). La tension libidinale est, elle aussi, d’origine : la coupure du placenta en transforme les conditions (cf. les angoisses situées au nombril, le phantasme du rattachement ombilical à une sphère, les mythes de jumeaux, etc.). Psychanalyste et biologiste peuvent bien s’accorder sur les faits dans leur dimension existentielle, mais peuvent différer conceptuellement de par les distinctions topologiques qui les supportent.

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