Guy Baillon

dimanche 26 octobre 2008, publié par Michel Balat


Deux textes alertant sur les nouvelles attaques contre le secteur et la poursuite du démantèlement de la psychiatrie. Ils sont écrit par Guy Baillon, psychiatre des hôpitaux. Pour ceux qui voudraient réagir à ces deux textes, ils peuvent prendre la parole sur le "For intérieur", sur ce site, ou envoyer directement leurs commentaires à Guy Baillon. Voici des extraits de ces deux textes.

ALERTE ROUGE EN SANTE MENTALE

Vous savez qu’un projet de psychiatrie remarquable est né pendant la dernière guerre à partir des trois données suivantes :

- le constat d’une triple horreur concomitante, horreur de la guerre, horreur de l’occupation, horreur de l’asile, et en opposition à elles deux certitudes :

- une première certitude : la certitude que les personnes dites folles ne sont jamais totalement folles et qu’elles sont aussi d’abord des hommes, ensuite des citoyens, avant d’être considérées comme partiellement malades

- une seconde certitude : ces personnes peuvent être soignées si leurs soignants s’appuient sur leurs capacités de soignants à créer un groupe uni par la Résistance contre ces horreurs au nom d’une société sûre de ses valeurs, dont celle de soigner l’homme partiellement fou par des traitements qui n’abandonnent jamais l’humain.

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Ces hommes de la Résistance sont partis de la réflexion clinique suivante : les troubles psychiques graves de l’ordre des psychoses, des dépressions graves et des névroses graves surviennent chez des personnes qui sont dans la méconnaissance de leurs troubles, lesquels se prolongent de façon variable toute la vie. Mais leur évolution peut être favorable à partir du moment où de mêmes personnes de professions différentes ont le souci de leur apporter une aide adéquate tout au long de la trajectoire de ces troubles. La « politique de secteur » était née : ‘une même équipe pour toutes les pathologies psychiques d’une population ayant une histoire de vie commune dans une cité, un quartier, des villages’. Cette idée née en 1960 ne commence à être appliquée progressivement qu’après 1972. Elle devait s’appuyer sur la reconversion des hôpitaux psychiatriques en unités de soins à taille humaine diversifiées et évolutives dans le tissu social. Cette reconversion n’a été que partielle. Les hôpitaux à deux exceptions prés se sont pérennisés. La définition des secteurs par contre s’est étendue à l’ensemble de la France en 850 secteurs d’environ 65.000 h.

Il fallait une foi titanesque, comme celle des hommes de la Résistance pour penser faire cette reconversion d’espaces de renfermement en équipes se déplaçant dans le tissu social. Surtout nous savons qu’une chose ne s’est pas transmise 30 ans après le début de cette formidable aventure, c’est cette foi dans la Résistance à l’oppression.

Une majorité de soignants est devenue peu à peu indifférente à ce défi humain que constituent les troubles psychiques graves. L’application de cette politique a été variable, forte ici, modeste là, défaite ailleurs par des acteurs non soignants non compétents. Beaucoup de psychiatres devant ces obstacles ont déserté le service public pour le privé où la densité médicale a atteint la première place en Europe ; car les psychiatres sont très nombreux en France, sauf dans le service public. Dans le même temps la base essentielle de la pratique, les infirmiers psychiatriques, a perdu son identité par abrogation de son diplôme qui a été aligné sur celui de la médecine. De façon paradoxale les seuls qui défendent ardemment aujourd’hui le ‘secteur’ sont les Associations de Familles et les Associations d’usagers, c’est chez eux que s’est conservé l’esprit de la Résistance à l’oppression. L’oppression a changé de visage, c’est celle du chiffre, de la qualité, de la bonne pratique, de l’acte. Ces familles et usagers demandent une psychiatrie moderne et humaine, c’est-à-dire associant toutes les connaissances les psychothérapies, la chimie, l’institutionnel, articulée avec le champ social où est né depuis 2005 sous leur impulsion la compensation sociale du handicap psychique (prolongeant dans la vie sociale l’appui dont ces personnes ont besoin, mais un appui en continuité avec les soins).

(…)

LA PSYCHIATRIE DE SECTEUR ‘CRIE’ : AU SECOURS !

Il est urgent d’aller au secours de la Psychiatrie de Secteur !

Un nombre de plus en plus grand d’équipes de secteur sont sur les genoux et certains en profitent pour les achever.

Lorsque l’on n’est plus en prise directe avec le terrain parce qu’on est à la retraite, on est stupéfait de découvrir les séismes à répétition dont sont victimes les équipes infirmières, abandonnées par leurs médecins partis dans le ‘pôle à côté’. Ainsi déjà, sur le terrain, on ne parle plus de secteur, mais de pôle.

Ces infirmiers, rencontrés lors de formations, ne comprennent pas pourquoi leurs psychiatres aussitôt après avoir demandé la création de pôles s’en vont ; ces infirmiers se retrouvent dans des espaces qui ne s’appellent plus équipe de secteur, mais « équipe de pôle ». Ils constatent effarés que leur pôle regroupe des unités de soin dispersées sur des espaces de différents secteurs, alors que d’autres ‘pôles’ sur les mêmes espaces géographiques s’enchevêtrent, un pôle pour les services d’hospitalisation de plusieurs secteurs, un autre pour des ‘soins au long cours’ ? Qu’est-ce que ce désordre, insensé ?

Ces infirmiers constatent que leur ancien secteur est maintenant coupé en trois portions, chacune réunissant des soignants et des patients d’autres secteurs. Et tout cela s’est fait en douce de-ci de-là sans révolte, parce que ces actions ont été réalisées en catimini.

Donc la psychiatrie de secteur est déjà en miettes dans un nombre assez important de secteurs, remplacée par une psychiatrie ‘polaire’ sur d’immenses ‘territoires’. Ainsi lorsque ces infirmiers appartiennent au ‘pôle CMP sud’ ils savent que 80 patients de ‘leur secteur’ sont hospitalisés au ‘pôle hospitalier’ où les soins sont donnés par une équipe hospitalière qui ne travaille plus avec eux, ni comme eux. Ainsi les demandes d’hospitalisation comme les fins d’hospitalisation sont causes de conflits entre les équipes et malgré le nombre ‘trop’ élevé de lits (80 pour 50.000 habitants), … tout le monde se plaint de n’avoir pas assez de lits (le CMP, les familles, l’hôpital, le directeur !). Évidemment ! Puisque les soignants de l’hospitalisation n’ont plus confiance dans l’autre équipe, celle du CMP, et inversement !

Ce n’est pas fini, il y a pire.

Actuellement une grosse entreprise d’audit connue, promue par des acteurs officiels salariés du ministère, est chargée de bétonner cette évolution en analysant le fonctionnement des CMP pour y monter en épingle les « bonnes pratiques » des CMP.

La MEAH, pour ne pas la nommer, est constituée de gens ‘neutres’ bien sûr, ne connaissant rien de la psychiatrie, de la folie, de plus elle ne se soumet pas au regard des usagers ni des familles, pourtant ce regard est demandé par l’Etat, c’est depuis les lois 2002 et 2005 une obligation ; certes la capacité de séduction de l’entreprise leur aurait peut être jeté de la poudre aux yeux à eux aussi, mais au début seulement, car les enquêtes durent 20 mois, ensuite comme les usagers ont l’habitude d’analyser les dérives ils auraient pointé celle là !

Dans le texte ci-contre, plus long, nous analysons cette dérive extrêmement grave qui s’installe sous couvert de séduction (j’ai des amis qui au début étaient ‘ravis’) avec un discours comme celui-ci : « Nous savons que vous avez quelques difficultés dans votre travail un peu désordonné. Nous en connaissons les raisons. C’est parce que votre ORGANISATION est défaillante. Nous sommes d’excellents organisateurs avec des références fortes. Laissez-nous analyser votre travail et ensuite vous conseiller ! »

Les infirmiers (leurs médecins, simili fonctionnaires soumis à leur administration, n’ont pu qu’obéir à cette offre de service mirobolante, et parfois sont partis après), eux, ont été écrasés par cette enquête, et culpabilisés ; certains ont voulu montrer qu’il y a pourtant des choses qu’ils savent faire ; l’Audit aussitôt leur a distribué des ‘bons points’ et les voilà promus acteurs de ‘bonnes pratiques’ ; d’autres ne comprennent plus rien à leur travail après des remarques pour eux absurdes, mais ils ne le disent à personne, car ils savent qu’ils seront mal vus, mal ‘notés’.

(…)

titre documents joints

1 Message

  • Guy Baillon 26 octobre 2008 22:12, par françoise pierens

    Je n’arrive pas à pleurer sur le sort des valeureux psychiatres du service public !!!...Je suis en libéral et je ne l’ai pas vraiment choisi...A 54 ans ...je serai ravie d’être salariée !!!...Mais je ne regrette rien !!! Je rencontre tellement de gens salariés de la "psy-public"...et encore plus de leurs gamins qu’il m’arrive de leur dire coome je dis d’ailleurs aux enseignants du public qui mettents leurs gosses dans le privé "J’ai comme l’impression que la soupe que vous servez aux autres n’est pas bonne pour les vôtres" !!! Cela a le mérite d’être clair et ceux qui reviennent ...ils n’ont pas l’air d’être mécontents !!! J’aime pas que les salariés prennent des jours de congés pour venir me voir et que les gosses aient "la honte" que MAMAN viennent les chercher en classe pour voir la psy !!! Alors je m’adapte aux horaires des uns et des autres...Sans compter que le libéral permet de se constituer un réseau de professionnels médicaux ou para médicaux ou pas médicaux du tout du tout bien plus vaste que le cadre strict d’un inter secteur ou d’un secteur !!! C’est très exigeant de connaitre chacun et tous du terrain...Quand on veut se rencontrer en vrai ...on bouffe ensemble...souvent chez moi...j’adore faire la cuisine !!!
    Je comprends mal l’intérêt de la psy public à vouloir faire la guerre aux libéraux...Il est vrai qu’à formation semblable on évolue sur des planètes différentes...Et alors ne faut-il pas y voir une complémentarité plutôt qu’une lutte des classes...La rigidité du découpage géographique de la psy public ne correspond plus aux aspirations des citoyens de ce pays...qui lui préfèrent un contact plus personnel et personnalisé de même qu’ils supportent mal l’idée que l’on parle d’eux en des réunions plus au moins secrètes...Récemment j’ai dit à un ami de la psy public : "il faut que j’aille en stage dans ton service...j’ai oublié la psychiatrie"...il m’a répondu.."Reste où tu es , ça te va bien...ici tu vas t’ennuyer !!!"Vrai que j’ai beaucoup de mal à comprendre les 80% des 35h...les réunions interminables et stériles que les salariés de la psy public me racontent...Je comprends encore moins que nombre de CMP-Enfants n’offrent aucune possibilité de prises en charge le mercredi et à partir de 16h30 les jours de classe...Il y a plein de trucs que je ne comprends pas...Le plus surnaturel ...que les patients soient reçus en première consultation "psychiatique" par une assistante sociale (pour lesquelles j’ai le plus grand respect)...c’est hyper important un premier entretien non ???Et si les pôles et les réunions et les contacts avec l’ADMINISTRATION...servaient de prétextes à nombre de psy de fuir la réalité des patients ??? Sans oublier les colloques multiples et dits savants...qui donnent fort mauvaise réputation aux psychiatres...Les chirurgiens opèrent...les cardiologues se penchent sur leurs ECG...il n’y a que les psy publics qui aient tellement peur de leurs patients...Moi j’aime bien les gens , pas vous ???


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