L’Incommensurable, un conte de Saïd Sabia

mardi 1er juin 2010, publié par Michel Balat


INCOMMENSURABLE (Histoire d’un collier) Conte de Saïd Sabia ∗

Après les salamalecs d’usage et le rituel du thé de bienvenue, commença la longue exposition de bracelets, bagues et colliers, entrecoupée de temps à autre par un commentaire sur l’origine, la qualité ou la matière avec laquelle on avait fabriqué, vieilli, détérioré ou amélioré le bijou montré. Le vendeur, après avoir vérifié qu’aucun des objets ne retenait l’attention de Michel, lui demanda s’il était disposé à acheter, à présent sans marchandage ni prise de tête, auquel cas il sortirait la boîte magique.

Michel éclata de rire comme il l’avait souvent fait ce matin avec les nombreuses blagues que lui avaient racontées ses compagnons sur la vache folle dont l’énigme avait été déchiffrée par un yébli de Tanger, ou le sousi qui voulait étudier jusqu’à devenir fasi, et beaucoup d’autres dont il ne se souvenait plus.

Qu’est-ce que c’était que cette histoire de boîte magique ? Etait-ce une autre des centaines d’inventions que sortaient de leur manche les vendeurs de la médina et grâce auxquelles ils faisaient payer à prix d’or n’importe quelle babiole ? De toute façon, que perdait-il à voir le contenu de cette boîte ?

- Allez, sortez-la, voyons ce qu’elle contient.

- Non, lui répondit le vendeur, cette boîte est réservée aux clients qui ne craignent pas les émotions fortes et qui ont des grosses liasses de billets dans de gros portefeuilles. S’il avait l’intention de beaucoup marchander, qu’il le dise. Il pouvait lui montrer le contenu sans engagement, juste pour le plaisir des yeux, mais, par pitié, si cela l’intéressait, qu’il ne marchande pas. C’était à cette condition-là. Michel était intrigué tout en sachant pertinemment que les vendeurs ont mille et un trucs pour intéresser les clients, lesquels, quoiqu’ils fassent, finissent toujours par se faire prendre la tête et achètent en un rien de temps cinq fois plus cher que prévu. Bref, il allait être vigilant.

- Bien, allons-y, j’accepte votre condition juste pour le plaisir de voir.

De toute façon, parmi tout ce que lui avait montré le vendeur, Michel avait repéré ce qui l’intéressait et, suivant le conseil d’autres amis qui avaient séjourné avant lui à Fez, il ne montra pas le moindre intérêt devant ce qu’il comptait acheter. On lui avait, en effet, expliqué que ce qui perdait les touristes, c’était l’expression de leur visage devant les objets qui leur plaisaient. Les vendeurs faisaient attention à tout et lorsqu’ils voyaient ces expressions, les prix étaient multipliés comme par magie et on avait beau marchander, ils finissaient toujours par vendre au triple ou plus de la valeur de l’objet. Mais lui était prévenu et il ferait attention.

- Allons, voyons la boîte magique, j’accepte votre condition. Si quelque chose me plaît vraiment, on en reparlera.

Derrière le siège où était assis Michel, il y avait un miroir qui couvrait tout le mur et qui permettait aux clients de voir comment leur allaient les bijoux qu’on leur montrait. Le vendeur lui demanda de le faire glisser un peu vers la gauche, ce que fit Michel. Au début il s’attendait à trouver une armoire à étagères comme il en avait vues beaucoup dans d’autres bazars ; son regard, prêt à s’arrêter à quelques centimètres derrière la fente le long de laquelle courait le miroir, ne trouvant rien qui l’arrêtât, se perdit dans un espace profond et mystérieux qui n’était ni une armoire ni rien qui y ressemblât. On aurait dit une grotte sortie des légendes que racontaient les vendeurs. Vide. Les murs, qui n’en étaient pas, ne supportaient aucun objet et le sol, duquel se dégageait une humidité ancienne, ne semblait avoir ni surface ni couleur. Juste au milieu, il fallait allonger beaucoup le bras pour le toucher, il y avait un objet. Un objet petit et décoloré dont il n’arrivait pas à déterminer les formes. Il semblait également sortir de ces fameux contes. Pendant un instant, Michel se sentit transporté hors de l’espace. Il avait perdu, rien que pour avoir vu cet objet, la notion de l’espace auquel il tournait maintenant le dos. Un frisson infini l’envahit et il se sentit transporté dans d’indéchiffrables mondes. Il lui sembla s’être perdu dans cette grotte. Il lui semblait qu’il changeait de dimension, qu’il perdait pied Il se sentit envahi d’une horrible peur. En un millième de fraction de seconde qui, à lui, lui parut une éternité, il se sentit dépouillé de son identité, de sa culture, de son savoir ; il se sentit nu et désemparé. Comme s’il allait perdre connaissance. Il ne sut pas exactement s’il allait avoir un malaise, mais la sensation qui l’envahit à cet instant était semblable à celle qu’il avait eue la fois où, dans sa lointaine jeunesse, il s’était aventuré à fumer son premier et unique joint. Il sentit qu’il avait besoin d’aide, lui qui aidait les autres, lui qui n’hésitait pas le moins du monde à s’immiscer dans les intimités, à explorer les rêves, à résoudre des énigmes, à remonter le cours des vies de ses patients ; lui qui avait l’habitude de parcourir tranquillement les méandres et recoins des consciences des autres ; lui qui se croyait immunisé contre la surprise et le mystère.
Il se surprit lui-même à demander « pardon » et le vendeur qui lui demandait « de quoi ? Que s’est-il passé ? Tu la vois, elle est là, apporte-la s’il te plaît. »
Les paroles du vendeur le ramenèrent au temps et à l’espace desquels, pendant un moment, il s’était cru chassé. Eh c’est peut-être vrai, cette histoire de boîte magique. Allons, arrête tes bêtises. Ce doit être l’ambiance, les histoires qu’on lui a racontées sur cette ville et ses contes magiques. Il eut envie de leur dire ce qu’il avait ressenti, ce qui lui était arrivé dans cette grotte, mais il eut honte et il se souvint qu’il tournait le dos au vendeur et qu’il devait voir et prendre la boîte. Son cerveau donna l’ordre à ses yeux de voir la boîte, qui pourtant était là depuis toujours et qu’il avait vue sans la voir ; et ses yeux ne comprenaient pas comment son cerveau pouvait donner un ordre qui était déjà exécuté puisqu’ils étaient posés depuis un moment sur la boîte et qu’ils ne s’en étaient pas éloignés ne fut-ce qu’un instant. C’était le cerveau qui n’y était pas.
C’était le cerveau qui était fermé à ce que lui transmettaient ses yeux. C’est pourquoi il ne réussissait pas à discerner lui, non ses yeux, ce petit coffret décoloré peut-être par les années ou par les milliers de mains noires, blanches, dures, molles, fines, fraîches ou ridées qui l’avaient effleuré, les milliers de souffles et d’haleines, chauds ou froids, parfumées ou rances haleines, les milliers de souffles qui lui avaient ôté la poussière de jours, de mois, d’années.

Sa contenance retrouvée, Michel récupéra d’un coup son identité et ne put éviter que son esprit de psychanalyste se mît à fonctionner à toute allure. Il voulait trouver tout de suite l’explication de ce qui lui était arrivé. Il savait par ses lectures que le fantastique résidait dans ce que certains auteurs appelaient apparition, il considéra donc pendant une seconde que cet objet, cette grotte qui ne devaient pas se trouver là et qui pourtant s’y trouvaient, pouvaient être considérés comme quelque chose de fantastique. Mais il se dit que cela ne pouvait pas être fantastique car il savait parfaitement où il se trouvait bien qu’il ne sache pas à quoi attribuer ce qui lui était arrivé.
Mais qu’est-ce que c’était « ça » ? Il pensa qu’il réfléchissait depuis un temps incommensurable, cherchant une explication plausible. Comment aborder cela ? Comment l’analyser ? Par où commencer ? Il recommença à avoir peur en se voyant lui, psychanalyste, incapable de répondre à ces questions. Il se sentit fatigué, comme s’il avait passé de longues heures à réfléchir à ce problème.

Ça ne va pas ? lui demanda le vendeur. Vous vous sentez bien ?

Ces deux questions le ramenèrent à la réalité pour la deuxième fois. Il était sûr, lui, qu’il n’était pas sorti de cette réalité. Il savait parfaitement pourquoi il était venu, ce qu’il était en train de faire dans ce bazar, et ce que le vendeur s’apprêtait à lui montrer : une boîte que l’on disait magique et qui probablement ne contenait rien d’autre que les mêmes babioles que l’on exposait dans toutes les vitrines des boutiques de la médina.

Il était onze heures du matin et il n’avait rien bu ni fumé. Même la superbe pipe qu’il arborait ne lui servait qu’à quelque chose que, en tant que psychanalyste, il se refusait à reconnaître. Il n’avalait pas la fumée. Il n’avait rien bu d’autre que le thé qu’on lui avait offert ici même, un thé délicieux, à la menthe et très sucré. Serait-ce le thé ? Mais tous les gens qui étaient dans le bazar étaient en train de boire le même thé, dans les mêmes verres d’une curieuse morphologie, qui, ça non plus il ne savait pas l’expliquer, lui rappelaient les « rondeurs » que les espagnols appelaient avec un manque absolu de sentiment érotique « courbes » ou pire, « rotondités ». Non.

Décidément non. Il n’avait rien pris de bizarre ni n’avait avalé à aucun moment la fumée de sa grosse pipe.

Pourtant, il hésitait à considérer l’affaire résolue, et en se rendant compte qu’il hésitait, il se souvint d’un autre critique qui s’était occupé de fantastique et qui disait que c’était cela même, l’hésitation devant un fait insolite ou peu fréquent, ce qui déterminait que le fait devienne fantastique.

Mais qu’est-ce qui se passe, bordel ? Je suis dans la médina de Fez, dans un bazar. Je viens acheter à ma femme et à ma fille un collier et un bracelet pas trop voyants et si possible avec quelques petites boules d’ambre, pas trop grosses. Ça oui, pas de couleurs voyantes. Ni l’une ni l’autre n’aimaient ces babioles avec de grosses pierres de sept couleurs avec lesquelles leurs amies revenaient de leurs fréquents voyages en Afrique. De cela, oui, je me rends parfaitement compte. Je me rends compte aussi que cette histoire de boîte magique ne peut être qu’un truc du monsieur que j’ai devant moi et qui essaye de me prendre la tête pour me vendre sa camelote.
Il n’eut pas le temps de dire au vendeur d’ouvrir la fameuse boîte magique parce qu’au moment où il se rendit compte qu’il avait enfin recouvré une contenance et où il pensa qu’il allait être enfin comme il devait être et où ses lèvres s’apprêtaient à prononcer les mots qui étaient déjà sortis de son cerveau, à ce moment précis la boîte s’ouvrait donnant le jour au contenu de ses entrailles et l’offrant : celui-ci est d’ argent pur avec des petites boules d’ambre et de malachite.
- Malachite ? Voyons voir, comment peut-on faire des boules de malachite alors que cette sorte de minerai perd sa couche extérieure verte quand on la frotte ? Il faut voir comment sont ces arabes ; il faut voir ce qu’ils inventent pour vendre leur camelote.

Ce collier est fait d’un assortiment de fausses perles noires – heureusement qu’il avait reconnu qu’elles étaient fausses - et d’authentiques boules de quartz ; et allez donc avec les boules de quartz ! Avec du quartz on fait aussi des boules dans ce pays ? Enfin, ça ne m’étonne pas outre mesure, s’ils disent qu’avec du couscous aussi ils font des boules, parce qu’ils ont l’habitude de le manger avec les mains. Maintenant il va me dire que le prochain collier est fait de vanadinite ou de barytine, je ne me laisserai pas avoir.

- Regarde cet or, c’est le plus fin de tous, mais il y en a pour tous les goûts, vous savez bien, il en faut pour tous les goûts, celui-ci, qui est le plus délicat de tous, il a dû appartenir à des gens des trois religions, regarde ces croix et ces incrustations ; les petites boules, pareilles à celles du rosaire musulman sont en ébène incrusté de fil d’argent…

Il se prit la tête entre les paumes de ses deux mains tandis que résonnait dans son esprit le mot délicat, délicat, délicat… et il appuya ses coudes sur ses genoux dans une attitude qui semblait de dédain face à ce qu’était en train de lui montrer le vendeur. En réalité, il avait décidé d’adopter cette posture pour sentir son visage, ses mains et ses jambes. Pour savoir à tout moment qu’il était toujours là où il était.

Il ne voulait pas perdre pied. Il ne voulait pas que l’envahisse à nouveau cette atroce peur qui pendant une seconde lui avait donné l’impression qu’il se mourait. Il ne voulait pas que lui arrive la même chose que ce qui lui était arrivé quelques instants auparavant dans la grotte. Les petites boules d’ébène incrustées de fil d’argent racontaient du collier ses joies infinies et ses peines interminables. Plus que par les années, les boules et les croix étaient usées à force de se frotter à des poitrines et des sueurs ; poitrines proéminentes qui les avaient portées l’espace d’une vie avant de s’incliner devant les ravages de l’amour et de la maternité, devant le pouvoir dévastateur du temps et de l’âge, poitrines qui ne s’étaient séparées du collier pas même durant les mille et un moments de l’amour partagé ou subi, lorsque de viriles mains le rejetaient mille et une fois vers le cou pour qu’il cède momentanément sa place aux assauts baignés de sueur des ongles, lèvres et dents du désir ; pas même dans les mille et un moments d’accouchements ou d’allaitement. Lorsque ces poitrines n’avaient plus la force de le soutenir, elles le cédaient à d’autres poitrines plus fortes et fraîches qui le soumettaient à nouveau aux mêmes épreuves renouvelées des assauts de l’amour et de la sueur, amour et sueur en d’autres langues, sous d’autres toits et d’autres cieux, halètements qui le secouaient inlassablement génération après génération.
Jusqu’aux éléments naturels qui le maltraitaient, l’eau, le vent et le soleil l’attaquaient. Les petites boules, les courageuses petites boules d’ébène résistèrent, résignées face à leur sort ; elles résistèrent mieux que les croix qui les condamnaient à vivre séparées les unes de autres. Elles se portaient même mieux après les épreuves répétées auxquelles elles étaient soumises. Leur noir était chaque fois plus noir et leur brillant plus brillant, quand les croix perdaient peu à peu leurs dessins, empreintes que chrétiens, juifs et musulmans avaient laissées sur elles. Les croix, parce que c’était des croix, étaient beaucoup plus sensibles à l’amour qui les usait irrémédiablement. Ignominie et malédiction, sacrifice et rédemption, amour et gloire, paix ou tourment, les croix du collier semblaient porter leur propre croix signifiant ce qu’on les faisait signifier.

A peine pouvait-on distinguer les formes estompées avec lesquelles on avait orné leur tronc et leurs membres. Il y en avait de deux, de trois et de quatre extrémités et elles s’obstinaient à insinuer, elles se contentaient maintenant d’insinuer, malgré la volonté de l’histoire de l’effacer de la mémoire des hommes, le caractère amical ou belliqueux de qui les avaient forgées. Elles avaient été le témoin, avec les petites boules, de tant de joies et de tant de craintes. Elles avaient dansé au rythme des mêmes heureux corps et les mêmes larmes de chagrins et de peines les avaient brûlées. Sur les croix qui avaient le moins de bras il ne restait aucune trace d’en avoir eu plus et de les avoir perdus au fil des vies. Ainsi leurs donnèrent vie les doigts des artisans qui les avaient forgées et livrées aux poitrines et sueurs pour qu’elles se chargent de les polir par le dédain ou par l’amour. Le cordon qui maintenait unies les croix et les petites boules avait grossi et noirci au fil des vies et des poitrines, avec la poussière d’interminables voyages et d’intarissables sueurs d’intarissables amours.
- Que me dites-vous de celui-ci ? Hein ? Les paroles du vendeur arrivèrent à son oreille comme venues d’un abîme sans fond. Pendant qu’il écoutait ce que lui racontaient croix et petites boules, il pensa avec effroi que ces paroles devaient tomber, que le charme devait se désenchanter et, en même temps le désenchanter lui. Il désirait avec toute la force du désir que tardent à venir les maudites paroles du vendeur. Il se refusait à réfléchir. Il avait décidé de se donner complètement à la magie de la boîte, des petites boules et des croix. Il avait décidé d’oublier qui il était et ce qu’il faisait là. Au diable la psychanalyse. Au diable l’identité. Au diable tout.

Ce n’était pas le moment de revenir de la dimension où l’avait transporté le collier. Il voulait continuer à écouter l’incommensurable conte des croix et des petites boules et la seule façon d’y arriver était de s’unir pour la vie aux croix et petites boules de l’incommensurable collier.

- Je l’achète. Ses mains laissèrent sur son visage les traces de ses ongles qui s’étaient incrustés dans ses joues tandis que d’anonymes ongles délogeaient le collier de son emplacement dans la frénétique recherche de délicieux et joyeux mamelons. Je l’achète.

L’éclat de rire du vendeur acheva de le renvoyer à la dimension présente.

-  Je l’achète.

-  Mais c’est la troisième fois que je vous dis de demander d’abord le prix

-  Ça m’est égal. Je l’achète. Ne me l’enveloppez pas. Enveloppez-moi celui-ci avec les petites boules d’ambre et ce bracelet ; celui-la non, celui-la. Mais ce collier, ne me l’enveloppez pas. Je le mettrai dans la poche de ma chemise.

-  Nous n’avons pas fini de parler.

-  Mais que racontez-vous ? De quoi devons-nous parler ?

-  Non. Pas avec vous.

-  Dites-moi combien tout cela vaut. Ne me dites pas combien vaut chaque chose. Simplement combien coûte le tout. Et enveloppez avec du papier-cadeau. Non, le collier, non.

L’incommensurable ne méritait pas qu’on lui donne un prix ni qu’on l’enveloppe dans du papier-cadeau comme un vulgaire cadeau. Finies les sueurs et les souffrances, finis les tourments et les brûlures des larmes. Il jouira à présent d’un repos bien mérité. Je lui mettrai une plaque doublée de feutre et, à l’abri du soleil, de la pluie et de la poussière, à l’abri des ongles, des lèvres et des dents, il reposera enfin et m’accompagnera le long des méandres des rêves et des obsessions des occupants successifs du divan, et, quand il le voudra, il continuera à me raconter son histoire.

Saïd Sabia

Saïd Sabia est professeur du Département d’Espagnol de la Faculté de Lettres de l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fez (Maroc).

Haroun al-Rachid, faites que ce conte continue et que Michel me fasse admirer ce collier des Mille et Une Nuits… Bisous à Marie-Jo Noël La Traductrice !

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