L’homme blessé et la psyché

Agressologie 1993, 34, 3 : 136-140

jeudi 16 juin 2005, publié par Michel Balat


Depuis plus de trois ans maintenant, nous tentons d’explorer une voie qui prend en compte le blessé non seulement dans sa dimension corporelle ou affective, mais dans son être relationnel, là où il est le plus proprement humain. Cela nécessite un certain nombre d’hypothèses de travail dont certaines persistent parce que rien n’est venu les infirmer, tandis que d’autres ont été abandonnées en chemin.

Mais tout d’abord, il nous faut remarquer en quoi il ne suffit pas, pour s’occuper de traumatisés crâniens, même si cela est absolument indispensable, d’une compétence concernant le corps comme organisme somatique - en quoi le traitement des différentes parties de ce corps contribuent à son morcellement - ou d’une capacité à “souffrir avec” le blessé - la compassion ne nous forge pas d’outil pour modifier les capacités relationnelles du blessé, quoiqu’elle nous fournisse la certitude du contact avec lui. Car ce relationnel consiste en ceci, que le blessé est souffrance de la souffrance que nous vivons avec lui, qu’il est la voix empêchée de la phonation improbable qu’investit l’orthophoniste, le membre inhibé dont s’occupe le kiné, la plaie ouverte que soigne l’infirmier, l’organisme traumatisé qui est la préoccupation du médecin. Comment pourrait-il dès lors accéder à cette singularité problématique, celle d’un sujet reprenant sa place dans le tissu langagier commun ? Poser cette question nous impose de savoir ce que l’on entend par “reprendre sa place dans le tissu langagier commun”. C’est ce que nous allons examiner maintenant.

Et pour cela, dans la mesure où en fait ce n’est pas d’abord sur le plan du langage que nous attendons l’éveil, mais plus simplement sur celui de la production intentionnelle de signes, nous remarquerons que la fameuse “réponse à un ordre simple” se présente pour nous sous la forme d’une équation : intention = capacité d’interprétation, puisque toute réponse est une interprétation de ce qui la produit. Dès lors il nous faudra comme préalable définir ce que l’on peut entendre par interprétation, et pour ce faire, nous tourner vers la sémiotique, discipline à laquelle est dévolue la tâche de définir ce terme par la considération de ce qu’est un signe.

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