La dimension du moi, le Sch, et le narcissisme du ça. Marc Ledoux

vendredi 8 février 2013, publié par Michel Balat


Elne, le 19 Octobre 2012.

La dimension du moi, le Sch, et le narcissisme du ça.
Marc Ledoux

Ce soir, j’introduis le Sch, la dimension du moi et la psychose et le narcissisme du ça. Ce sera un peu tralala, un petit peu des mots.

Mais vous en entendez toute la journée, des mots.

Si vous ne comprenez rien, ça ne fait rien. Ca va venir et si ça ne vient pas, ça ne fait rien.

Freud, Szondi, et Schotte, autour du Moi. Je pense que tous les trois, à des époques différentes et dans des constellations différentes, tous les trois ont réagi chacun à leur manière, contre ce qui est à la mode et ce qu’on oublie sans le savoir et sans penser ce qu’on fait autour de la psychologie du moi. C’est quoi ça ? C’est compliqué pour nous dans la langue germanique. C’est compliqué. Pour traduire de notre langue à nous, Ich, Je, vers cette langue française, moi, je.
Le moi, cette instance centrale de la personnalité promue par l’homme moderne qui se pense comme moi, c’est-à-dire comme sujet psychologique. Vous savez, en psychologie, il ne faut pas réfléchir pour faire la différence entre je, moi, sujet, etc. L’homme moderne fait de la psychologie dans la façon de considérer ses semblables et de se considérer lui-même. Chacun a sa psychologie. Avoir. Le sujet a une série de caractéristiques mentales ou comportementales, qu’un psychologue peut objectiver. Le moi est sujet et objet de cette vue moderne de l’homme par lui-même.

Quelles sont les conséquences de cette idée ? Cette autopromotion produit des sciences techniques modernes centrées sur l’opposition sujet/objet. C’est énorme ce passage dans l’histoire. Le sujet objective la nature pour l’étudier dans une physique et le sujet est étudié au même moment, corrélatif, le sujet est étudié comme un objet.

Donc la psychologie est d’une part le corrélat des sciences de la nature et d’autre part, elle est la base de toutes les sciences de l’esprit. Ce mot va revenir chez Kierkegaard, de l’esprit. Avant, cela n’existait pas. Le premier à se penser lui-même, c’est dans la modernité, ça, à se penser lui-même en fonction d’une psychologie.

Il y a trois figures complémentaires de cette idée de l’homme moderne. D’abord, une figure – c’est un mot qui revient souvent chez Freud, figure. On va baptiser le sujet cartésien. C’est la première fois chez l’homme moderne qu’un sujet peut douter. Donc le sujet du doute et de la certitude de savoir. Ça veut dire quoi ? La première figure de l’homme moderne, c’est le moi du sujet qui juge.

Deuxième configuration : Luther. Il a fait des choses, lui. Les conséquences sont énormes. L’homme de la réforme religieuse. L’homme de la réforme promeut, pour la première fois, l’individualité du sujet comme moi. Ça veut dire quoi ? Comme si cela ne suffisait pas… le sujet, le moi, … et hop, un sujet avec une propre individualité. A partir de là, il ne va pas arrêter de se gonfler, celui-là… qu’est ce qui se passe chez Luther ? Chacun a à faire son expérience personnelle. C’est la première fois que l’accent va être mis sur l’expérience. C’est Luther. Chacun, ayant à faire son expérience personnelle de dieu, sans médiateur. Chacun est aussi proche que chaque autre du message biblique. Dès lors, dit Luther, personne ne peut s’interposer entre ce message biblique et son semblable. Et c’est dans cet article célèbre de Johannes Lohmann, qui est un linguiste et un historien, le rapport de l’homme occidental au langage,— qu’on a traduit —, qui repère que Luther, en traduisant la bible dans la langue allemande, fait subir aux notions grecques un retournement ! Qu’il traduit comme il pense à partir d’un sujet autonome, qui ne connaît qu’un critère pour distinguer le vrai et le faux : c’est-à-dire sa propre expérience. C’est Luther qui a introduit ça en traduisant la bible. Il va promouvoir le sujet autonome, il va promouvoir le moi d’un sujet qui juge. Désormais les critères vont être sa propre expérience dans son rapport à dieu. L’homme moderne, dit Lohmann, est celui qui s’avance comme sujet conscient et qui veut être conscient de ses expériences. Il se veut être le sujet passif et actif de l’expérience qu’il fait. En nous, s’enrichir comme sujet, c’est de faire des expériences. Ça vient de Luther.

Et la troisième configuration qui est terrible : Moi, je. Ça se modifie quand on met une virgule, mais la plupart du temps, on ne met même pas une virgule. Moi je. Les grecs, ils tombent des nues quand ils entendent ça. Ça n’existe pas chez les grecs. Le pronom personnel n’est pas explicitement marqué, jamais ! Pour les grecs, c’est le verbe par sa terminaison qui désigne la personne sans que soit avancé le moi. Le moi n’est pas chez les grecs le centre producteur de la pensée. Bien sûr qu’il existe le moi. Mais il existe pour empêcher la pensée. J’explique : s’il y a le moi chez les grecs, c’est parce qu’il se met trop en avant, et à ce moment-là, il devient le sujet de l’opinion. Et de là, Lohmann dit la doxa est l’œuvre du moi : l’opinion. Quand je dis « moi, moi, moi, », on est bien parti dans la doxa, là. C’est bien de faire des groupes de travail, c’est bien de faire des groupes de tout ça… comme ça, chacun peut dire son opinion, moi moi… on est dans la doxa. Plus on avance, et plus le moi s’exprime, et plus il est sujet de l’opinion. « Donne moi ton opinion, ose dire ton opinion… ! ». C’est ça pour les grecs.

(…)

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