Le Lac de Peirce

lundi 4 mai 2009, publié par Michel Balat


7.553. We are going to shock the physiological psychologists, for once, by attempting, not an account of a hypothesis about the brain, but a description of an image which shall correspond, point by point, to the different features of the phenomena of consciousness. Consciousness is like a bottomless lake in which ideas are suspended at different depths. Indeed, these ideas themselves constitute the very medium of consciousness itself. Percepts alone are uncovered by the medium. We must imagine that there is a continual fall of rain upon the lake ; which images the constant inflow of percepts in experience. All ideas other than percepts are more or less deep, and we may conceive that there is a force of gravitation, so that the deeper ideas are, the more work will be required to bring them to the surface. This virtual work, which the mathematicians call the ’potentials’ of the particles, is the negative of the ’potential energy’ ; and the potential energy is that feature of the image which corresponds to the degree of vividness of the idea. Or we may see that the potential, or depth, represents the degree of energy of attention that is requisite to discern the idea at that depth. But it must not be thought that an idea actually has to be brought to the surface of consciousness before it can be discerned. To bring it to the surface of consciousness would be to produce a hallucination. Not only do all ideas tend to gravitate toward oblivion, but we are to imagine that various ideas react upon one another by selective attractions. This images the associations between ideas which tend to agglomerate them into single ideas. Just as our idea of spatial distance consists in the sense of time that it would take with a given effort to pass from one object to another, so the distance between ideas is measured by the time it will take to unite them. One tries to think of the French for shark or for linchpin. The time that it will take to recover the forgotten word depends upon the force of association between the ideas of the English and French words and upon circumstances which we image by their distance. This, it must be confessed, is exceedingly vague ; as vague as would be our notion of spatial distance if we lived in the body of an ocean, and were destitute of anything rigid to measure with, being ourselves mere portions of fluid.
7.554. Consciousness is rather like a bottomless lake in which ideas are suspended, at different depths. Percepts alone are uncovered by the medium. The meaning of this metaphor is that those which [are] deeper are discernible only by a greater effort, and controlled only by much greater effort. These ideas suspended in the medium of consciousness, or rather themselves parts of the fluid, are attracted to one another by associational habits and dispositions, — the former in association by contiguity, the latter in association by resemblance. An idea near the surface will attract an idea that is very deep only so slightly that the action must continue for some time before the latter is brought to a level of easy discernment. Meantime the former is sinking to dimmer consciousness. There seems to be a factor like momentum, so that the idea originally dimmer becomes more vivid than the one which brought it up. In addition, the mind has but a finite area at each level ; so that the bringing of a mass of ideas up inevitably involves the carrying of other ideas down. Still another factor seems to be a certain degree of buoyancy or association with whatever idea may be vivid, which belongs to those ideas that we call purposes, by virtue of which they are particularly apt to be brought up and held up near the surface by the inflowing percepts and thus to hold up any ideas with which they may be associated. The control which we exercise over our thoughts in reasoning consists in our purpose holding certain thoughts up where they may be scrutinized. The levels of easily controlled ideas are those that are so near the surface as to be strongly affected by present purposes. The aptness of this metaphor is very great. 7.553. Nous allons choquer les psychologues physiologistes, cette fois, en essayant non la prise en compte d’une hypothèse sur le cerveau, mais la description d’une image qui correspondra point par point aux différents traits du phénomène de conscience. La conscience est comme un lac sans fond dans lequel les idées sont suspendues à différentes profondeurs. Bien entendu, ces idées elles-mêmes constituent le milieu propre de la conscience elle-même . Seuls les percepts sont découverts par le milieu. Nous devons imaginer qu’il y a une chute de pluie continuelle sur le lac ; ce qui image le flux constant de percepts dans l’expérience. Toutes les idées autres que les percepts sont à plus ou moins de profondeur, et nous pouvons concevoir qu’il y a une force de gravitation, de telle façon que plus les idées sont profondes, plus il sera requis de travail pour les amener à la surface. Ce travail virtuel, ce que les mathématiciens appellent les « potentiels » des particules, est le négatif de l’« énergie potentielle » ; et l’énergie potentielle est ce trait de l’image qui correspond au degré de vividité de l’idée. Nous pouvons aussi dire que le potentiel, ou profondeur, représente le degré d’énergie de l’attention qui est requise afin de discerner l’idée à cette profondeur. Mais on ne doit pas penser qu’une idée doit être réellement conduite à la surface de la conscience avant de pouvoir être discernée. L’amener à la surface de la conscience serait produire une hallucination. Non seulement toutes les idées ont à tendre à graviter vers l’oubli, mais nous devons imaginer que les diverses idées réagissent les unes sur les autres par des attractions sélectives. Cela image les associations entre les idées qui tendent à les agglomérer en idées uniques. De même que notre idée de distance spatiale consiste dans le sens du temps qu’il faudrait, avec un effort donné, pour passer d’un objet à un autre, de même la distance entre les idées est mesurée par le temps que prendrait leur unification. Tel tente de penser au terme français pour shark ou pour linchpin*. Le temps qu’il mettra pour retrouver le mot oublié dépend de la force d’association entre les idées des mots anglais et français et des circonstances que nous imageons par leur distance. Ceci, dois-je le confesser, est excessivement vague ; aussi vague que le serait notre notion de distance spatiale si nous vivions dans le corps d’un océan et étions démunis de quoi que ce soit de rigide pour prendre des mesures, étant nous-mêmes de simples portions de fluide. »
7.554. La conscience est plutôt comme un lac sans fond dans lequel les idées sont suspendues, à différentes profondeurs. Seuls les percepts ne sont pas recouverts par le milieu. La signification de cette métaphore est que celles qui sont plus profondes ne sont discernables que par un plus grand effort, et ne sont contrôlées que par un bien plus grand effort. Ces idées suspendues au sein de la conscience, ou plutôt elles-mêmes parts du fluide, sont attirées les unes les autres par des habitudes et des dispositions associatives, — ces premières en association par contiguïté, ces dernières en association par ressemblance. Une idée près de la surface n’attirera une idée qui est très en profondeur que dans la faible mesure où l’action doit continuer pendant quelques temps avant que cette dernière soit amenée à un niveau de discernement aisé. Pendant ce temps la première plonge dans une plus faible conscience. Cela semble être un facteur comme le momentum, de façon que l’idée qui était originellement plus faible devient plus vivace que celle qui l’a attirée. De plus, l’esprit n’a qu’une surface finie à chaque niveau ; dès lors, faire remonter une masse d’idées implique inévitablement en faire descendre d’autres. Un autre facteur encore semble être un certain degré de flottabilité ou d’association avec toute idée pouvant être vivace, ce qui appartient à ces idées que nous appelons des buts, en vertu de quoi elles sont particulièrement aptes à être remontées et maintenues près de la surface par les percepts qui affluent et, ainsi, à retenir toute idée avec qui elles peuvent être associées. Le contrôle que nous exerçons sur nos pensées dans le raisonnement consiste dans notre but de maintenir à la surface certaines pensées, où elles peuvent être étudiées. Les niveaux des idées facilement contrôlées sont ceux qui sont si près de la surface qu’ils sont fortement affectés par les buts présents.

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2 Messages

  • Le Lac de Peirce 22 mai 2009 02:02, par Bruno de Florence

    Texte remarquable, merci de le mettre à dispo. Quel en est le titre ? La classification suiva par Deladalle (7.553) ne semble pas correspondre à celle adoptée par le Peirce Edition Project (Cf. section lien plus bas). Le retrouver dans les volumes déjà publiés (et à venir) serait un peu difficile.

    BdF

    Voir en ligne : Peirce Edition Project

    • Le Lac de Peirce 22 mai 2009 06:57, par Mileen Janssen

      Les Collected Papers (CP) de Peirce ont été rassemblés en 4 livres (2 volumes par livre). Le texte correspond à la classification des auteurs des CP : 7 est le nom du volume et 533 celui du §, Dès lors 7.533 est le titre de l’article ! Le Peirce Edition Project (PEP) se dédie à la publication des Writings de Peirce en tâchant de suivre l’ordre chronologique et, bien entendu, n’ont pas le mêmes références. Je ne pense pas que ce texte-ci soit dans les Writings, cela viendra plus tard (si l’on maintient les subventions à nos amis du PEP !). Mais si vous voulez en savoir plus sur le contexte de cet écrit, faites-moi le savoir. Bien amicalement
      Michel Balat


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