Le corps sémiotique

Angers, Décembre 2000

lundi 17 décembre 2007, publié par Michel Balat


Le corps sémiotique

Michel Balat

Pour tenter de définir quelles sont les grandes fonctions qui sont concernées par le fait d’être un être de langage, celles qui sont impliquées dans l’exercice du langage, il faudrait pour cela se tourner, semble-t-il, vers les linguistes. Celui qui est le plus clair sur cette question c’est, à mon sens, Benveniste, même j’ai un désaccord sur sa démarche, parce qu’elle est obstinément dyadique : pour lui, tout est divisible en deux. Il est entre autres l’auteur de ce livre génial qui s’appelle le Vocabulaire des institutions indo-européennes, un livre de base. Bien entendu l’indo-européen, ça n’existe pas, il n’y avait donc pas d’institution indo-européenne, ni même par conséquent de vocabulaire, mais enfin, il en a fait un, créant ainsi une chose d’une utilité phénoménale.
Benveniste est le créateur de ces grandes fonctions attachées à la parole, qu’il a appelées la fonction de l’énoncé et la fonction de l’énonciation, — que ceux qui sont au fait de la linguistique connaissent. De manière un peu barbare nous pourrions dire que l’énoncé, c’est ce qui est écrit, et l’énonciation c’est l’acte d’assomption, de production de la chose écrite. Un écrit a une histoire, un moment où il prend corps, et ce moment de prise de corps de l’écrit, c’est l’énonciation. C’est utile dans certaines distinctions, comme celle qui est opérée entre le sujet de l’énoncé et le sujet de l’énonciation : quand je dis une phrase, le « je », c’est sans aucun doute le sujet de l’énoncé, mais pas le sujet de l’énonciation, qui est la production de la phrase et les conditions dans lesquelles je suis amené à produire cette phrase, — un autre registre. Benveniste a été repris de manière très fine par Lacan, qui en a fait, permettez-moi cette inconvenance, tout un fromage, mais un bon fromage, bien affiné, élaborant des conceptions comme celle de division du sujet, etc.
Il se trouve, qu’étant en désaccord avec cette démarche de Benveniste, et, de manière bien aventureuse, il m’a semblé, en m’appuyant sur C. S. Peirce, que l’on pouvait reprendre cette question des grandes fonctions, et en observer trois. Ce n’est pas parce qu’il y en a trois, ce n’est pas trois contre deux, mais trois qui sont articulées et dont aucune n’est réductible à l’autre. Je vais vous énoncer les trois grandes fonctions et nous verrons ensuite comment nous pouvons les articuler.

La première fonction de base, c’est celle que j’appelle la fonction scribe. Peirce en parle sur quelques pages. Une deuxième fonction de base c’est la fonction museur, et la troisième grande fonction c’est la fonction interprète.
La fonction scribe c’est la possibilité même que quelque chose puisse connaître une certaine matérialisation, c’est-à-dire que quand je parle, j’écris, tout cela nécessite quelque matérialité. Imaginez que je parle mais qu’aucun son ne sorte de ma bouche, rien ne va s’inscrire : de telle manière qu’il y a sans doute un moment d’origine dans lequel il est indispensable de définir quelque chose qui ait une certaine matérialité. Mais cette matérialité ne suffit pas. Par exemple, supposons qu’au lieu de parler, je fasse un brouhaha. Il y aura du son, c’est le sens du mot brouhaha, qui est un son indistinct, on n’a rien à en tirer. Vous rentrez dans une foule, et il y a un brouhaha, ce sont peut-être des paroles, c’est sonore, pas de problème. Remarquons que je ne fais pas référence à la musique qui est organisée : le brouhaha est une espèce de chaos sonore duquel rien ne sort. Vous voyez les deux pôles, la matérialité, mais il ne peut pas y avoir que la matérialité, — si j’écris avec des pattes de mouches, illisible, vous serez encore Gros-Jean comme devant, ce qui montre que cette fonction scribe nécessite une certaine matérialité, — il doit y avoir de plus une fonction que nous allons qualifier de fonction d’inscription.
L’inscription, c’est quelque chose d’autre que la matérialité mais c’est quelque chose qui fait appel à la matérialité. J’inscris, mais au sens où par exemple l’enfant autiste par son corps, inscrit quelque chose. Nous ne faisons pas ici référence uniquement à la langue telle qu’elle est organisée, ni à l’écrit tel qu’il est organisé : cette matérialité peut être celle du corps, et sans doute même pouvons-nous penser que de toute façon, et à un moment originaire, il faut bien que cette fonction scribe fût d’abord et avant tout une fonction corporelle, dont la matérialité ait été corporelle. Je précise que cette inscription est une fonction qui s’inscrit sur le leib, sur le corps vivant, dans le sens que lui donne Jean Oury, — nous pourrions dire le corps sémiotique —, en le distinguant du körper. Cette fonction d’inscription comme fonction de base sans doute, de manière originaire, nécessite-t-elle le corps. Le nourrisson doit pouvoir inscrire, c’est-à-dire découper son corps pour pouvoir l’utiliser « comme un langage ». Avouez que les premiers rapports de la mère et de l’enfant semblent aller de ce côté quand la maman voit gigoter son petit et dit, « il est content ». Gigoter, c’est du leib, c’est un morceau de leib, il faut mettre les pieds et jambes d’une certaine façon, — on ne peut plus trop le faire quand on grandit, mais les petits savent très bien faire ça. Au troisième mois le premier organisateur de Spitz, le sourire, « il est content » ou bien le premier pleur, « il a faim » : c’est bien toujours en référence au corps que la mère vient introduire de la parole.

On peut dire que la fonction scribe est une fonction matérielle d’inscription, et cette fonction-là est une fonction originaire puisque c’est elle qui dans un premier temps se présente à l’enfant. On verra plus tard la place de la mère, mais pour le moment disons que certains éléments, le tonus, le système musculaire, les voies de conductions nerveuses, l’organisation cérébrale, etc., — on pourrait parler de toutes ces choses-là, et de manière très utile —, assurent la matérialité. Par exemple, si vous écrivez « a » à l’envers, vous pouvez le lire, mais si vous pratiquez certaines déformations, vous ne pourrez plus lire le « a »,. C’est une très bonne analogie pour faire comprendre ce qui se passe au niveau du corps, ce sont des « a » qu’il faut former, il faut trouver tout un ensemble de mouvement : ce n’est pas le körper c’est le leib, c’est le corps en émergence de signes, donc c’est ce corps vivant dont il s’agit, et c’est lui qui est porteur de ça. On retrouvera beaucoup plus tard de telles choses, dans certains phénomènes somatiques : dans certaines somatisations nous trouverons des formes d’archaïsmes, une forme de langage qui ne peut plus être exprimé dans l’universel de la langue, où seul le corps peut venir dire quelque chose, mais on ne sait quoi, puisque nous avons perdu la clé de ce langage-là. Nous pouvons trouver ça, d’une autre façon cette fois-ci, dans les phénomènes hystériques. Vous savez, dans les phénomènes hystériques, il y a les, « ha, j’ai mal à la tête, je ne vais pas pourvoir aller à… », ou bien, « j’ai de la tachycardie » ou bien « j’ai de la spasmophilie », toutes ces choses qui sont la vie élémentaire végétative d’une hystérique et qui sont sans doute des restes d’une autre nature que les somatisations. Mais ce sont des formes particulières d’appel à un langage corporel, et, contrairement aux somatisations, la clé de ce langage n’est pas dans le langage lui-même comme cela se produit dans la somatisation, mais elle est dans l’appareil symbolique de la langue, ce qui évidemment n’est pas susceptible du même type d’approche ou d’analyse.
Quand vous parlez, vous vous entendez. Comment vous entendez-vous ? Ce n’est pas la voix que vous pourriez enregistrer sur un magnétophone, par exemple. Vous vous entendez par la voie osseuse, les os, le squelette, c’est le squelette qui vibre. Vous avez quelque chose dans le larynx, qui vibre, les cordes vocales, qui font sifflet, (d’ailleurs lorsqu’on veut couper la parole à quelqu’un, nous disons qu’on lui coupe le sifflet) ce petit sifflet, qui est un muscle, fait vibrer les os du crâne, et c’est par eux que vous entendez votre propre parole. Pourquoi, parce que le son se déplace plus vite dans un milieu plus solide, la vitesse dépend de la densité. Le son se déplace plus vite dans tout le système des os du crâne, et c’est lui qui arrive le premier à la perception de l’oreille interne. Le deuxième type de son c’est celui qui arrive par l’extérieur. On se représente bien la catastrophe qui consisterait en ce que quelques millièmes de secondes après, vous entendiiez en écho votre propre parole, ce serait insupportable. Il y a un système d’inhibition particulier qui fait que nous sommes accoutumés à ne pas entendre notre propre parole telle qu’elle passe par la voie aérienne : nous ne nous entendons pas comme nous entendons les autres. Les autres ne nous font pas vibrer les os par leur parole, ils font vibrer le tympan directement par la colonne d’air modulé qui provoque l’onde sonore, alors que nous nous faisons vibrer le tympan par l’intermédiaire de la transmission osseuse.

Cette inhibition fondamentale du circuit de notre parole « externe » évite le phénomène de réplication ou d’écho : peut-être est-ce même à l’origine du mythe d’Écho avec Narcisse. Imaginons la situation suivante, dans laquelle cette inhibition ne fonctionnerait pas et où vous entendriez toujours votre voix osseuse, mais aussi votre voix « aérienne », comme, par analogie, tel qui souffre d’une légère diplopie : il peut très bien s’en accommoder parce que c’est comme ça qu’il a toujours vu. On pourrait peut-être faire l’hypothèse que, chez l’enfant bègue, la parole correspond à ces deux niveaux d’écoute par manque l’inhibition. Cette hypothèse, je la présente non pas pour elle-même, mais pour explorer ce que signifie le fait qu’on ne s’entende pas comme nous entendons les autres, ce qui a un sens. La parole que nous entendons est celle qui fait vibrer le squelette.

Je peux vous livrer une petite expérience dont je me serais passé très largement. Il y quelques temps de ça, j’étais en gare de Bordeaux. Je me préparais à sortir du train avec mon sac, un peu lourd. Alors que je descendais les escaliers, le sac s’est un peu balancé et m’a entraîné : je me suis senti courir après ce sac qui me tirait, et je suis tombé lamentablement. C’était certes lamentable, mais il m’est arrivé quelque chose de magnifique que je n’entendrai, j’espère, plus jamais : j’ai entendu sonner mon squelette, parce que j’ai tapé sur le bassin, ça a fait un son de caisse claire. C’est extraordinaire d’entendre ça, — ne le faites pas —, ça vibre.

Dans l’acte de parole c’est le corps entier qui est mobilisé, il est parcouru par les ondes sonores. Ce son de caisse claire montre bien que l’ensemble du squelette est un résonateur. Le squelette vibrant est quelque chose qui habite le corps tout entier, et quand nous parlons, la parole que nous entendons, émise de nous, est une parole totalement corporelle, c’est une vibration du corps tout entier.
Cette chose ne nous arrive pas quand nous entendons quelqu’un d’autre parler, il n’y a pas de vibration du corps, la seule chose qui vibre ce sont tous ces osselets de l’oreille, tout ce monde qui fait son petit travail, l’usine, le marteau, l’enclume et tutti quanti, mais il n’y a que l’usine qui travaille, les appareils de la perception sont des filtres tout à fait extraordinaires du monde extérieur, parce qu’on reçoit très peu de son là-dedans, vous imaginez la sphère sonore que vous dégagez quand vous parlez et le petit trou ici, c’est une perte gigantesque d’énergie, mais ça suffit. L’oreille est destinée officiellement à pouvoir entendre le choc d’un atome sur le tympan, pas à mon âge, mais officiellement il n’y a pas de limite inférieure à l’audition, je ne parle pas de la fréquence, mais de l’intensité.

Il n’est pas sûr que tout un ensemble d’expériences menées généralement par les adolescents dans les boîtes de nuit n’ait pas quelque chose à voir avec ce que je viens de dire : cette vibration du corps lorsqu’on se met près des enceintes acoustiques, c’est quelque chose qui n’est pas sans rappeler précisément sa propre parole, un peu comme si l’on émettait sa propre musique, ce sont, dans ces conditions, des émissions de sa propre musique par le corps. C’est une manière de l’adopter totalement, nous prenons entièrement la musique comme si elle émanait de notre propre corps, parce qu’il y a toute cette conduction osseuse.

Il en est de même au cinéma, où il y a une vibration corporelle, le son est tellement fort qu’il fait vibrer le corps : on sent bien comment tout ceci peut être utilisé pour faire comme si chacun était habité par les dialogues du film, il y aurait tout un monde, tout un univers à reprendre autour de ça. Nous pourrions dire en somme que, quand je parle, ce que j’entends, ce n’est pas l’émission vocale comme l’autre pourrait la produire vis-à-vis de moi, puisque je ne l’entends pas par cette voie-là, mais par la vibration produite à partir de la caisse de résonance qu’est mon corps. Qu’est cet icelui qui parle par le corps ?

Faisons une hypothèse : c’est comme si c’était l’Autre qui me parlait. Quand je parle c’est l’autre, le corps, le leib mis en émoi par les paroles vibrantes, c’est le leib qui parle, l’Autre. On peut dire qu’il y a quelque chose de l’Autre en moi qui parle. L’Autre, celui qui est vraiment le résonateur de base, qui est capable d’inscrire mes propres paroles, ce lieu-là, c’est ce leib, qui est l’autre résonant. L’Autre, c’est moi en tant que je résonne. Comme l’indiquait Lacan, le grand Autre, l’Autre, c’est le corps, le leib ajouterait sans doute Jean Oury.
La deuxième grande fonction est la fonction de musement. Le musement, de même que le Scribe, est une idée de Peirce, …mais aussi de Chrétien de Troyes, dans l’histoire de Perceval, le conte du Graal, le Graal qui est devenu religieux par la suite, mais qui n’a pas dans cet ouvrage cette dimension christique qu’on lui donne habituellement. Dans le conte du Graal il y a quelque chose de magnifique, vous croyez que le Graal est l’objet inatteignable, l’inaccessible étoile de Jacques Brel. Eh bien ce n’est pas vrai ! Perceval a déjà été en contact avec le Graal. L’histoire se passe dans le château du roi Pêcheur. Perceval arrive et voit passer devant lui des gens qui font des choses bizarres, l’un avec une lance au bout de laquelle gouttent des gouttes de sang, un autre qui transporte un objet, le Graal. Il était certes intrigué par la scène, sans doute des questions arrivaient, mais il n’en a posé aucune, un vrai petit obsessionnel. C’est à partir de là que commence la quête du Graal, c’est-à-dire, de cet objet qui est un objet perdu, un vrai objet. Puis, Perceval dort avec Blanchefleur, vous savez comment, avec l’épée dans le mitan du lit, tout ça c’était très initiatique, et part à la recherche du roi Arthur. Et c’est là qu’arrive le musement, en chemin. Il y a une oie blessée qui laisse tomber trois gouttes de sang sur la neige. Perceval devant ces trois gouttes de sang est, ne dites pas médusé, stupéfait, ne dites rien de tout ça, il est en arrêt sur son cheval, appuyé sur sa lance, devant ces gouttes de sang, et là, il muse. Le verbe est de Chrétien de Troyes, en vieux français. Évidemment ce n’est pas traduit par muser, puisque c’est un mot qui n’existe pas en français ans ce sens-là, maintenant il faut qu’il existe, c’est indispensable. Il muse sur ces gouttes de sang. Au loin un chevalier du roi Arthur passe, qui le voit, et retourne chez le roi pour annoncer la nouvelle. C’est un nommé Keu qui va chercher Perceval, mais le maladroit se précipite sur Perceval et lui dit de venir. Mais Perceval musait sur les gouttes de sang, c’est une activité à temps plein, on ne peut pas faire autre chose, et Perceval tout en musant se bat avec Keu et le blesse. Ce dernier va voir le roi Arthur pour se plaindre, et c’est Gauvain qui propose d’aller chercher Perceval. Gauvain saisit qu’il se passe quelque chose de très important pour Perceval qui muse. Et ce n’est que lorsque les gouttes de sang ont fini par disparaître de la neige, que Perceval peut être approché. Gauvain vient "en oblique", pour respecter ce musement, et l’amène chez le roi Arthur. Astucieux. Sur le plan clinique, c’est très important : la manière dont on approche quelqu’un, ce ne peut être de plein fouet, parce qu’il est en train de muser.
Le musement n’a pas d’étymologie, c’est bien, on peut en inventer une. Je ne suis pas le seul à avoir cherché à inventer une étymologie au musement, mais il y en a une qui me paraît sérieuse, c’est le même mot que muet pas le verbe muer de la mue, quoique, mais être muet, qui vient de museau, la moue. En latin être muet se disait faire mu, le musement est lié à la mutité, c’est une fonction du silence.

Qu’est-ce que cette fonction-là ? nous voyons que dans son extrême c’est une fonction dans laquelle le cours de pensées n’est pas dévié, il est lié à la perception, créé ou au moins soutenu par elle, et c’est un état continu, de base, quelque chose qui est en développement continu. Le musement, si on essaie de le saisir sur le plan phénoménologique, c’est ce qui vous arrive quand vous êtes comme ça, arrêté, un peu hors du monde. Il y a une perception sur laquelle le musement se soutient, — toujours la question de la matérialité, — mais la perception c’est l’occasion du musement. Ça vous arrive tout le temps, tout à coup vous restez en arrêt devant quelque chose, vous ne savez pas quoi, vous ne savez même pas que vous regardez, mais vous êtes pris dans vos pensées, la perception agit comme une relance, comme une occasion de processus, et sans doute un processus continu. Ça ne cesse pas par le sommeil, même quand on dort nous continuons à muser. Nous sommes en plein débats, depuis des années, avec mes amis du trauma crânien, parce que je soutiens que les gens qui sont dans le coma musent, eux soutiennent que non. Ce n’est pas une question très importante, même si on peut leur demander ce que voudrait dire « reprendre » le musement. Vous en avez l’expérience, mais vous en avez surtout l’expérience quand vous le découvrez, parce que lorsque vous musez, vous ne savez pas que vous musez, vous êtes « en musement », mais vous ne savez pas que vous y êtes, vous ne pensez pas au musement que vous faites. Par quoi vous y accédez, que ce soit en pensée ou autrement ? Par un drôle de processus, à un moment donné, quelque chose vient faire obstacle à ce flot du musement. Le musement, pour reprendre les catégories de Peirce, de l’être-là de la priméité, devient objet secondal de l’inscription.

Le musement ce n’est pas quelque chose à quoi vous pensez : quand vous êtes dans le musement, et que vous n’êtes que dans le musement, vous ne pouvez avoir une idée de ce qu’est ce musement. Quand vous y pensez, d’une certaine façon vous n’êtes plus dans le musement puisque c’est une pensée consciente cette fois ci, mais quand vous en avez une pensée consciente, vous savez que vous avez musé. Musé, ça devrait toujours se mettre au passé où nous pouvons le reconstituer : « ah ! j’étais en train de penser à quelque chose, ah ! oui je pensais à ça, et puis avant cela je pensais à ça, » et vous vous retrouvez à faire un chemin de remontée dans le musement, ça c’est l’approche propre du musement par la pensée. On a certes une possibilité d’y accéder, mais le musement excède tout ce à quoi l’on peut accéder, parce que nous sentons bien que nous sommes devant un flot, quelque chose de continu. Ce musement-là, je ne peux le connaître que lorsqu’il est au passé, que dans un temps du passé, mais je ne peux pas le saisir évidemment ni dans le présent, puisque j’y suis, ni dans le futur puisque je ne sais pas ce que le musement va être.
Ainsi, le scribe est premier et le museur second. Les descriptions spontanées — c.-à-d. je muse puis j’inscris le musement — ne nous préparaient pas à cette idée, mais enfin, depuis Copernic, nous avons pris l’habitude de ne pas nous fier entièrement à l’évidence des descriptions pour saisir l’articulation des phénomènes : à une époque, le soleil tournait autour de la terre. Eh bien, nous sommes en cette matière-là, placés devant cette nécessaire révolution copernicienne.

Sans doute y a-t-il quelque chose qui présente une sorte de contrainte, corporelle, qui fait qu’il y a le langage de l’Autre, du corps, qui est ce musement continu, mais ce qui est premier c’est la discontinuité. Tout commence par une discontinuité. « In principio erat verbum », ou, comme le dit Chouraki « Entête, lui, le logos » : Jean était copernicien ! Freud précise avec Goethe, « au commencement était l’acte ». C’est sans doute plus clair comme ça, au commencement était l’acte. C’est la sortie théâtrale de Totem et tabou. Bien entendu, Lacan rajoute : l’acte signifiant. Au commencement était l’acte est l’introduction d’une discontinuité, une origine, un début. C’est ainsi que nous pouvons entendre que le scribe est premier, c’est lui qui fonde. On peut remarquer qu’il serait tout à fait déplaisant de mettre le museur en premier puisque, le musement, nous ne pouvons le connaître que par autre chose, et le mettre en premier serait rendre compte du connu par l’inconnu. De plus, le musement nous ne pouvons le connaître qu’au passé, c’est-à-dire quand il est objectifié : on voit bien que pour qu’il soit objet, il faut bien qu’il y ait un signe.
Au commencement était l’acte, parce que l’acte est un acte de langage, — le verbe c’est la parole.
Qu’en est-il maintenant de notre troisième fonction, celle d’interprète ? La fonction de base de l’interprète, sa fonction essentielle, est d’expliciter, de dire, de présenter, de représenter, choisissez le mot que vous voulez, le musement à partir du travail du scribe. Le scribe laisse quelque inscription, et nous savons que, par ailleurs, il y a un museur. Je suis amené à parler de museur, de scribe, comme si c’étaient des personnes. Pourquoi ? parce que c’est pratique et je me prévaux en cela de Freud qui, chaque fois qu’il est amené à parler des instances psychiques, les traite comme des personnes. Il montre le moi se bagarrant avec le surmoi, le ça, etc., finalement c’est assez clair comme ça à condition de préciser toujours qu’il ne s’agit pas de personnes mais de fonctions. Je mets des personnes parce que ça donne plus de chair à la chose, mais ce sont des fonctions. En mathématiques, la fonction sinus s’écrit : sinus x. C’est une fonction, c’est insaisissable, et pourtant vous écrivez la fonction sinus x et vous tracez quelque chose, qui n’est pas du tout une fonction, c’est l’image de l’ensemble de départ par la fonction, le graphe. Si nous voulons pouvoir saisir une fonction, il faut l’hypostasier, c’est-à-dire lui donner chair, faire comme si c’était quelque chose. Comme ces fonctions sont par excellence humaines, il n’y a aucun mal à les représenter comme des personnes, — le savant Cosinus, par exemple.

Vous auriez alors, la fonction scribe représentée par une personne dont le seul travail serait celui de scripter c’est-à-dire d’inscrire. Si vous prenez la fonction museur, je vous l’ai illustrée avec Perceval qui est celui qui muse. Mais nous, nous savons bien que ce n’est pas vrai, nul n’est entièrement consacré à une des fonctions. Il en est de même avec la fonction interprète : comment penser quelqu’un qui ne serait qu’un interprète, qui passerait son temps à dire quel est le musement à partir de l’inscription du scribe ? Donc, la fonction de l’interprète, c’est de « duire » (déduire, induire ou abduire) les inscriptions, nous allons dire interpréter, ce n’est pas plus mal. C’est une fonction qui est, bien entendu, essentielle, parce qu’au bout de compte, sans elle, la fonction scribe et la fonction museur seraient vides.

La question de l’interprète est essentielle, lors de notre travail avec des personnes en éveil de coma, dans ce que nous faisons avec elles. Selon une décision clinique, épistémologique, éthique, etc., chacun des termes peut être justifié, nous avons décidé que la personne est interprète, c’est-à-dire que nous observons l’interprétation qu’elle fait de nos propres productions. Tous, nous musons, il doit y avoir des connexions sur les musement, nous musons tous sur les mêmes choses. Par ailleurs les scribes, manifestement, c’est nous puisque c’est nous qui blablatons. Ainsi la place réservée au blessé est celle d’interprète. C’est une position qui s’est avérée d’un grand usage dans le travail psychanalytique : que sais-je de l’autre ? rien, ou bien peu de choses ! Mais ce que je peux faire c’est dire les choses qui me viennent comme ça, mais en sachant que c’est toujours l’autre qui interprète, celui dont je ne sais pas ce qu’il a dans la tête, car nous ne savons jamais ce que nous avons dans la tête les uns des autres (même pas dans la nôtre !). La fonction interprète est une fonction clé, mais relativement facile à saisir, parce que c’est ce que nous sommes tout le temps, nous nous présentons toujours comme l’interprète des signes.
Quand vous pensez au signe, vous pensez à l’interprétation du signe, toujours, et c’est quelque chose qui rend la sémiotique si délicate, c’est qu’elle attire toujours l’attention sur le signe inscrit : quand on montre la lune à un imbécile, il regarde le doigt, eh bien, le sémioticien est résolument imbécile, il regarde le doigt ! Notez que si vous ne regardiez pas le doigt, vous ne verriez pas qu’il indique la lune… C’est tout le travail de la sémiotique en amont de l’interprétation.

Il nous faut maintenant regarder d’un peu près ce qu’est la question de l’inscription. Pour cela nous allons examiner un phénomène mis en évidence à Château Rauzé, où nous travaillons avec des personnes en éveil de coma.
Il y a quelque temps de ça, un orthophoniste, Van Eeckoute, était venu faire un stage à Château Rauzé pour expliquer aux kinésithérapeutes et aux orthophonistes quelle était sa technique pour faire parler les gens qui ne parlent pas. Il les prend à bras le corps, et, par des poussées sur le diaphragme, fait sortir de l’air, il contrôle la colonne d’air avec la mâchoire, et réussit à faire formuler des mots. C’est assez impressionnant. Au sortir de ce stage, une des orthophonistes, qui a été très choquée par ça, a décidé de faire quelque chose tout à fait étonnant. Elle a tenté de prendre la main de quelqu’un qui est en phase végétative, lui mettant un crayon dans la main, se laissant guider par les impulsions du blessé. Elle a obtenu une phrase. Elle s’est heurtée tout d’abord au scepticisme général. Mais enfin quand même, par précaution, des tentatives sont faites sur les personnes en phase végétative et là, on s’est rendu compte de cette chose extraordinaire, c’est qu’elles écrivent toutes. Bien entendu, le contenu est très important : l’une a demandé qu’on lui ramène les boucles d’oreilles qui étaient dans le tiroir de l’armoire de sa chambre, chez elle, ce que personne ne savait, une autre a expliqué ce qui s’était passé la veille et qui n’avait eu comme témoin qu’Edwige Richer, le médecin, qui n’en avait parlé à personne, elle racontait ce qui s’était passé, les rapports avec sa mère. Donc vous voyez c’est énorme comme situation. En quoi ça nous concerne ? Ça concerne beaucoup les états végétatifs, parce que nous disposons d’un autre moyen de communication, non conscient : si la conscience a un sens, ces personnes-là ne sont pas conscientes, ou, en tous les cas, on ne leur prête pas la conscience ou bien alors il faudrait élargir considérablement la notion de conscience au point de la vider de sens.

L’écriture consciente assumée, celle-là a disparu, par contre, reste une forme d’écriture basale, corporelle, enfin si nous reprenons ce que nous avons déjà dit, on voit bien que cela correspond tout à fait à nos hypothèses.
Il faut dire que ce sont des personnes qui ont eu leur accident, à une époque où elles savaient notoirement écrire. Il y a bien quelque chose qui passe dans l’écriture parce que c’est quelque chose qui vient du corps, non pas par la conscience de ce qu’on est en train de faire, mais justement parce que ça se fabrique, ça se forge à un tout autre niveau que le pur niveau conscient, nous arrivons à écrire quand nous arrivons à oublier que nous écrivons, et quand nous oublions que nous écrivons cela veut dire que l’écriture est devenue intégralement corporelle. Là on le voit, ç’en est une démonstration tout à fait extraordinaire, puisque ces blessés arrivent à écrire. Cela dit, il a fallu une certaine fraîcheur d’âme pour aborder tous ces problèmes-là, la "science" n’y suffit pas. Parfois un peu de poésie est bien plus essentiel.
Pour saisir le caractère corporel (au sens du leib, toujours) de l’écriture, que l’on songe au pianiste qui travaille un morceau un peu difficile, se trompe tout le temps sur un certain passage, se repose une nuit et le lendemain joue le morceau sans faute. C’est quelque chose que nous connaissons bien, mais c’est tout sauf automatique, il ne faut pas exagérer, nous avons un terme pour ça, c’est un acte tessérisé, ces tessères corporelles dont nous avons déjà beaucoup parlé.

Les tessères ? Bon maintenant il n’y a plus de linotypistes, le linotypiste était face à un clavier, il tapait à la machine, dans les imprimeries, les journaux, il avait un énorme appareil, chaque fois qu’il tapait sur une lettre, ça faisait couler du plomb qui venait fabriquer une lettre, il composait la page avec du plomb, grâce à sa linotype, c’est extraordinaire comme machine. La tessère c’est l’analogue de ces morceaux de plomb, c’est quelque chose de matériel, mais qui porte une inscription, c’est le porte-type, comme le dit Edwige Richer. Nous avons supposé depuis longtemps que pour qu’il puisse avoir langage de quelque manière que ce soit, il était important de supposer que le corps, — il ne faut pas voir ça comme les morceaux de plomb, c’est peut-être dans des grandes voies, ce n’est pas quelque chose qui est rassemblé comme le sont les morceaux de plomb, c’est beaucoup plus diffus —, comportait toutes les tessères possibles, nous avons les tessères de tout ce que nous pouvons penser et dire, la tessère fondamentale de tout ça, c’est le corps : on pourrait dire que le corps "comme tel" n’est autre que la feuille d’assertion "blanche", qui représente l’univers du discours.

Le musement est corporel, le musement s’appuie sur des tessères corporelles. C’est le musement du corps, le corps qui pense à notre place. Notez bien que sans cette hypothèse, on ne voit pas comment les personnes en phase végétative pourraient écrire. Il y a bien quelque chose qui est corporel, qui a la matérialité du corps, mais qui est porteur d’inscription.
Nous avons l’habitude de dissocier ce qui est du registre de la pensée et de ce qui est celui du corps, en fait, cette dissociation, nous l’avons héritée de temps immémoriaux, mais elle n’est absolument pas pertinente. Elle nous conduit à des contradictions tout à fait extraordinaires, c’est-à-dire que si nous avons quelque chose comme la pensée qui est séparée du corps on ne voit pas du tout comment à un moment donné quoi que ce soit de la pensée peut interagir avec le corps. Ce qui rend ces choses-là difficiles à penser, ce sont nos habitudes. Si nous décidons de considérer un « corpensée », alors l’idée de tessère, comporte à la fois quelque chose qui est du registre du corps, mais en même temps quelque chose du registre de la pensée, une émergence de pensée possible.

Depuis près d’un siècle, les logiciens ont pris l’habitude de faire une distinction sans doute très importante dans notre champ, c’est-à-dire celle entre « type » et « token », que nous traduisons habituellement par « type » et « tessère ». Il est aisé de saisir la signification de cette différence dans un métier, la typographie, qui a, sous sa forme classique, quasiment disparu maintenant. Quand les linotypistes fabriquaient les plombs dans lesquels ils fondaient les lettres, les mots, les espaces, les signes de ponctuation, quand ils faisaient ce travail de typographes, ils fabriquaient en somme des matières, les tessères, à travers lesquelles nous pouvions lire toutes les belles histoires… c’est-à-dire les lettres, les mots, etc. D’ailleurs les typographes avaient très, très bien compris qu’ils faisaient quelque chose de tout à fait essentiel pour l’humain, puisque ce qu’ils faisaient s’appelait des caractères d’écriture. Il faut savoir aussi que dans l’argot des typographes, il y avait deux types d’ouvriers : ceux qui travaillaient à la tâche et ceux qui travaillaient à la journée. Un ouvrier qui travaillait à la journée s’appelait une conscience. Ça vaut le coup quand même, hein ? La conscience. Bon hein, donc on sent qu’il y a quand même là des affinités tout à fait extraordinaires entre la typographie et la dimension de l’humain, de l’être parlant sans doute.

Tessère vient du latin tessera qui lui-même vient du grec et signifie le cube ou le carré. En fait, les tessères étaient les jetons de présence, exemple, quand vous allez en boîte de nuit, on vous tessérise le corps, on vous tamponne la main, on l’on vous donne une contremarque. Dans les jeux de cirque, on donnait des morceaux d’argile aux personnes qui avaient payé leur billet. Donc quand vous prenez un billet, une tessère, ça signifie que vous êtes inscrit. Ce n’est pas l’inscription elle-même, qui elle est beaucoup plus complexe, mais c’est le témoignage matériel d’un contrat, voilà l’idée de tessère, et nous pouvons penser le corps comme ça.

Alors, les tessères font que l’organisation interne du corps, du leib, est quelque chose qui a à voir avec l’organisation des signes, puisque, d’une certaine façon les tessères corporelles ont leur propre logique, corporelle, matérielle. Regardez le grand pas dans l’histoire de l’écriture, qu’a représenté l’invention du blanc, ce qu’on appelle une espace. Une espace est quelque chose qui est inséré entre des lettres typographiées de manière à séparer les mots : les Grecs ne faisaient pas ça, c’est relativement tardif, mais c’est une invention tout à fait extraordinaire parce qu’elle a permis cette organisation des mots, qui était implicite dans le discours et qui devenait explicite dans l’écriture — logique interne de la typographie. Prenez cette logique de la typographie, de l’écriture, de l’écrit et essayez de penser ce que peut être cette même logique pour l’écrit que constitue la pensée corporelle.

Bien entendu se pose la question de la conscience qui pour nous est toujours prééminente — c’est ce qui nous permet de savoir qu’on sait. Savoir et savoir qu’on sait, ce n’est pas du tout la même chose. Je vous rappelle comment se définit le possible, au moins le possible dit subjectif, le possible est ce que je ne sais pas ne pas être. Par exemple dire il est possible que demain il pleuve, signifie, je ne sais pas que demain il ne pleuvra pas : la possibilité d’un événement, par exemple, n’est autre que le fait de ne pas savoir que cet événement ne se produira pas. La possibilité suit une logique négative. Cette définition du possible date du moyen âge mais ne couvre sans doute pas tout le champ du possible, par exemple, si je dis, il est possible que je lève le bras, ce n’est pas du tout le même registre, ça ne veut pas dire, je ne sais pas que je ne le lèverai pas, c’est une possibilité dite objective. Possibilité subjective et objective sont assez bien exprimées par les verbes anglais may et can. May I tell you something ? Je ne sais si quelque chose s’oppose à ce que je le dise. I can tell you something. Rien ne s’oppose à ce que je dise. On voit là la négation opérer dans les deux genres de possibilités.
Reprenons le scribe. On voit bien qu’il est important de pouvoir considérer dans cette fonction scribe, quelque chose de particulier qui sera la fonction d’écriture, au sens d’une production matérielle. Le scribe inscrit, mais pour cela il faut bien quelque matérialité, il faut quelques tessères, c’est sa fonction scriptive c’est-à-dire, fonction de production matérielle. La fonction scriptive peut être parfaitement distinguée — mais pas séparée — des autres, en somme cette fonction peut être mise en acte par quelqu’un d’autre. Elle peut exister toute seule parce qu’elle est sans doute première.

La fonction scriptive est première. Si nous reprenons la personne à l’état végétatif en train d’écrire, matériellement l’essentiel est fait, la scription est faite à deux, avec la personne qui accompagne la main, qui permet d’ajuster la pression sur la feuille de papier, mais en obéissant à des ébauches de gestes. Comment pouvons-nous interpréter, les ébauches de gestes ? Comme des ébauches d’inscription. La personne nous donne une sorte de direction qui, elle, a quelque chose à voir avec l’inscription. On voit bien comment tout ça est lié, il ne s’agit pas de tout séparer, là-dedans, mais c’est quand même important de le voir analytiquement.

Depuis longtemps, nous avions fait une distinction à l’intérieur de la fonction scribe, et je vous donne les trois fonctions liées à cette fonction, directement comme fonction elle-même, nous avions le scribe proprement dit qui est la fonction d’écriture, ou de scription, ou fonction scriptive, une deuxième fonction que nous avons appelée, la fonction pythique, et la troisième fonction, la fonction mantique.

Pour vous préciser ces trois fonctions, voilà l’histoire de la pythie de Delphes. La pythie de Delphes était une prêtresse d’Apollon, qui avait comme mission, en dehors de celle de fêter Apollon, de rendre des oracles, l’oracle de Delphes et la pythie de Delphes étaient très célèbres dans l’Antiquité parce qu’elle avait rendu des oracles fameux, citons en particulier celui sur Crésus. On venait la consulter, elle avait son jour de consultation et ce jour-là, tout le monde défilait.

Pour avoir un oracle, que fallait-il faire ? Vous arriviez, vous êtes l’oraculant c’est-à-dire celui qui postule à recevoir l’oracle, vous arrivez d’un long voyage, plein de poussière, une idée derrière la tête, vous voulez savoir quelque chose, en général ce n’était pas la personne elle-même qui venait, quand c’étaient des personnes célèbres, elles envoyaient des représentants. L’oraculant était reçu dans une pièce spéciale qui s’appelait l’adyton, par ceux qu’on appelait les herméneutes. Ces herméneutes je les ai baptisés, à la suite d’une discussion avec Jean Oury, les manticiens. La mantique est l’art du devinement, donc le manticien est celui qui devine. Alors vous arriviez chez le manticien et vous lui disiez ce que vous vouliez savoir : la fonction du manticien à cet instant précis était de vous dire comment vous alliez poser la question à la pythie. Le lendemain arrivait le grand moment de la rencontre avec la pythie, assise sur un trépied au-dessus de la faille, vous lui posiez la question et, après un moment de recueillement, elle poussait des cris. Vous étiez Gros-Jean comme devant, parce que, bien entendu, vous n’aviez rien compris aux cris, il vous fallait un traducteur. Vous retourniez à l’adyton et l’herméneute, le manticien, vous disait ce qu’avait dit la pythie — il vous le disait très bien, généralement sous la forme d’une énigme, un petit poème, 2, 3 ou 4 lignes, parfois une ligne, ça dépendait de la durée des cris de la pythie —, et puis vous repartiez.

Vous dites, le manticien ou l’herméneute c’est l’interprète ! eh bien non ! vous repartiez avec un oracle et celui qui l’interprétait, c’était vous, par la conduite à laquelle donnait lieu votre "traduction" de l’énigme. Lorsque la pythie de Delphes lance à Crésus "Quand un mulet sera roi des Mèdes, ne rougis pas de fuir, ô Lydien, le long du fleuve Hermus" celui-ci crut son royaume indestructible ! Or Cyrus, son vainqueur, était fils d’une jument, une princesse mède, et d’un âne, un Perse de condition modeste.

Nous voyons ainsi que le manticien intervient dans l’inscription, il n’intervient pas dans l’interprétation fondamentalement, par rapport à l’objet, c’est-à-dire l’oracle. La production de l’oracle est le fait d’une triple coopération, celle de l’inspiration divine de la pythie, celle des cris et de l’écrit du manticien-scripteur, et enfin la force de devinement du manticien.

La fonction scribe est donc la composée de trois fonctions, un : fonctions scriptive, ou tessérique ou scribe proprement dit, deux : fonction pythique qui est proche du musement, trois : une fonction mantique, qui est celle du devinement, les trois collaborant à la production de l’inscription, c.-à-d. de l’interprétation possible. La fonction mantique est dans le geste de l’orthophoniste, qui devine vers où la pythie l’amène, elle soutient le poignet, elle assure la pression sur la feuille, certes cela implique la fonction scriptive, mais ce n’est pas tout, elle va obéir aux impulsions pythiques de musement du végétatif. Elle devine, ce qui est le point important, et cette fonction mantique est celle que nous pensons avoir auprès des personnes en éveil de coma quand nous travaillons avec elle, nous devinons les choses, et les ayant devinées nous les laissons interpréter.

On devine, on assure la fonction scribe, par la fonction scriptive et mantique, laissant la fonction pythique au blessé, et puis nous le mettons en position d’interpréter ses propres paroles. On voit que dans les éveils de coma, il y a comme une dissociation, la personne qui produit quelque chose ne sait pas ce qu’elle a produit : la reprise de conscience est justement le moment où ces choses vont pouvoir aller, la fin de l’extrême dissociation.

La « théorie » que je vous présente a comme seul mérite avoué celui de nous permettre d’observer ça, d’en rendre compte, de ne pas être en contradiction avec ce qu’on observe, et comme seule attente de nous permette d’observer des choses nouvelles.

La mère pythique va occuper les trois fonctions, c’est elle qui va dire, par exemple, au troisième mois, il a souri, là, elle fixe le sourire de l’enfant et elle est dans la fonction scriptive, et comme cette fonction ne peut pas être détachée des autres, c’est quand même la signification du sourire qui est là-dedans, ce n’est pas le sourire tout seul, pas le rictus. Fonction pythique, c’est l’être de la mère avec l’enfant, il y a là quelque chose de pythique, un mélange, une confusion presque corporelle. L’enfant au sein par exemple, bien porté, c’est d’une confusion totale, on ne sait plus qui est qui, on sait tout ce qui se passe dans le gamin, parce que le corps n’est pas totalement différencié. Troisième temps, la fonction mantique, c’est celle que j’appelle la mamanticienne, qui est, bien entendu, celle qui devine et qui, devinant, inscrit. Parce qu’elle devine, elle inscrit, on peut reprendre le sourire, elle devine quelque chose.

On peut alors considérer que l’absence de l’une de ces trois fonctions qui concourent à la fonction scribe empêche l’inscription. Mais étant des fonctions, elles peuvent donner lieu à des substitutions, si nous songeons aux personnes. Dans ce qu’on peut appeler l’invention de l’enfant, cette « invention » consiste d’abord dans ce phénomène de l’inscription.

Précisons encore ces fonctions, la pythie, elle-même, ce qu’elle produisait était sous l’inspiration d’Apollon, puisqu’elle était en contact direct avec lui. Certes la demande de l’oraculant fournissait l’occasion, mais le point de base était qu’elle recevait l’inspiration d’Apollon : elle était donc la manticienne et la scriptrice de celui qui était en position pythique à ce moment-là, Apollon. C’est un processus qui n’a pas de fin, ni d’un côté ni de l’autre. Une sorte d’objet fractal.

Nous décidons d’être à un certain niveau de lecture, comme avec les traumatisés crâniens pour qui nous pouvons très bien dire, là ils sont interprètes, dans la situation qui est à saisir, mais quand nous sommes dans l’analyse de la fonction scribe nous voyons que le blessé est plutôt du côté pythique et nous du côté manticien, scripteur et devineur : nous voyons bien que les places sont différentes suivant les endroits où l’on se situe et la finesse des fonctions qui permettent d’y accéder. Parfois c’est lui qui par son interprétation peut devenir le manticien pour nous. Il est évident que lorsque par exemple un blessé qui est à l’état végétatif se met à pleurer, en nous ça touche quelque chose qui fait qu’il a deviné en nous un sentiment d’émotion qui jusque-là n’avait pu s’extraire.

C’est un modèle que je vous propose, il est à prendre comme quelque chose qui est à articuler chaque fois dans les différentes positions, et voir ce qu’il peut nous permettre de produire. Qu’est-ce que ça nous permet de produire le fait de placer le blessé en position d’interprète, c’est de le respecter. Je ne sais pas ce qu’il pense et je persiste à ne pas savoir ce qu’il pense, donc c’est à lui de nous dire si ce que nous sommes en train de jacter tient le coup ou pas, et comme par ailleurs nous ne savons pas ce qu’il interprète de nos inscriptions, simplement, il nous dit que dans tout ce qu’on a raconté, il y a quelque chose qui a touché. On a dû toucher quelque chose, donc on a inscrit quelque chose. On a inscrit, ça lui a permis d’interpréter.

La position inverse, celle qui consisterait à interpréter le blessé est une position qui est terrible, on considère le bonhomme et l’on dit ce qu’il pense. Ça c’est épouvantable, on peut le mener à des horreurs. Parfois nous n’échappons pas au fait de ne pas être toujours dans cette position, parce que sinon, cela fait longtemps qu’ils auraient écrit, il a fallu cette orthophoniste poète, qui a la fraîcheur nécessaire pour faire ce qu’on appelle en analyse, une interprétation. Une interprétation en psychanalyse est mantique, elle n’est pas du côté de l’interprète, mais du manticien. Le patient repart avec son oracle, et c’est lui qui interprète, comme nous le savons, puisque l’interprétation est toujours après coup. Quand nous interprétons, nous ne savons pas que nous sommes en train de le faire. Nous pouvons dire que le manticien, évidemment c’est très réglé avec la pythie, c’est un peu bureaucratique tout ça, mais le manticien ne sait pas ce qu’il a interprété.
Les rapports entre le scribe et le museur doivent être des rapports de familiarité, on le sent, parce que sinon, nous ne voyons pas très bien comment nous pourrions inscrire le musement. La plupart du temps c’est la même personne, ces fonctions nous pouvons les distinguer, mais pas les séparer, on voit qu’il faut une certaine familiarité. Moins de familiarité est demandée à l’interprète, il n’en a pas besoin, le savoir, un certain savoir sur l’inscription et ses règles, peut suffire. Vous pouvez interpréter les hiéroglyphes, vous n’avez pas besoin pour ça d’être très familier avec la civilisation égyptienne, il vaut mieux, plus vous serez familier plus l’interprétation sera complète, il n’empêche que vous pouvez donner une interprétation tout à fait intéressante. Mais il a fallu à Champollion une réelle familiarité avec elle pour pouvoir les deviner. Le rapport scribe-museur et le rapport scribe-interprète ne nécessitent pas le même genre de familiarité, autant le museur et le scribe doivent l’être l’un avec l’autre, autant nous pouvons imaginer une distance plus importante entre le scribe et l’interprète, cela correspond à la distinction de William James entre « savoir sur » (knowledge about) et « savoir de familiarité » (knowledge by acquaintance).
On peut se poser la question suivante : est-ce que la pensée ne vient pas aux enfants parce que la mère tessérise le corps ? Autrement dit, la mère, qui la mère type, — Lacan parle de la mère symbolique. Parce qu’à ce moment-là, tout ce dont elle est porteuse en termes de types, elle en forge les tessères dans ou avec ou par le corps de l’enfant. Elle le tient d’une certaine façon dans les postures, elle l’accompagne dans le mouvement de son corps, elle l’initie à ses tessères. Tessères que l’enfant va dans un premier temps vivre dans son corps avant de pouvoir, d’une façon ou d’une autre, les lire. Et qu’est-ce que l’enfant qui lit les tessères de son corps ? Eh bien, c’est le museur. C’est un lecteur, un lecteur infatigable des tessères du corps. Mais il lit dans toutes les langues du monde, il ne se fixe pas à une langue, comme chacun de nous, — à part Salomon Resnik, bien entendu.

La tessérisation du corps est une opération qui se fait sous la houlette de la mère, de la mère symbolique, qui introduit l’enfant aux types. L’enfant, lui, muse sur, avec ou par son propre corps. C’est un peu ce que dit, précisément, Salomon Resnik à propos de ces personnes qui avaient les tessères dehors ; et son travail consiste à les faire rentrer petit à petit, à tessériser, à scripter ces corps vides. Eu égard à la parole, ils sont vides, puisque les tessères sont au-dehors et n’ont pas été accompagnées de manière à pouvoir avoir ce discours tessérique interne que nous lisons tout le temps, comme museurs.

Qu’en est-il maintenant de ce que, plus haut, nous avons appelé la feuille d’assertion ? C’est ce qu’il nous faut bien supposer pour recevoir l’inscription dans toutes ses dimensions. Il faut écrire des trucs, ou bien parler. Enfin, ce n’est sans doute pas aussi simple qu’une feuille de papier. Cette feuille d’assertion, il me semble qu’on peut en trouver l’ébauche chez Winnicott, dans ce doublet que fait Winnicott : l’espace transitionnel et l’espace potentiel. La feuille d’assertion serait du côté de l’espace transitionnel. Pensons à la mounaque ! La mounaque, dont Pierre Lafforgue disait : « ce type qui revient vingt ans après, un peu comme le patient de Freud, et qui dit : quand même, vous m’avez volé la mounaque ! » Avec la pataugeoire, Pierre Lafforgue créait une feuille d’assertion, ce qui est un vol de mounaque caractérisé, puisque c’est quelque chose qui vient à la place de la mounaque. C’est, en somme, la feuille de transactions avec l’autre. L’espace potentiel, lui, serait vraiment cet espace que Peirce appelle le lecteur d’esprit… le museur. Mais il faut voir que l’esprit, c’est mind en Anglais, qui a des connotations infiniment plus concrètes que l’esprit « français ».

Au fond, nous, il faut qu’on assure une feuille d’assertion pour qu’un scribe puisse inscrire les choses. Un musement continu qui ne s’inscrit jamais, c’est l’équivalent d’un état végétatif. Donc il faut pouvoir inscrire, mais pour pouvoir inscrire il faut une feuille d’assertion. Cette feuille d’assertion, c’est espace transitionnel, autrement dit c’est une opération de l’Autre, du corps-leib, et fondamentalement, comme opération de l’Autre, en lien avec le sujet. Mais le corps est bien plus complexe que la complexité anatomique, au point où dans l’autisme, le corps va même jusqu’au coin de la pièce, il peut être ailleurs, il est peut-être situé à quelques kilomètres de là, dans un endroit qu’on ignore.

Si la feuille d’assertion est un corps, alors elle peut être ce que rapporte Patrick Chemla, un corps à plusieurs. Mais le corps à plusieurs, c’est un corps, c’est ça qui est important. Elle peut être le corps d’une équipe, ça peut être un corps que, parfois, il faut découvrir, car le seul fait de savoir, de connaître la feuille d’assertion, peut être un renseignement magnifique sur l’état d’une personne. Tiens, la feuille d’assertion aujourd’hui, va jusque-là, mais elle ne permet pas d’asserter grand chose. On peut dire que quand elle est trop, peut-être, dispersée, elle ne peut plus inscrire. Imaginez qu’il y ait trop de trous dans une feuille d’assertion, vous pouvez écrire tous les discours dans les trous, eh bien c’est foutu, vous n’avez rien qui peut arriver.

Cette idée rend des services pour différentes équipes, mais aussi pour le psychanalyste : que les choses puissent s’inscrire. Qu’est-ce que c’est, le travail d’un psychanalyste ? Que les choses puissent s’inscrire.

L’interprétation, il ne sait pas la faire, c’est au bonhomme ou à la bonne femme de se la cogner l’interprétation, il se borne à permettre, à fournir un dispositif pour que ça puisse s’inscrire, à l’autre d’interpréter, on ne va pas se mêler à ce point de la vie des gens, hein, c’est leur vie !

La question est donc toujours : est-ce que ça s’est inscrit ? Est-ce qu’on a vraiment un dispositif qui permet de s’inscrire ? On a pu apprécier à sa pleine valeur ce que disait Eve-Marie Roth, parce que c’était ce qu’elle apportait, c’était sa préoccupation, et l’on voit bien l’effet soignant extraordinaire que ça a. Du seul fait d’avoir disposé une feuille d’assertion, immédiatement tout change, parce que précisément il se met à y avoir un libre jeu de ce corps. On pourrait reprendre l’hypothèse de Bernard Golse, qui dit : finalement, le bébé, c’est une institution.
Quel est le statut de l’écriture des blessés en phase végétative de l’éveil de coma ? Ces sortes mouvements, ces mélodies kinésiques, renvoient aux tessères corporelles dont je parlais. C’est-à-dire que l’on aurait là presque à cru, si je puis dire, quelque chose qui s’avère être une écriture qui serait plus archaïque que la parole. Bon, dans le déroulement temporel, il y a peu de doute, l’écriture arrive après la parole. Et pourtant, il faudrait arriver à cette conclusion : l’écriture est plus archaïque, au sens de plus intime, que la parole. Au lieu de penser l’écriture comme un moyen de communication, on pourrait la considérer comme un journal intime, celui du sujet dans son dialogue avec l’Autre. L’écriture est intime, quoiqu’un peu extime tout de même. Et l’on se rend compte qu’en fait il y a quelque chose, là, d’extrêmement profond, qui touche l’essence même de l’intimité du sujet, qui est, peut-être, du registre scriptural.

On parle beaucoup des enveloppes. Or qu’y a-t-il dans les enveloppes ? On le sait bien, des écrits. Surtout quand les enveloppes sont timbrées ! Car, quand les enveloppes ne sont pas timbrées, elles peuvent être vides. Quelle est la fonction de ces enveloppes ? C’est de receler des écrits cachés. Je n’aime pas trop le dualisme, même si parfois j’y tombe dedans comme tout le monde — j’essaye de me soigner comme je peux —, en particulier les contenants et les contenus. Je ne crois pas qu’il y ait des contenants et des contenus. Même le moi-peau. Je préfère les membranes à la peau. C’est quand même plus astucieux, les membranes, parce que ce sont des lieux d’échanges, beaucoup plus nets… Enfin si vous voulez, les enveloppes, peut-être ne faudrait-il pas les penser en termes de contenant, il faudrait peut-être les penser comme là où sont déposés les écrits secrets. C’est-à-dire les premières écritures fondamentales, c’est-à-dire au bout du compte, les tessères qu’on pourrait appeler des tessères primordiales, qui sont peut-être, ce que Jean Oury développe en parlant du narcissisme originaire.

Pour terminer, j’ai promis à Pierre Delion de parler de deux choses. D’abord du structuralisme. J’aurais deux critiques à faire qui sont destinées non pas aux structuralistes, parce qu’il paraît qu’il n’y en a plus, mais à éclairer ce dont j’ai parlé ici. La première est que les structures peuvent être vides. Certes, les lois renvoient à des lois qui renvoient à des lois, ce n’est pas faux, mais une loi n’est loi que si elle a des occurrences. Ainsi que le dit Gérard Deledalle, sans occurrence, une loi est vide, ce n’est rien, ça n’a aucun intérêt, c’est un pur rêve. C’est bien, les rêves, mais enfin quand même il faut savoir : quand on parle du rêve, on ne parle pas de la loi, ce n’est pas tout à fait pareil. La seconde est que ce sont parfois ces occurrences qui organisent les rapports entre les lois. Ainsi une position étroitement structuraliste (mais non pas structurale, ce n’est pas pareil) risque de manquer des articulations essentielles.

Enfin pour Jean Oury, une petite contribution aux ça va d’soi et ça va pas d’soi. Freud oppose dans « Pourquoi la guerre » puis dans « Actuelles… » les vrais pacifiés — les vrais-pacifiés c’est quoi ? Ce sont ceux qui ont réussi à faire un travail suffisant de liaison pulsionnelle pour que la pulsion de destruction ne parte pas tout à coup, comme ça, dans une erre invraisemblable —. aux faux-pacifiés, ceux qui ont tendance à repousser la pulsion de destruction pour des raisons inavouables, c’est-à-dire c’est parce qu’ils ont peur, en somme. La peur du gendarme. Quand même, dans les équipes, ça existe : il y a les vrais pacifiés, très peu —, Freud donne presque des pourcentages —, et puis il y a les faux pacifiés, nombreux, multiples, et qui sont toujours prêts à se déclarer, à tout moment. Alors, voilà un problème à poser à Jean Oury, c’est : est-ce que les ça-va-d’soi et les ça-va-pas-d’soi ont une ligne de partage qui rejoint les faux pacifiés et les vrais pacifiés ? Je vous remercie.

Congrès d’Angers, Décembre 2000

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4 Messages

  • Le corps sémiotique 6 janvier 2008 10:30

    Merci pour ce texte et bien d’autres
    amitiés

    Michel EXERTIER (Collectif des équipes de pédagogie institutionnelle Paris)

    • Le corps sémiotique 6 janvier 2008 12:39, par Michel Balat

      Merci ! Il est tellement rare que quelqu’un réagisse à mes trucs !
      Amitiés
      Michel Balat

      • Le corps sémiotique 12 septembre 2010 15:28, par Marie-Elisabeth Demaille

        C’est faux !!!

        Je crois qu’il s’agit d’OSER PRENDRE la parole...

        C’est la 2è fois que je "tombe" sur votre texte sur internet, que j’ai photocopié il y a un an .

        Cette fois, c’est le mot "tessère" qui m’y ramène , au moment où j’écris" rue des Teyssères" sur une enveloppe adressée à ma soeur.
        La relecture de votre texte me parle encore mieux aujourd’hui ; c’est comme une re-découverte. Et malgré sa date , il ne date pas ...

        Alors un grand merci pour cette mise en ligne de vos écrits, où je perçois nettement VOTRE STYLE auquel je résonne par le corps, d’autant que je suis danseuse professionnelle (classique et contemporaine), enseignante, en passe de devenir analyste.

        Je m’autorise ce jeu de mots à Lalacan :
        "Le corps s’est mis aux tics"... peut-être quand les tessères restent au-dehors du corps ?
        Cordialement.

        Groupe de lecture J. Y. Le Fur, B. Brémont, F. Raux-Filio à Nantes.

        • Le corps sémiotique 12 septembre 2010 17:08, par Michel Balat

          Ça vaut le coup de laisser traîner mes trucs sur le (prétendu) net.
          Chaleureusement, MB


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