Le sujet au risque des nouvelles organisations Congrès Croix Marine Caen lundi 30 septembre 2013 Restaurer le sujet dans l’homme Pierre Delion

mardi 1er octobre 2013, publié par Michel Balat


Le sujet au risque des nouvelles organisations

Congrès Croix Marine Caen lundi 30 septembre 2013

Restaurer le sujet dans l’homme

Pierre Delion

Venant à la rescousse de la parole prophétique de Tosquelles : « Sans la reconnaissance de la valeur humaine de la folie, c’est l’homme même qui disparaît », Henri Maldiney, avec la puissance qui le caractérise, déclarait lors d’une conférence que j’organisai avec Salomon Resnik à Angers en 1999 sur le thème « Penser l’homme et sa psychose » : « L’homme est de plus en plus absent de la psychiatrie, mais peu s’en aperçoivent parce que l’homme est de plus en plus absent de l’homme ». On ne saurait si bien dire ce qui est en passe de nous arriver et contre lequel nous devons lutter collectivement de toutes nos forces éthiques, intellectuelles et affectives pour en empêcher la survenue. Non pas dans une attitude romantique ou esthétisante, ce qui pourrait laisser penser à une position nostalgique voire dépressive, mais dans un mouvement de rassemblement de tous les éléments épars que seule l’Histoire de la psychiatrie éclaire de la réalité de ses errements délétères et des espoirs de ses révolutions inachevées. Car enfin, il faut le dire haut et fort, une certaine idée de la psychiatrie a prévalu pendant quelques décennies, qui a permis d’accomplir de profondes modifications de son exercice auprès des personnes concernées par cette pathologie si singulière. Et tout cela pourrait tout simplement disparaître ? Et de surcroît pour de mauvaises raisons ? Il en va de cette psychiatrie à visage humain comme de la démocratie : nous ne prenons conscience de son immense importance que lorsqu’elle en vient à risquer de disparaître, nous révélant à la fois son caractère précaire et la fragilité des équilibres qui l’ont installée dans l’Histoire de nos contrées et de nos vies quotidiennes, menacée à chaque instant d’en être chassée par le côté obscure de la force ... il n’est pas facile d’admettre que les avancées de l’homme ne peuvent jamais être considérées comme acquises une fois pour toute, et la correspondance entre Freud et Einstein est là pour nous rappeler avec une rigueur toujours aussi actuelle que les processus d’idéalisation, considérant la destructivité de l’homme comme amendable, sont nos pires ennemis sur le chemin de la civilisation de l’homme lui-même par les processus de Culture, seuls susceptibles de transformer la violence dans certaines circonstances. Ça n’est que lorsque l’on connaît bien ses limites qu’une évaluation des forces en présence est envisageable dans la réalité, sinon, les pièges de l’inflation imaginaire se referment sur les utopies avant même leur possibilisation. C’est en partie ce qui est arrivé à notre psychiatrie, que je qualifie de transférentielle, de ne pas l’avoir assez explicitée ou d’avoir trop négligé les attentes de psychiatrie sécuritaire qu’un socius contemporain, pétri d’un malaise entretenu par des démagogues à courte vue, et excité par des médias de plus en plus complaisants à force de simplifications, semblait préférer à toute humanisation de ses modes d’exercice. D’un certain point de vue, une guerre larvée contre l’humanité des pratiques relationnelles est déclarée, et la psychiatrie, avec la pédagogie, la justice et quelques autres grandes causes comparables, est en première ligne de ce combat. Une psychiatrie sans sujet serait une psychiatrie mortifère.
Avant d’explorer plus en profondeur les avatars de la psychiatrie d’aujourd’hui risquant de se refermer sur ses démons connus et inconnus, il me semble utile de parcourir l’histoire de ses évolutions et révolutions pour mieux percevoir d’où s’originent les lignes de force qui président à la restauration du sujet dans l’homme.

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