Le totalitarisme ordinaire ou De la structure de l’eugénisme dans les pratiques actuelles par David Fauvel

vendredi 3 février 2012, publié par Michel Balat


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On peut s’interroger parfois : qu’aurais-je fait dans la France de Vichy, pendant
l’occupation allemande ? Aurais-je compris ou bien voulu comprendre, à temps la nature des
évènements ? Aurais-je été témoin passif plus ou moins à l’abri ? Aurais-je cherché à ne pas
trop savoir pour ne pas trop m’engager, ni prendre de risque ? Les petites lâchetés ordinaires
peuvent nous conduire à des extrémités sans issue aucune... Nous avons entendu “plus jamais
cela”, seulement le devoir de mémoire peut-il nous exonérer du devoir de conscience... celui
de l’objection de conscience ?

Le danger nous guette plus que jamais, c’est un monstre aux aguets, toujours prêt à
dévorer sa proie... Il est d’autant plus redoutable qu’il se terre, insidieux, disséminé, larvé et
que nous en sommes tous les porteurs – au mieux les porteurs sains, les passeurs passifs, au
pire les porteurs agissants. La bête immonde a autant de visages que nous sommes, et autant
de masques que possible. Son lit demeure, quelle que soit l’époque, la haine de l’autre, cette
haine de tous les jours, presque banale, si effroyablement banale.

Il s’agit ici du totalitarisme. Chaque matin est un matin brun en puissance (1)... Les
racines du totalitarisme sont d’autant plus profondes qu’elles s’insinuent en de toutes petites
choses, des choses qui peuvent paraître marginales, locales, anodines pour beaucoup... Il est si
facile d’entrer dans la norme, de se fondre dans la servitude volontaireα, celle que R. Gori
dénonce, et de se croire à l’abri, du bon côté.

Être juif, Tzigane, homosexuel, handicapé, communiste, malade ou déficient sous le
troisième Reich suffisait à perdre le droit à l’existence et à toute dignité humaine. Aujourd’hui
en ce début 2012, être psychanalyste suffit à déchaîner cette haine de l’autre qui en passe par
des arrêts visant à écarter toute pensée psychanalytique du champ de l’autisme... et qui
aboutit à la proposition de Loi de M le député Daniel Fasquelle, nous y reviendrons.

C’est toutes proportions gardées et en pesant bien nos mots que nous pouvons dire que
les violences faites à Pierre Delion – chef de service au CHRU de Lille –, David Cohen – chef
de service à l’Hôpital de la Salpêtrière – et à leurs équipes, sont de cette même nature
totalitaire. Sommaires et dénaturantes, ses violences servent une cause qui va bien au-delà de
la pratique du packing ou de la question de l’autisme... une association de familles de
personnes autistes, Vaincre l’autisme, a déposé une plainte – la justice n’y ayant pas donné suite
– auprès du conseil de l’ordre des médecins ; les membres de Vaincre l’autisme ont lancé des
appels à manifester devant le Conseil de l’Ordre, au jour des comparutions de P. Delion et D.
Cohen, s’agissant de mises en cause personnelles, ces mots d’ordre s’entendent comme appels
à la vindicte... ils ne trompent guère sur la nature haineuse de ce combat.

(…)

20 Messages

  • Bravo ! Je pense que ce texte répond à beaucoup de critiques contre la psychanalyse, mais surtout vous vous attaquez à une manière de penser stérile et stérilisante. Elle a beaucoup de succès. Toujours, cette pulsion de mort qui vise à détruire les liens psychiques. C’est la grande force des adversaires les plus fanatiques de la psychanalyse. C’est redoutable. Ils tuent toutes formes de pensées mettant en doute leurs certitudes provenant de leur appareil mental. C’est un gain de temps formidable. Ça me fait vraiment peur. Cette attaque frontale est très courageuse de votre part. Elle vous a demandé beaucoup d’heures de travail et d’énergie... sans doute. C’est le prix à payer pour combattre la bêtise. L’homme aura toujours tendance à nier la présence de son inconscient. C’est la nature même de ce dernier. A vous lire

    • Ne pas se taire... je ne sais pas si cette “attaque frontale”, ou plutôt cette résistance frontale est courageuse, mais elle vient d’une révolte face à l’inacceptable... Au bout du compte, les enfants autistes, les patients seront les victimes. Il nous faut défendre la pluralité des réponses de soins si nous voulons préserver la singularité des êtres, leur diversité.

      Serons-nous assez nombreux, assez forts face au "rouleau compresseur” déjà à l’œuvre ? Il ne s’agit pas que d’une question isolée de “technique”, de méthode ou d’orientation dans le domaine du soin... c’est un indicateur de plus dans les tournants d’une société qui ne semble vouloir se référer qu’aux profits immédiats, aux résultats probants, au cynisme économique, à l’évaluation, à la catégorisation toujours plus pointilleuse... Voulons-nous une société de l’image et de la jouissance au détriment de l’humain ?
      Voilà pourquoi ne pas se taire.

      David Fauvel

    • "Toujours, cette pulsion de mort qui vise à détruire les liens psychiques. C’est la grande force des adversaires les plus fanatiques de la psychanalyse. C’est redoutable. Ils tuent toutes formes de pensées mettant en doute leurs certitudes provenant de leur appareil mental."
      oh là là !!! Ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est pourquoi selon vous une forme de pensée qui n’adhère pas aux théories psychanalytiques devient une pulsion de mort...
      "C’est le prix à payer pour combattre la bêtise. L’homme aura toujours tendance à nier la présence de son inconscient. C’est la nature même de ce dernier."
      Franchement, vous êtes heureux de lire cela ? : "Les autres ne comprennent pas donc ils sont bêtes ?" "nous, nous savons". L’obscurantisme est arrivé bien avant l’eugénisme...
      Je suis consternée. La psychanalyse oriente mon travail au quotidien, je suis médiatrice familiale, je pensais que les parents exagéraient, pris dans leur désespoir, à la recherche de coupables et je suis venue me faire mon idée - celle que je me fais de la psychanalyse n’est pas cette idée là d’une suprématie de celui-qui-sait ! Je suis consternée par le lien qui est fait, peut être suis-je trop simpliste dans mon approche mais j’ai eu à travailler avec 2 familles aux prises avec l’autisme d’un enfant et leurs questionnements ne jouent pas sur l’eugénisme. J’espérai trouver ici d’autres réponses pour les aider "à faire avec ensemble" !

      • Je me permets de vous répondre et de préciser ma pensée. Vous avez généralisé mes propos en omettant tout le contexte de la situation. Vous pensez que je m’attaque et rejette les personnes qui rejettent les concepts d’inconscient et de pulsion de mort.
        Ma réponse virulente s’attaquait à la proposition de loi qui vise à interdire les pratiques d’inspiration psychanalytique dans les institutions de soin. Il faut bien préciser les différents contextes.
        Du point de vue théorique, l’inconscient est de nature secrète. Il détermine les comportements humains et provoquent des conduites aberrantes qui font parfois souffrir. Tout ce travail psychique se fait de manière cachée. Il faut donc faire un travail sur soi, cela se fait à deux, pour percevoir et rendre visibles la présence de l’inconscient dans son existence. Or, les pulsions de mort font un travail de sape pour empêcher cette prise de conscience. L’analyste est donc une personne qui aide l’Autre à s’émanciper et à construire sa pensée, pour assumer sa vie, ses choix, ses désirs.
        Du point de vue éthique, la psychanalyse n’interdit aucune opinion, aucune pratique religieuse et aucune orientation sexuelle.
        Du point de vue politique, un député a proposé une loi visant interdire la psychanalyse. Le texte de David Fauvel souligne bien la présence des pulsions de mort dans cette proposition de loi. Il rappelle bien que la psychanalyse ne s’exerce pas dans les pays d’inspiration totalitaire. La psychanalyse en Argentine a énormément souffert de la dictature en place. En plus, les associations de famille les plus radicales demandent l’interdiction pure et simple de la pratique de la psychanalyse dans la prise en charge de l’autisme, font des procès, saisissent le conseil de l’ordre, crée des amalgames entre la pratique du packing et la psychanalyse, montent toute une propagande, véritable machine de guerre contre la psychanalyse. Ceci devient franchement insoutenable et me met en colère. Ces personnes ne veulent pas dialoguer, négocier, mais interdire.
        D’un point de vue personnel, j’ai fait une thèse sur la littérature et la psychanalyse en travaillant sur Zola et travaille comme éducateur dans un établissement scolaire. Dans mes recherches, j’ai toujours rencontré des psychanalystes de toute obédience, des chercheurs travaillant sur les théories cognitives, sur la psycholinguistiques, sur les neurosciences, des instituteurs travaillant dans des I.M.E. avec des autistes, je n’ai jamais rejeté personne. Dans ma pratique éducative, je n’analyse jamais les enfants, je me l’interdis, je travaille avec les services sociaux et les soigneurs, les pédagogues et les familles. Je me fiche de savoir quelles sont leurs opinions. Je travaille en équipe. C’est crucial pour moi. Quand j’ai des gamins qui sont suicidaires, violents, nous faisons corps pour les aider. Je ne m’amuse pas à disserter sur la grandeur et les vertus de la psychanalyse.
        Par contre, quand je vois l’émergence de conflits institutionnels qui visent à l’éradication pure et simple de la psychanalyse, je résiste, en tant que citoyen, je me tiens debout et je dis non !

  • OUI ! Bravo pour ce texte. C’est bien de totalitarisme qu’il s’agit.

    • J’ai longtemps admiré le bel esprit et la capacité à jongler avec les mots et les concepts des amateurs de psychanalyse. Puis un jour j’ai eu un enfant autiste. L’offre de soin, dans ma région, la Vendée est purement psychanalytique. On a vraiment tout eu. Du regard compatissant aux questions sur nos propres rapports avec notre enfance, et comment avait la mère avait elle vécu sa grossesse .... Mais pas une fois il nous a semblé que les gens que nous avions en face de nous avait eu vent des avancées scientifiques faîtes depuis la découverte des IRM... Pas une fois il leur a semblé intéressant de voir que notre second enfant allait très bien et se développait normalement. Comment des personnes "si cultivées et intelligentes" peuvent elles à ce point nier le progrès ?

      Cette position de victime que prennent les psychanalystes me fait, pour ma part, plutôt penser à celle que prend le front national.

      Ou est ce parce que 60% des hospitalisations longue durées en hôpitaux psy le sont pour des adultes autistes ? Le cheptel serait il en danger ? N’est ce pas au final qu’une question de gros sous comme souvent ?

      Merci de lâchez nos enfants ! Occupez vous de ceux qui volontairement et en conscience veulent venir dans vos cabinets ! Je suis bien certain que pour eux la psychanalyse peut avoir un intérêt. MAIS LÀ C’EST TROP IL N’Y A PAS MOYEN D’AVOIR DANS TOUT MON DÉPARTEMENT AUTRE CHOSE QUE L’APPROCHE PSY ! OU EST LE LIBRE CHOIX DU PATIENT ?

      • je ne sais pas au juste ce que vous rencontrez en Vendée, et mon propos n’a jamais été de dire que le "tout-psy" était La solution ; en matière d’autisme, en matière d’humain nulle panacée, nul élixir ne saurait être l’issue définitive... Il me semble que nous dénonçons la même dérive, bien évidemment pas du même point de vue...

        Je tiens par ailleurs à dire que l’amalgame “psy” ne correspond à pas grand chose dans la réalité des institutions (celles que j’ai pu approcher en tant que psychologue clinicien). Qu’est-ce que la psychanalyse ? Certaines institutions, certains professionnels, s’inscrivent dans une orientation, une inspiration, dans un vague horizon psychanalytique... ce n’est pas la psychanalyse, son éthique et son essentielle raison... Ce que je veux dire c’est que la psychanalyse ne s’applique pas, comme une méthode, une procédure qui en passerait par des questions "bien“ psy – rapport à votre enfance, grossesse, désirs et j’en passe... Indignez-vous, dénoncez ce que vous avez à dénoncer en tant que parents, mais s’il vous plait, faites-le avec discernement et justesse...

        La psychanalyse est affaire de rencontre, humaine, elle répond à une nécessité de travail et donc avant tout à une demande de travail... Je m’arrêterai là, parce qu’il n’est pas mon propos de vous convaincre ou de justifier quoi que ce soit.

        David Fauvel

  • Je ne peux qu’abonder sur le sens profond de cet article venant, entre autre, éclairer et alerter sur les dangers d’une telle loi :celle,enregistrée à la présidence de l’Assemblée Nationale le 24 janvier 2012 et proposée par le député Fasquelles, celle, visant l’arrêt des pratiques psychanalytiques dans l’accompagnement des personnes autistes, la généralisation des méthodes éducatives et comportementales et la réaffectation de tous les financements existants à ces méthodes...sic.
    On ne peut que s’indigner face à ce que, non seulement une telle loi scélérate de la pensée puisse être proposée mais aussi exister. J’ose espérer une réaction massive de tous les défenseurs de la démocratie et en particulier celle du monde psychanalytique et psychiatrique.
    Merci à ce site d’exister et de faire exister la liberté de pensée.
    Une indignée !
    Françoise

  • Rappelez-vous le Meilleur des Mondes, d’Huxley, en 1931.

    ( Les bébés curieux des livres et des fleurs viennent de recevoir des décharges électriques en rampant vers eux )

    « - Offrez-leur encore une fois les fleurs et les livres.
    Les infirmières obéirent ; mais à l’approche des roses, à la simple vue des images colorées (…) les enfants se reculèrent avec horreur ; leurs hurlements s’accrurent soudain en intensité.
    - Observez, dit triomphalement le Directeur, observez.
    Les livres et les bruits intenses, les fleurs et les secousses électriques, déjà, dans l’esprit de l’enfant, ces couples étaient liés de façon compromettante ; et, au bout de deux cents répétitions de la même leçon ou d’une autre semblable, ils seraient liés indissolublement. Ce que l’homme a uni, la nature est impuissante à le séparer.
    - Ils grandiront avec ce que les psychologues appelaient une haine « instinctive » des livres et des fleurs. Des réflexes inaltérablement conditionnés. Ils seront à l’abri des livres et de la botanique pendant toute leur vie. »

  • Lettre ouverte a Michel Balat et a tous ses amis 4 février 2012 18:41, par Père Castor

    Mr Balat, puisque vous avez la censure facile en ce moment, ce qui a mon sens dénote une conscience d’être a court d’arguments, je me contenterai de porter a votre connaissance cette lettre ouverte qui vous est destinée. Je n’en suis pas l’auteur, mais j’approuve sans réserve son contenu :

    http://oncomingstorm.site90.net/lettre_a_balat/lettreouverte.htm

    Vous allez une fois de plus censurer mon commentaire, mais cela m’est égal : ce texte est pour vous. J’ajouterai juste une chose : vous menez a présent un combat d’arrière garde que vous avez déjà perdu, et hélas vous n’êtes pas capables de perdre avec dignité.

    • Lettre ouverte a Michel Balat et a tous ses amis 4 février 2012 21:11, par Michel Balat

      J’essaye d’épargner aux lecteurs et contributeurs de ce forum des répétitions semblables à l’action du marteau-pilon dont vous dites à la fin de votre message le succès que vous en escomptez, j’espère prématurément. Je passe sur la "lettre ouverte" que je n’ai pas voulu publier, ce que chacun, la lisant, pourra comprendre.

      Vous m’avez répondu récemment que vous ne compreniez pas qu’on puisse soigner un enfant autiste, là vous parlez d’un combat à perdre ou gagner : tel est le fossé que vous avez creusé.

      Je pense n’avoir rien de plus à vous dire.

      Michel Balat

      • Lettre ouverte a Michel Balat et a tous ses amis 4 février 2012 21:47, par S. Wojciechowski

        Je viens de lire cette lettre ouverte et, très franchement, je ne comprends pas pourquoi vous ne voulez pas la publier. C’est un point de vue original qui, certes, est critique à votre égard mais pas insultant.

        Si vous étiez si ouvert et si constructif que vous paraissez le croire, vous la publieriez, tout en vous empressant de la démonter point par point. C’est tout à fait normal : c’est le principe même du débat démocratique et tel que je connais l’auteur (virtuellement), il se ferait un plaisir de vous répondre avec beaucoup d’intelligence.

        Enfin, je dis cela et en même temps, je n’ai rien dit : je reconnais volontiers que le propriétaire des lieux, c’est vous et que par conséquent, vous faites absolument ce que vous voulez.

        Tout ce que je peux observer, c’est que vous êtes en train de vous refermer comme une huître. Vous censurez de plus en plus et les billets que vous publiez sont de plus en plus radicaux, voire insultants (je goûte en effet particulièrement peu de me faire qualifier de pétainiste et ce d’autant plus que pour moi, se battre pour obtenir une prise en charge ABA en France, c’est justement faire passer la légitimité avant la légalité : tout le contraire de la logique de Vichy).

        A côté de cela, vos préoccupations théoriques semblent vous faire oublier la réalité du terrain : c’est bien triste.

  • Totalitarisme et Eugénisme... Le vocabulaire se veut radical et résistant dans la grande lignée de l’humanisme si cher à l’histoire de notre république.

    Pour moi, infirmier, le grand résistant, c’est André, autiste, qui est mort d’une appendicite compliquée sans avoir pu montrer qu’il avait mal parce que les "techniques éducatives intensives" se sont arrêtées aux frontières Espagnoles, Italiennes, et Belges.

    Qui tient la Douane ?

    Vous : une poignée de professionnels psychodynamiques à l’éthique irréprochable qui tient le pavé médiatique et mobilise l’ensemble d’une corporation irrespectueuse des droits fondamentaux des personnes que vous êtes persuadés de défendre.

    Mais personne n’est coupable. Surtout pas. Ne nous remettons jamais en question. Les mauvais professionnels, ce sont les "autres".
    Le Comité d’ Ethique dans ses avis de 1996 et de 2007 sur la situation des personnes avec autisme, c’est du vent.
    L’INSERM avec son expertises collectives concernant les psychothérapies, un pet de mouche scientiste.
    Et le Conseil de l’Europe qui condamne la France sur le non respect des droits éducatifs et sociaux ? Un coup monté.

    Pour moi, infirmier, les grandes résistantes, ce sont toutes ses mères qui élèvent seules leur(s) enfant(s) autiste(s) : le père est parti, ayant bien entendu la leçon de la psychose dysharmonique dictée par un pédopsychiatre qui appuie sur le trouble relationnel mère enfant prétendument originaire selon Lacan versus Lebovici, ou consécutif de l’autisme selon Laznik.

    Pour moi, le grand résistant c’est Paul, qui contrairement à André, a eu accès à un programme éducatif intensif avec des techniques de communications par échange d’images :
    1) une psychothérapie de 4 ans pendant la quelle le Médecin se contente d’interpréter ses "jeux de selles", puisqu’il lui semble que l’enfant prend "plaisir" à "l’étaler partout".
    2) un programme éducatif intensif que vous réprouvez, et 4 mois plus tard Paul apprend à utiliser ses mains...et à les essuyer. Et, manifestement, il n’aime pas plus son caca que vous ou moi.

    Pour moi, le grand résistant, c’est un petit garçon de 3 ans, autiste, qui n’a pas accès à la parole. Il est dans le bureau d’un Professeur de Pédopsychiatrie (mécontent du documentaire Le Mur) qui le voit faire rouler un petite voiture le long d’un siège et la rattrapper : il lui dit "tu vois Karim, la voiture qui tombe et que tu rattrapes, c’est comme tes parents qui te tiennent, ils ne te lâchent plus maintenant".

    Que fait le petit garçon en sortant ?
    Il tracte son père vers le tobogan de l’hôpital, son activité favorite qu’il mimait.

    Ce père c’est moi, c’est aussi vous :
    Nous attaquons les moulins à vents "scientistes", nous nous trompons de cible, nos formations sont obsolètes, et nos conceptions ne résistent pas aux évaluations.

    J’ai dit un gros mot ? Évaluation.
    Accepterions nous de nous faire soigner dans une spécialité médicale qui réduisent considérablement nos chances de nous en sortir ou d’améliorer tout simplement notre vie ?

    Levons le tabou ultime : ce que nous faisons depuis 40 ans, ce à quoi nous nous arqueboutons, ce que l’on nous enseigne dans la plus part des Universités... ça fonctionne ?

    Oui bien sûr, mais à l’unique condition que se soit nous qui évaluions nos pratiques, et surtout pas les usagers, surtout pas les statistiques, surtout pas les autorités sanitaires.

    Qu’ils se mêlent d’ailleurs de ce qui les regardes...

    La censure m’atteindra-elle comme elle a touchée le film Le Mur de la réalisatrice Sophie Robert ?

    Vous pouvez me brûler, je la rejoins volontiers en enfer.

    • Accordons-nous sur un point : la stérilité des dialogues de sourds...

      Très succinctement je reformulerai ici quelques axes de mon texte. Il est évident, à lire certaines réponses, qu’il n’est pas lu entièrement tel qu’il est écrit, que seuls certains propos en sont extraits pour leur valeur polémique, et donc qu’il est détourné de ce qu’il véhicule... Ce n’est pas grave en soi, et je sais que ce qui suit ne sera pas plus recevable, la surdité active, l’écoute partisane étant ce qu’elle est. Quand même :

      1- le danger actuel – pour les patients et leur famille – est le TOUT-comportementalisme et éducatif édicté par la proposition de Loi du député Fasquelle dans le champ de l’autisme.

      2- la psychanalyse ne saurait pas plus, être l’UNIQUE réponse à 600 000 situations de détresse (évaluation du nombre de personnes avec TSA en France). Sans doute seule la pluralité des réponses permet de respecter la singularité des êtres.

      3- un courant de pensée qui se doit d’éliminer, de faire interdire par décret une autre pensée, pour elle-même exister, est un courant totalitaire, il n’y a pas d’autre mot.

      DF

      • Je vous ai bien lu.

        N’ayant jamais constaté d’amélioration avec les approches psychodynamiques psychanalytiques, et vu la convergence des avis nationaux et internationaux pour ce constat qui ne peut être qualifié de pensée unique, je suis dans l’obligation de reconsidérer mes anciens repères et mes anciennes convictions :

        Oui, les repères psychanalytiques sont totalement substituables à des fins de thérapie de soutien aux parents ou a l’entourage.

        Oui, la psychanalyse est totalement inutile en matière d’autisme.

        Oui, le tout comportementalisme et cognitivisme se révèle utile dans les accompagnement en terme de réduction de souffrance et d’accès à l’autonomie.

        Oui, il existe des psychiatres à fuir chez les psychanalystes comme chez les comportementalistes cognitivistes.

        Par contre, sur le plan de l’éthique, quand je vois que sur ce site un professionnel qui faisait la promotion du Packing en emballant aussi la tête des patients trouve du soutien, j’ai des réserves.

        Ce qui achève ma consternation, c’est de voir que des collègues dis soignants continuent à suggérer que "l’association libre" puisse servir d’outil investigateur de la pensée de l’autre, qu’il soit atteint d’autisme ou non.

        20 ans d’introspection psychanalytique ne me donne pas pour autant de pouvoir magique susceptible de révéler la pensée d’une autre personne. De plus, les canaux d’interprétations prédéfinis par les auteurs qui nous ont formatés orientent nos associations "libres".

        Le mieux qui puisse arriver pour les personnes avec autisme, c’est que ma discipline préférée, la psychanalyse, soit déclarée comme un exercice illégal de la médecine dans le champ des Troubles Envahissants du Développement.

        Nous sommes bien en total désaccord.

    • DE GRÀCE, NE NOUS TROMPONS PAS DE DĒBAT !

      Car le débat s’égare ! Il est désolant de constater le glissement de celui-ci, vers ce que je nommerai « réviser ses rognes ». Concernant la loi Fasquelle, il s’agit de montrer les dérives totalitaristes, avec arguments à l’appui et en reprenant l’expérience du passé, pour alerter sur les conséquences dangereuses qu’une telle loi puisse être proposée à l’Assemblée Nationale en 2012. C’est-à-dire une loi visant à interdire purement et simplement une approche…ici… psychanalytique, auprès de l’enfant autiste.

      On ne pourrait que trembler, si une telle loi devait passer, face à un glissement possible,celui d’éradiquer la pratique psychanalytique à toute la pédopsychiatrie puis à toute la psychiatrie ! Le dérapage est facile : pourquoi cette approche serait-elle déclarée nocive uniquement pour les patients autistes ? Un pas de plus et elle pourrait être déclarée nocive et dangereuse pour tous les patients en psychiatrie !

      Je reviens sur cette tribune pour crier : ALERTE ! DANGER ! HONTE à ce qu’une telle loi ait pu trouver, en la personne du député Fasquelles, la possibilité d’être déposée au parlement français ! Certes nous sommes en démocratie et tout le monde peut s’exprimer dira-t-on ! Mais cette proposition de loi, dans son énoncé, vise à interdire l’expression, à censurer, faire disparaître, réduire au silence, annihiler une orientation clinique et une pratique psychanalytique, c’est-à-dire une pensée. Ce qui est l’envers même de la démocratie.
      D’ailleurs le Député Fasquelle n’en reste pas à sa proposition loi, il vient de déclarer sur son blog le 9 février 2012 :« Je demande aux présidents d’université de tourner le dos définitivement à l’approche psychanalytique dans l’enseignement et la recherche" (Cf."http://www.danielfasquelle.blogspot.com/2012/02/je-demande-aux-presidents-duniversite.html)

      Ces réponses de quelques-uns, venant témoigner de leur souffrance ressentie dans certains lieux, est sans doute bien réel mais ce n’est pas parce que l’on a souffert que l’on doit en retour faire souffrir,… là est la haine ! Il y a d’autres solutions ! L’acceptation de la complémentarité, de la pluralité et de la diversité des pensées ! En bref, pratiquer le respect de la différence !

      J’ajoute en P.S., la lettre ouverte, de Madame Edwige ANTIER, députée et pédiatre, adressée à son confrère le député Fasquelle. Espérons que le député Fasquelles recevra un accueil très controversé lorsqu’il osera sans complexe aucun, défendre sa loi au Parlement !

      Toujours une indignée !

      p.s. : Lettre ouverte à Daniel Fasquelle concernant la proposition de loi visant l’arrêt des pratiques psychanalytiques dans l’accompagnement des autistes par Edwige ANTIER, Pédiatre et Députée de Paris.

      Mon cher collègue, cher Daniel,
      Je ne doute pas de ta sincérité dans la démarche qui a animé ta proposition de loi « visant l’arrêt des pratiques psychanalytiques dans l’accompagnement des personnes autistes, la généralisation des méthodes éducatives et comportementales et la réaffectation de tous les financements existants à ces méthodes ».
      Dans le débat soulevé, je pense que tu te dois d’entendre l’information nécessaire sur la réaction des professionnels.
      Nous ne parlons plus « d’autistes », mais de patients atteints de « troubles du développement dans le spectre autistique » car ces troubles relèvent de pathologies multifactorielles et demandent des prises en charge au cas par cas. Laisser croire que les pratiques psychanalytiques sont utilisées au détriment des accompagnements comportementalistes des patients est un procès extrêmement dangereux faits aux pédopsychiatres des CHU, dont le Ministère de la santé a fait les chefs d’orchestre de la prise en charge de ces patients. Les parents d’enfants autistes sont dans une colère légitime car les querelles de chapelles ont déjà freiné le déploiement de toutes les compétences dont ils ont besoin. Je trouve très aggravant d’alimenter, par une proposition de loi, le procès d’intention fait à de grands médecins qui vouent leur vie à la recherche et au soulagement de ces souffrances. Tous les travaux et toutes les contributions sont intéressantes en ce début de siècle qui sera celui des grandes découvertes sur le fonctionnement du cerveau et de ses interactions très précoces avec le monde environnant. Le devoir de l’Etat est de donner les moyens à cette recherche tout en améliorant l’aide à ces familles, et en particulier la formation et le nombre des auxiliaires de vie scolaire.
      Notre gouvernement a fait de grands efforts, malgré les difficultés économiques actuelles, pour en augmenter le nombre, mais cela ne suffit pas. C’est dans ce sens que les parlementaires peuvent aider ces enfants, tout en laissant le Ministre de la santé en charge de veiller aux bonnes pratiques, et la Ministre de la cohésion sociale de l’accompagner. Notre collègue sénatrice, Valérie Létard, a livré un excellent rapport doté de propositions sur la question. Entrer au niveau parlementaire dans un débat de choix médical est nocif pour les patients et pour leurs familles, démobilisateur pour des Chefs de service hospitaliers en première ligne lorsque le médecin de ville ou le personnel de la crèche alerte la famille. S’immiscer dans le travail multidisciplinaire de l’équipe en charge à ce moment déjà angoissant, ne rend pas service à ces enfants.
      Bien à toi,
      Edwige Antier

  • Adresse aux contributeurs de ce forum.

    Vous pouvez lire, parce que je les publie, diverses contributions de personnes que, pour l’essentiel, je ne connais pas. Certaines ont le savoir-vivre de se présenter au lecteur, d’autres non, et je le regrette. Toutefois cela ne m’empêche pas généralement de publier leurs écrits. Il m’est arrivé de ne pas publier certains parce qu’ils ne donnaient pas leur mail, même si, parfois, ce qu’ils disaient m’était plutôt sympathique. Jusqu’ici plus de 1100 messages me sont parvenus dont plus de 900 sont à disposition du lecteur, soit près de 90%. La plupart des 10% restant sont, pour l’essentiel ces bêtes pénibles, quoique parfois amusantes, qu’on appelle des "spams". Une vingtaine ont été supprimés parce qu’à mon sens, ou bien elles étaient trop haineuses (et vous pouvez considérer la valeur de ce "trop" en lisant certains messages que j’ai quand même publiés !), ou par trop répétitives et le fait de personnes qui "occupent le terrain", peut-être en mission (mais je ne saurais l’affirmer), ou enfin ayant montré qu’ils ne connaissaient en rien le packing, objet actuel de leur haine, et encore moins, si c’est possible, la psychanalyse, discipline plurielle s’il en est, en constant réaménagement théorique.

    Bonne continuation !

    Michel Balat

    • Il me semble que la plupart des messages sont publiés. Et dans la mesure où le forum est modéré a priori, il n’y a pas de surprise. En tout cas, en ce qui me concerne, je m’y attends...

      La lettre ouverte publiée par Emmanuel sur son site me semble tout à fait pertinente. En effet, ce texte sur "le totalitarisme ordinaire", comme celui de Philippe Chavaroche, sort de la discussion sur la pratique en ce qui concerne l’autisme pour s’évader dans la discussion théorique sur la psychanalyse menacée par le totalitarisme. C’est confortable pour les convaincus, mais à côté de la plaque, à mon avis. C’est le point Godwin, comme l’écrivait Emmanuel : le recours abusif à la référence au nazisme, censé clore la discussion en disqualifiant le contradicteur.

      • La clôture de toute discussion est en effet à l’œuvre...

        d’une part en opposant la théorie (psychanalytique) à la pratique (en ce qui concerne l’autisme) comme si l’une nous éloignait de l’autre... Lorsque justement il ne saurait y avoir de “clinique” sans articulation dialectique de ces deux dimensions – théorique et pratique. Comme si l’on pouvait ne parler que de pratiques, de comportements, de faits et de résultats en se passant du sens et de l’éthique.

        D’autre part le recours au point Godwin est une façon assez élaborée d’exclure du débat toute perspective et compréhension des processus totalitaires dans les courants actuels. Puisque cette référence au totalitarisme, avec ce point Godwin, est posée d’entrée de jeu comme un échec de la discussion... C’est une sorte de muselage de la pensée qui permet d’éviter d’en répondre sur le fond.

        Enfin je dirais prenez la peine d’écouter Roland Gori, initiateur de l’appel des appels, il enrichit considérablement le débat en élargissant le champ de la réflexion... Points de vue sociologique, sociétale et politique, idéologique etc. viennent éclairer les tournants actuels.

        DF

        • David Fauvel,

          Il n’est n’est pas inconcevable qu’un praticien se réfère à la psychanalyse -> pour lui même, si il en ressent effectivement le besoin. Si effectivement son éthique personnelle a cette approche comme support...pourquoi pas. Il ne faut pas pour autant confondre éthique et idéologie

          Des praticien j’en ai rencontré beaucoup ces dernières années - dont des psychanalyses -, et ceux avec qui l’échange était impossible étaient au final fort bien minoritaires comparé à ceux avec qui j’ai pu échanger.

          Il faut bien s’entendre sur ce qu’on appelle effectivement pyschanalyse et sur ce que vous en faites.Une fois n’est pas coutume je vais presque citer "SF" :

          "La psychanalyse n’est pas la bonne à tout faire de la psychiatrie"

          J’ai dit presque parce que la phrase exacte dit en fait :

          "Le fait est que je n’ai jamais répudié mes vues et que je soutiens avec encore plus de force qu’auparavant, face à l’évidente tendance qu’ont les Américains à transformer la psychanalyse en bonne à tout faire de la psychiatrie."

          Lettre à Monsieur Schnier du 5 juillet 1938 in, "Ma vie et la psychanalyse" Gallimard, 1975 - Merci wikipedia.

          Je ne pense pas que la proposition de Loi Fasquelle vise la psychanalyse en tant que telle, mais plutôt l’utilisation de cette approche comme "prétexte" "enjoliveur" le fait est que des psychologues cliniciens utilisent encore la psychanalyse comme théorie explicative alors même des psychanalystes sérieux sont d’avis que la théorie est partie en vrille et restée dans un impasse. Une Loi se propose, mais rien n’interdit aux autre députés de proposer des amendements à cette loi.

          Si vous avez vu la réponse posté sur mon site vous avez pu lire les récits de certains parents que j’ai mis en évidence en vert, dans certains cas cela n’a pas qu’une allure de charlatanisme, le "psychologue" ne sait pas alors il préfère balancer une explication bien ringarde impliquant l’entourage de l’enfant.
          Comme je l’ai dit ailleurs :
          Quand un chirurgien vous fait une ligature digne du monstre de Frankenstein ou qu’il vous coupe une... jambe au lieu de l’appendice, on a une preuve manifeste et incontestable d’un dysfonctionnement.
          Dans un cabinet de psy ou dans un institut, c’est déjà moins évident.
          Si quelqu’un veut faire entendre sans ambiguité les discours qu’on lui a tenu dans un cabinet, il faut enregistrer ça sur son mp3. Qu’en est-il de la recevabilité de cette preuve devant un tribunal ? Qu’en est-il de la recevabilité d’un plainte portant sur un discours tels que celui décrit par ces témoignages ?

          Sur le principe on pourrait tous être contre la Loi Fasquelle, mais alors quelles options a t’on contre les méfaits de ceux qu’on présente comme une minorité de professionels ?

          L’Ordre des médecins ? L’ordre des médecins ne traite que les cas impliquant les médecins.

          Le patient, sa famille n’ont pas toujours le choix entre "rester ou changer de crêmerie".

          L’Ordre professionel des psychologues...y en a pas. Il y a bien une charte déontologique, mais qu’en fait-on ?

          L’action judiciaire ? j’imagine déjà le tableau, celui qui gagne en général est assez riche pour se payer les services de Maître Barême-Couletabielle.


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