Les marches du délire

vendredi 17 juin 2005, publié par Michel Balat


Le mot « marche », dérivé du francique « marka » signifie au XIe siècle : « pays frontière ». Mais le sens premier du germanique « marka » est « signe marquant une frontière ». Deux familles sémantiques sont donc issues de « mark » : l’une, directement dérivée du germanique, garde le sens de « signe », « empreinte » ; on la retrouve dans le français « marquer », « remarquer », et dans l’allemand « Mark » (« empreinte sur une pièce de métal ») qui, après avoir désigné un poids, est devenu le nom-même de la monnaie ; l’autre direction sémantique nous est parvenue à travers les formes latines « margo », « marginis » qui signifient « bord », « frontière », que l’on retrouve par exemple dans les termes français « marge » et « marginal ».
C’est pour cette polysémie que j’ai choisi le terme de « marches » du délire pour présenter ce dont je voudrais essayer de parler ici : le phénomène que l’on appelle classiquement « interprétation délirante ». J’ajouterai que si le verbe « marcher » - qui vient aussi de « marka » - n’implique en son sens premier aucune idée de mouvement (il signifie simplement : « laisser des empreintes sur le sol »), l’idée de dynamisme qu’il comporte aujourd’hui, cette idée « d’être en marche » ajoute encore à sa richesse sémantique et situe mieux encore le sens que je donne à l’interprétation délirante par rapport au phénomène du délire.
La sémiologie classique française définit l’interprétation délirante comme « inférence d’un percept exact à un concept erroné » (Dromard) ou « jugement faux sur une perception exacte » (H. Ey).
C’est une définition quelque peu embarrassante. D’une part, je ne sais pas trop comment se mesure « l’exactitude » d’une perception, par ailleurs il faudrait préciser ce que l’on entend par « jugement ».

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