Lettre de l’association Isadora

samedi 27 juin 2009, publié par Michel Balat


Le Centre psychothérapique Saint Martin de Vignogoul et l’association ISASORA 34570 Pignan

Cher Pierre

L’équipe de Saint Martin et les membres de l’association Isadora tiennent à te dire leur entière solidarité et leur total soutien face aux événements que tu traverses.

Ils ne peuvent que trouver profondément injustes les procès qui te sont faits. Tu as toujours été du côté de l’humanité dans le soin, du respect de l’intimité aussi bien psychique que corporelle des personnes que tu as en charge, du souci du travail en lien avec l’environnement familial et enfin de la nécessité d’un cadre institutionnel qui garantisse aussi bien les pratiques des soignants que la sécurité des soignés.

Tu as toujours fait l’effort de théoriser tes pratiques, notamment celles du packing, pour ne pas les laisser au niveau d’un empirisme clinique qui, de fait, pourrait les fragiliser : l’abondance de tes écrits en témoigne largement.
Enfin tu as toujours eu le souci de transmettre sachant que ce n’est que de cette manière que les pratiques soignantes peuvent s’appuyer les unes sur les autres et que les praticiens ont la possibilité de se confronter aux autres soignants engagés eux-mêmes dans la clinique.

Nous sommes solidaires, également, car nous savons tous que le procès qui t’est fait nous concerne tous. Nous n’oublions pas qu’il a commencé par la mise en cause de l’utilisation des théories psychanalytiques dans le soin psychopathologique au nom d’une soi-disant défense des familles que ces approches auraient accablées ou culpabilisées.

Nous savons bien, au contraire, que l’approche analytique permet une approche globale d’une souffrance psychique en tenant compte aussi bien des facteurs individuels liés à la pathologie d’un sujet, que de son environnement social, familial et institutionnel. Dans cette approche nous avons toujours le souci de ne pas tomber dans des clivages ou des cloisonnements manichéens entre le corps et l’esprit, le biologique et le psychique, l’être et ses manières d’être au monde.

L’expérience nous a appris, également, que le soin des personnes les plus profondément en souffrance psychique, ne peut que s’appuyer sur le contact et la rencontre corporels, les autres modes de relation plus évolués leur étant, en général, impossibles d’accès. Les équipes ont suffisamment d’éthique professionnelle pour savoir les pratiquer en tout respect des uns et des autres.

Nous ne pouvons que dénoncer les politiques de soin qui sont proposées en lieu et place de celles que tu proposes et défends. Le discours de la Secrétaire d’Etat chargée de la solidarité, Valérie Létard, à l’IME de la rue Falguière, sonne comme un nouveau discours d’Antony sur l’autisme. L’Etat devient soudain prescripteur de soin. C’est lui qui décide de ce qui est bon ou pas bon dans une approche thérapeutique. Il interdit, par la bouche de sa Secrétaire d’Etat, certaines approches, comme le packing, dans des établissements en décidant arbitrairement que « cette méthode n’a pas à être employée ». Il définit des protocoles et impose des évaluations. Qui plus est, il ordonne que « tout recours en dehors de ce cadre … peut légitimement donner lieu à un signalement, en vue d’une enquête de la DDASS, et même à un signalement judiciaire, en cas de soupçon de maltraitance ».

Quelle capacité thérapeutique peuvent garder un soignant ou une institution ainsi mis sous la tutelle de contrôleurs externes et sous la menace du juge ?

Pour toutes ces raisons, nous te disons, Pierre, notre plein soutien. Nous t’assurons de tout notre accompagnement amical. Nous nous permettons même de te dire notre fierté envers toi, ce que tu représentes et ce que tu défends.

Saint Martin, le 21 juin 2009

11 Messages

  • Lettre de l’association Isadora 27 juin 2009 20:24, par Jean29

    Nous sommes solidaires, également, car nous savons tous que le procès qui t’est fait nous concerne tous. Nous n’oublions pas qu’il a commencé par la mise en cause de l’utilisation des théories psychanalytiques dans le soin psychopathologique au nom d’une soi-disant défense des familles que ces approches auraient accablées ou culpabilisées.

    J’en reste sans voix. Qui peut contester que l’utilisation des théories psychanalytiques a accablé et culpabilisé les familles de personnes avec autisme - les mères plus exactement ? Il me semblait que le Pr Delion parlait justement de psychanalystes de salon, qui avaient besoin de reconversion.

    J’ai vu le Pr Golse présenter (en 2005 ou 2006) une vidéo de Serge Lebovici avec une mère d’un enfant avec autisme (syndrome de Rett je crois). Cela a jeté un tel froid dans la salle qu’il a indiqué qu’il n’avait pas revu la vidéo avant de venir, et que cela ne pourrait plus se passer comme cela.

    S. Lebovici, en effet, disait à la mère (à ses pieds, sur la moquette, alors qu’il trônait sur sa chaise) que l’hypotonie de son enfant était une preuve de son manque d’amour.

    Soutenir P. Delion avec ce type d’argument me semble être le coup de pied de l’âne !

    • Lettre de l’association Isadora 28 juin 2009 10:13, par Une du collectif

      On va recommencer alors... La psychanalyse d’un côté, qui culpabilise grave les parents et de l’autre le comportementalisme, qui traite les enfants comme des animaux !

      Avec cette organisation bipède de la réflexion, on va avancer ...

      Pourquoi cete rengaine de la psychanalyse qui culpabilise les parents. Comme professionnelle j’ai pltôt a connaitre d’un abord psychanalytique qui n’en finit pas d’excuser les parents... Au motif que déjà, eux-mêmes, dans leur enfance, ont eu des parents qui avaient souffert avant guerre de parents peu présents, etc, etc... Une dérive de la psychanalyse qui est très présente aussi.

      Depuis Leibovici d’autres sont venus... Vous même Jean 29, êtes vous toujours d’accord avec les positions de Jean 23, votre prédécesseur sur cette terre ? Non ? Bon alors, vous voyez !

      • Lettre de l’association Isadora 28 juin 2009 11:02, par K. Belano

        Vous résumez bien votre vision des choses.

        • Lettre de l’association Isadora 28 juin 2009 14:27, par Une du collectif

          merci bien !

          • Effectivement, je ne suis pas souvent d’accord avec jean 23, même si je l’étais de son vivant.

            Moi, je trouve cette lettre très binaire, puisqu’elle assimile défense du packing à défense de la psychanalyse, et défense de la psychanalyse à défense de sa pertinence pour l’autisme.

            Mon commentaire ne fait pas avancer le débat, certes.

            Trouver des excuses au parent, c’est en fin de compte culpabilisant. Car çà reporte sur le parent la responsabilité, par son comportement, de l’autisme de l’enfant. La première visite de médecine scolaire de ma fille s’est conclue par : "Madame, votre enfant ne va pas bien, il faut vous soigner". C’était compatissant, mais hors sujet.

            • Je vous disais que la psychanalyse pouvait AUSSI faire ça... Empêcher une discussion directe et simple avec les parents, au motif qu’ils ont un inconscient et qu’il faut y faire attention, etc...

              Et puis je vais vous dire, je ne crois pas du tout aux packs psychanalytiques !

              Ni a la psychanalyse pour expliquer l’autisme ou le soigner !

              Je fais des packs dans une équipe qui ne se réfère pas à la psychanalyse mais plutôt à une approche sensorimotrice ou phénoménologique... Vous voyez, c’est très divers et varié tout ça ! Faites nous donc confiance !
              Ella

              • Lettre de l’association Isadora 7 juillet 2009 23:47, par Jean29

                à propos, quel type de pack faîtes-vous ?

                Je ne vois pas pourquoi je vous ferais "confiance" (en tout cas, personnellement, la question ne se pose pas pour ma fille), mais par contre, je suis intéressé par votre opinion.

                Je ne pars pas du principe que les professionnels font a priori du n’importe quoi .. ni que PD est un tortionnaire.

                • Lettre de l’association Isadora 12 juillet 2009 10:22

                  Sans un minimum de confiance on n’avance pas du tout et on reste a l’idée que l’autiste est une machine qu’il faut instruire. Ce n’est pas notre point de vue.
                  Quel type de packs faisons nous ?
                  Basés sur l’approche phénoménologique qui interroge l’équivalence entre mouvement, corps et pensée. (Cf Gillis)
                  En même temps on pense a instruire et éduquer, mais ça c’est l’évidence même, c’est pas une "méthode"... Ella

          • Lettre de l’association Isadora 28 juin 2009 17:01, par K. Belano

            De rien, c’était du second degré. Je pointais ainsi la poutre qui me semble être dans votre œil.

  • Lettre de l’association Isadora 7 juillet 2009 23:52, par Jean29

    Nous n’oublions pas qu’il a commencé par la mise en cause de l’utilisation des théories psychanalytiques dans le soin psychopathologique au nom d’une soi-disant défense des familles que ces approches auraient accablées ou culpabilisées.

    Nous savons bien, au contraire, que l’approche analytique permet une approche globale d’une souffrance psychique en tenant compte aussi bien des facteurs individuels liés à la pathologie d’un sujet, que de son environnement social, familial et institutionnel.

    Oui, il y a souffrance psychique dans l’autisme .. et l’environnement instituionnel peut en être la cause (ou un puissant "renforçateur") dans "l’environnement familial".

    Lisez à ce sujet :
    L’autisme dans un service de pédopsychiatrie
    Les relations parents/professionnels

    Brigitte Chamak
    Revue "Ethnologie française" 2009 n°3 - Juillet 2009 - P.U.F. - 192 pages -

    Voir en ligne : L’autisme dans un service de pédopsychiatrie


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