Tours Dr Royer 2010

jeudi 17 juin 2010, publié par Michel Balat


PSYCHOTHERAPIE INSTITUTIONNELLE, UNE PSYCHOTHERAPIE DE CONTACT

La vie dans un service de psychiatrie à l’hôpital est faite de portes qui s’ouvrent, se ferment, s’ouvrent, se ferment, parfois tranquillement, parfois sèchement, parfois de façon accueillante, parfois de façon repoussante.

Une porte est particulièrement prise dans cette affaire, c’est la porte du bureau des infirmiers, bureau poste de manœuvre, havre de paix, lieu de connivence, forteresse assiégée, terrain d’accueil, champ clos des synthèses, réunions et autres joutes.
Et la porte d’être poussée jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, année après année, par des patients, des habitués souvent, chroniques comme on dit, psychotiques, autistes, retardés mentaux, abandonniques, quelques arrivés de plus fraîche date se joignant à l’affaire.

Cette poussée de porte est intempestive, répétitive, envahissante à en devenir parfois harcelante, au point de générer à un moment ou à un autre de l’agacement, du rejet chez l’infirmière la mieux disposée, intrusion de l’espace vital, intrusion dans l’espace mental, méconnaissant ce qui se déroule dans le bureau, le travail, les réflexions, échanges ou pauses en cours. Ça ouvre, ça entre quoi qu’on dise, quoi qu’il arrive. Pour dire quoi ? Pour demander quoi ? Pas grand-chose, des petites choses en apparence. Demander une cigarette, s’asseoir sans rien dire, énoncer une phrase pas très claire, signaler un soi disant incident, chercher un objet perdu, se plaindre, se réfugier, quêter une approbation, grappiller de la présence, entrer pour entrer. Et quand c’est fini, ça recommence.

C’est à la fois disparate, mais c’est permanent, exerçant une pression avec peu de répit, invariante, difficile à lire, à accueillir, tant c’est hétérogène, instantané, ne permettant pas d’avoir une stratégie établie individuelle ou collective de réponse, un temps soit peu structurée, partagée, efficace, avec un effet de dépourvu malgré l’aspect répétitif qui confine parfois à la stéréotypie.

Se montrer ouvert, disponible, accueillant à s’en faire phagocyter, se blinder, tout fermer à passer à côté de tout. Les tentatives d’organisation rationnelle de temps d’accueil spécifique sont mises à mal.

D’une manière plus expressive, mais sur le même mode intempestif, une patiente schizophrène, délirante, hospitalisée au long cours, il y a quelques jours, justement, entre dans le bureau infirmier, en s’imposant plus ou moins comme elle le fait d’habitude et énonce : « J’ai besoin d’avoir un contact froid pour avoir la tête plus froide. J’ai les mains chaudes » puis enchaîne, « J’aimerais qu’on me facilite le langage », puis continue sur des considérations hermétiques sur les coccinelles, les petites bêtes à Bon Dieu et les petites bêtes à diable.
Il est question de la qualité d’un contact, du contact comme un besoin, comme manger ou dormir, comme si l’existence en dépendait, en regard d’une difficulté à utiliser pleinement le langage et ses représentations symboliques.

Un autre patient, schizophrène, en consultation au CMP, aux propos toujours un peu tortueux, empreints de paralogisme, dit que maintenant il fait « la prière », référence faite à la religion musulmane. D’origine kabyle par son père, de culture chrétienne, il fréquente des musulmans, chez qui il prie selon le culte musulman, sans pour autant exprimer une volonté de réelle conversion. Il met en balance la prière mahométane et la prière chrétienne. Pour la prière mahométane : « C’est mieux que le signe de croix ». Il n’est pas tellement question de choix, de conviction religieuse, de foi, mais plutôt de dispositif psychomoteur, corporel, précisant ensuite que pour prier il est déchaussé, nu pied, qu’il sent le sol dur avec ses pieds, que c’est un bon contact, facteur d’on ne sait quel vécu positif, sentiment d’exister, voire de bien être.
Dans toutes ces affaires, il est question de contact, entre autre instantané, répétitif, irrépressible, avec les soignants et leur espace à la porte du bureau infirmer, vecteur d’une forme de possibilité d’exister par la sensation, le corps, la présence, en regard de la difficulté à exister par le langage et sa composante symbolique.

(…)

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