Travail du rêve, travail du deuil

vendredi 17 juin 2005, publié par Michel Balat


Lorsqu’on m’a demandé, il y a quelques mois, un titre pour ces journées, c’est celui-ci qui m’est venu à l’esprit. Et était clair pour moi d’emblée que, bien avant de savoir ce que j’allais pouvoir raconter sous ce titre, il s’agissait avant tout d’une démarche en négatif par rapport à ce mouvement actuel d’évaluation, de quantification, d’adéquation, de recensement du geste thérapeutique et de celui qui ne l’est pas...
Que A partage à La Borde la chambre de B, que C et D, maintenant sortis depuis 2 ans et se retrouvant habiter la même ville, décident de prendre un appartement ensemble, est-ce que ce sera « thérapeutique » ou au contraire nocif, régressif, voire pervers ? Ce type de question se pose à chaque instant. Et comment pourrions-nous y répondre ? D’autant que si je pense au couple que forment E et F, couple mixte celui-là, je dois bien dire que cet assemblage - où l’un était la béquille de l’autre - a fonctionné un an ou deux de façon très positive, facteur d’équilibre et de resocialisation, avant de devenir, comme c’est le cas actuellement, un système spéculaire ou chacun met son inertie sur le compte de celle de l’autre - ce qui annule toute tentative de prise en charge thérapeutique de l’un ou de l’autre.
On peut dire que travailler avec des psychotiques est l’une de ces professions « impossibles » dont parle Freud. Ce sont d’ailleurs plutôt des fonctions : « éduquer, gouverner, psychanalyser » ; tâches impossibles « parce que, dit-il, on peut y être sûr par avance de n’obtenir que des résultats insatisfaisants »1. Freud aborde d’ailleurs dans ce texte des problèmes qui sont, si l’on peut dire, notre pain quotidien, et en particulier, cette question - contenue dans le titre, dont ce n’est pas par hasard si sa traduction déchaîne les passions - cette question qu’en transposant un peu on pourrait formuler ainsi : Quand, et dans quelles conditions peut-on, sans trop de risque, cesser une prise en charge ? Étant bien entendu que rien ne peut garantir que la décision soit judicieuse.

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