A mes amis

Michel Balat

jeudi 11 février 2016, publié par Michel Balat


Mes chers amis,

la rue de mon enfance, celle où nous jouions aux billes (elle était en terre battue), au rugby et autres amusements, est devenue (mêmes maisons, mêmes trottoirs) ce que l’on appelle en jargon actuel une « pénétrante », avec feux rouges, passages « cloutés », etc. Nous connaissions, grâce à nos jeux, la moindre parcelle de cette rue : tout était mis en scène dans nos jeux, la moindre déclivité était notée et utilisée. Qui s’intéresse maintenant aux détails du sol où, en chacun, gisait le diable ? Les grands stratèges de la DDE et autres ont fait de cette singulière une « particulière » (donc appartenant à un « général »), cette rue-là est devenue « une » rue et peut ainsi rentrer dans des calculs « stratégiques ». Enfant, j’ai vu arriver le goudron et, sinon les plumes, plutôt les rouleaux compresseurs. Nous nous enivrions de l’odeur et des bruits, nous nous régalions du spectacle du rouleau écrasant le bitume. Je ne savais pas qu’à 8 ans, j’étais déjà en 2016 !!! 1984 est situé au milieu exact de cette (longue !) période.
Vincent Auriol et René Coty, puis de Gaulle, etc., chacun a continué ce long travail, ont déployé la généralité toute-puissante. (D’ailleurs même de Gaulle était général.) Aucun « chef d’État » n’y a manqué jusqu’à ce jour. Le capitalisme se nourrit et s’envole à tire-d’ailes (noires) grâce à cette extention minutieuse de ce qui, état général, peut se compter, se calculer.
Pas d’espoir.
Et, précisément, parce qu’il n’y a pas d’espoir, il peut se faire que certains continuent, dans le fatras des exigences générales, à chercher le diable. Un sourire, disait Jean Oury, ne s’évalue pas !
Pour ma part, et j’en finirai là avec mes conneries, je n’ai ni colère (quoique !), ni dégoût (quoique…), mais essentiellement du mépris.

Michel Balat

P.-S.

Une grande amie m’a fait passer le message suivant concernant ce texte, et je l’en remercie :

Touchée par ton texte … La chute sur le mépris me dérange, ce sentiment me fait peur… De l’âme jusqu’au goudron. le capitalisme ne fait pas de détails… Choisir d’y résister par actions microscopiques, précisément, et loin de s’y trouver inutiles.

Ce à quoi j’ai répondu ceci :

Le mépris est un sentiment qui fait juger une personne indigne d’égard, de considération et d’estime. C’est précisément ce qui me fait employer ce terme. La colère est trop aveugle et sourde, elle nous "emporte", mais il peut se faire qu’on y cède devant des injustices, par exemple. Le dégoût est une marque d’aversion, de répugnance qui est, à mon sens, trop instinctuelle, il y manque la distance qu’offre le mépris.


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