Canet, le 21 janvier 2008

mardi 14 avril 2015, publié par Michel Balat


Canet, le 21 janvier 2008

Pourquoi on est nul en maths ? La question de l’écriture… encore !

M. B. : Bon, nous sommes le 21 janvier 2008. On reprend. Oui, je disais donc qu’on va reprendre ce que j’avais dit la dernière fois parce que c’était peut-être un peu brouillon du fait que je n’arrivais pas à me concentrer à cause du mal de dents.
O. F. : Aujourd’hui c’est une date historique.
M. B. : Pardon ?
O. F. : Aujourd’hui c’est une date historique.
M. B. : Et pourquoi ?
O. F. : Décapitation de Louis XVI.
D. S. : Ça a un lien avec les dents.
G. P. : L’arrachage des dents.
O. F. : C’est la castration suprême là.
M. B. : Comme quoi quand même il y a… Est-ce que c’est anodin de dire ça ?
O. F. : Non, ben non, ça ne l’est pas !
M. B. : D’autant que j’ai un peu grossi ces derniers temps, Louis XVI n’est pas loin ! (rires).
G. P. : …
M. B. : Oui, entre mon dentiste et Louis XVI, il y a des choses qui circulent comme ça, c’est étrange. Bon, cela étant dit, tout cela étant posé, les vœux de mort étant exprimés (rires) je peux continuer. Je disais que la dernière fois, ça partait un peu dans tous les sens, ça n’allait pas, et on va reprendre un petit peu toutes ces choses-là. J’aurais dû commencer par dire que la place de l’écriture n’est pas si facile à saisir. À un moment donné, dans l’humanité, l’écriture surgit. Son importance, celle du surgissement, est telle qu’on fait commencer l’histoire avec elle. On sait que dans les peuples qui ne disposent pas de l’écriture, la transmission orale permet de faire subsister les choses sur trois générations, pas plus, autrement dit toutes les trois générations un « effacement » se produit. Bon, mais est-ce que c’est vraiment effacé ?
Public : …
M. B. : Oui, sur le plan mémoriel c’est effacé, sauf peut-être certains événements tout à fait considérables qui, eux, vont rester du fait de leur non inscription dans la parole. Parce qu’après tout il n’y a pas de raison pour que ça ne fonctionne pas pour les peuples comme pour les individus, c’est à dire que ce qui n’a pas pu être inscrit va rester, et va traverser les générations : c’est ce que j’ai coutume d’appeler le « a-générationnel ». Je vous cite toujours un cas, qui n’est pas celui d’un peuple mais d’une personne, — il faut pas non plus identifier l’un à l’autre, mais enfin bon, au moins par analogie —, celui de cette dame qui connaissait sept générations, c’est-à-dire que se transmettait de génération en génération la mémoire de sept générations, en commençant par une précise, c’est-à-dire que la génération d’avant connaissait six générations, celle d’avant cinq, etc., alors, ça, c’est un symptôme. Parce que, interrogez-vous… les arrière-grands-parents ça commence à devenir très flou. Peut-être vous avez quelque chose de plus ancestral, à propos de faits mémorables, mais généralement, les arrière-grands-parents constituent l’horizon de la mémoire familiale de tout un chacun.
Donc, il semble que l’arrivée de l’écriture permet d’instaurer une mémoire. On voit bien d’ailleurs que les légendes, qui se lisent, ne peuvent être instaurées qu’à partir d’une écriture ; avant ça, il y a peut-être des mythes, mais pas de légendes. Mais je laisse ça momentanément de côté. L’arrivée de l’écriture installe des choses tout à fait massives, extraordinairement importantes dans « l’histoire » de l’humanité. Il semble qu’on puisse fixer les écritures les plus anciennes entre le Nil, le Tigre et l’Euphrate, des régions qui ne sont guère éloignées les unes des autres. Quand on regarde la carte, eh bien, entre l’Irak, — la Mésopotamie — et l’Égypte, il n’y a pas loin.
Il ne suffit pas de faire ces remarques élémentaires, mais de se demander ce qu’elles révèlent après coup. L’idée que je propage est la suivante : l’écriture révèle à un moment donné quelque chose qui aura été présent, et mis en avant, « phénoménologisé » si je puis dire, par elle. C’est-à-dire que l’écriture révèle ce qui était jusque là caché, et qui n’a pu être produit que par la grâce de ce qui vient de surgir. Lorsque l’écriture arrive, c’est avec une certaine logique interne, une logique qui avait la possibilité d’être, et on peut la mettre comme ce qui était déjà là comme possible. Ça révèle un possible.
Alors est-ce que ceci est vrai de toute écriture ? C’est une question qui se pose. La dernière fois je vous faisais remarquer que, sans doute, l’élément qui devrait pouvoir nous permettre de dire qu’il y a une écriture au sens essentiel qu’on lui donne, c’est lorsqu’elle fonctionne comme un rébus. Par exemple, si je veux dire été je vois qu’il faut trois lettres. Pour autant il nous faut bien voir qu’au moins deux opérations subsistent dans un tel « mot », été. L’une pour laquelle, — et c’est le rébus proprement dit, — implique que les deux lettres en question, é et t, valent, respectivement pour les sons qu’elles indiquent conventionnellement — et en ce sens, ce sont des symboles, au sens de Peirce. Mais l’autre, c’est le pur arrangement par concaténation des deux lettres dont la seule raison d’être est leur distinctivité. Mais notons que cette distinctivité tient compte aussi des positions dans la chaîne concaténée : notez que les deux é ne se distinguent que par leur place. (Rébus, il y en a qui sont des latinistes là ? C’est dans la déclinaison de res, qui veut dire la chose, rebus veut dire les choses.) On sait que le A par exemple provient de la tête de bœuf, alors ça ça a un sens parce que a, aleph, ça doit vouloir dire bœuf, enfin il faut vérifier. Voyez, par exemple Ouaknin sur cette question. Le B est censé représenter la maison, beth, enfin je crois, etc. On passe à l’image, ce qu’on appelle les pictogrammes, qui représentent un son. Enfin je ne sais pas si on a raison d’appeler ça des pictogrammes…
Dans l’écriture égyptienne comme vous le savez sans doute, on a un mixte de ça, puisque tantôt il faut prendre certains hiéroglyphes comme représentant la chose, l’objet, tantôt il faut le comprendre pour le nom de l’objet, et à ce moment-là on parle du phénomène du rébus qui tient pour le nom d’un autre objet, — qui n’a rien à voir avec les objets qui le composent. Cette écriture-là est ainsi hybride, d’une certaine façon, mais dès qu’elle devient cursive, le caractère hybride disparaît, puisqu’il n’y a plus la possibilité du dessin, du pictogramme. Mais voyez à quel point est ambigüe l’histoire des pictogrammes : quand les scribes égyptiens lisaient leurs écrits ou quand ils les fabriquaient, ils utilisaient toujours des « pictogrammes », mais dont certains n’avaient pas la fonction de représenter une image, mais un son, celui du mot que l’image était censée présenter. L’écriture est de l’ordre phonématique, et fait oublier l’origine des lettres au profit des phonèmes que les lettres viennent nous présenter, la succession des phonèmes nous permettant d’accéder à un mot. Ce n’est pas très compliqué. Oui ?
J. M. : Est-ce que tu veux dire que le chinois n’est pas une écriture ?
M. B. : Je pensais justement au chinois, parce que ça ne fonctionne pas tout à fait de la même façon. Non, c’est très complexe, parce que quand on prend un signe chinois, il est déjà composé de traits distinctifs. Si parmi vous certains pouvaient s’y intéresser et en parler au cours de cette année, ça me ravirait l’âme. Je réserve pour le moment les réponses sur le chinois. L’écriture comme écriture vient révéler ce qui, d’une certaine façon, est là, présent, latent. La question du latent consiste à considérer que quelque chose est là, — je pense que le mot vient de latus, lateris, le côté, — ce qui est mis de côté.
Après l’écriture arrive presque en même temps toute la problématique de la numération. Pour pouvoir parler de numération authentique, il faut qu’elle puisse désigner n’importe quel nombre possible. Si on ne peut pas faire ça, on ne peut pas parler de numération. Je fais allusion ici à ce qu’on appelle les premiers systèmes de numération tels qu’on peut les observer dans des peuplades primitives (à la Lévy-Bruhl). Par exemple les papous du détroit de Torres, — évidemment vous allez me demander qui sont les papous du détroit de Torres ? Ce sont de des vieux copains, je les connais depuis longtemps, enfin je connais quelque chose d’eux. Le détroit de Torres, est entre la Nouvelle-Guinée et l’Australie. La Nouvelle-Guinée n’est pas loin d’être l’antipode de Canet-plage, c’est facile à retenir, bien que l’antipode de Canet soit un peu dans l’eau, mais enfin bon, ce n’est pas loin. Ils avaient une « numération » très intéressante. Ils comptaient avec le corps, avec les doigts ça allait, et puis le poignet, le coude, l’épaule, le menton, le nez, un œil, une oreille, l’autre oeil, l’autre oreille, et puis on va descendre de l’autre côté, etc., les genoux, les pieds, pas le sexe. J’avais fait tout un fromage là-dessus, sur le fait qu’il n’y avait pas le sexe. Mais j’ai souvent fait remarquer que ces papous-là ne comptaient pas. Ils énuméraient jusqu’à trente-trois. Il y a mieux ! Un type comme Bède le Vénérable avait fait une numération sur les mains, un truc inouï, on pouvait pratiquement compter, je crois, plus d’un million avec uniquement les mains, c’est très riche et distingué la main de Bède !
L. F.-C. : Comment tu l’écris ?
M. B. : B, è, d, e. On ne devrait appeler numération qu’un système logique de représentation de quelque nombre que ce soit. C’est là que je vous avais fait tout le laïus sur les numérations hybrides et les numérations de position ; je vous rappelle, la numération hybride c’est la numération comme la nôtre, orale. Quand on énonce des nombres, on le fait en numération hybride, mais quand on écrit, on écrit en numération de position. La numération hybride, on peut la qualifier de dualiste, fondamentalement ; la numération de position on peut la considérer comme triadique puisqu’elle impose la notion de position, précisément, et si elle impose cette notion, c’est qu’un chiffre, qui a une certaine valeur en lui-même, placé dans un succession de chiffre, a une valeur numérale qui dépend de la place qu’il occupe à l’intérieur de la succession. Si je prends 1515, par exemple, pour voir, vous avez deux 1 là, dont l’un vaut dix, et l’autre mille, et pourtant c’est le même 1.
Il faut faire rentrer un peu de clinique là-dedans parce que ça risque vite de nous étouffer tout ça. Pour qu’un enfant puisse accéder à la numération de position, encore faut-il qu’il ait un corps, et que son corps soit repéré dans l’espace ; s’il n’a pas ce corps repéré et identifié dans l’espace, il ne peut pas accéder à la notion de position, il pourrait accéder à la numération additive, sans problème et sans difficulté. Jeudi nous avons parlé d’un gosse qui avait le syndrome de l’autiste génial.
Public : D’Asperger.
M. B. : D’Asperger, voilà, il était génial, mais il n’était pas repéré, et il calculait tout le temps, mais il arrivait à faire des choses tout à fait extraordinaires. Je me suis toujours appuyé sur cette différence entre les deux types de numération pour dire que, à partir de la caractéristique de dualisme pour la première numération et triadicité pour la deuxième, dans la mesure où la première était dualiste, on ne peut pas atteindre ce qu’on peut atteindre avec la triadicité, c’est-à-dire que la triade ne peut jamais être qu’un objectif limite là-dedans. Ça a des conséquences très concrètes, j’en ai déjà parlé ici, mais enfin je le reprends aujourd’hui, c’est qu’on voit là un mode d’écriture, à savoir le mode d’écriture de la numération hybride qui correspond en gros, aux idéogrammes, ce qu’on appelle les idéogrammes ou pictogrammes ; la numération de position je la ferais correspondre à l’écriture « rébusienne », parce qu’avec elle vous n’avez que dix symboles, — on peut même n’en avoir que deux— , et avec dix symboles on peut représenter tous les nombres possibles, de même que dans l’écriture avec vingt six lettres je ne sais jamais combien il y a de lettres dans l’alphabet… Combien il y en a au juste ?
Public : Vingt-six.
M. B. : Ah, vingt-six ! et ces vingt-six lettres de l’alphabet permettent d’écrire tout ce qu’on veut. Dans la numération hybride même, il y a des raccourcis. Essayez d’écrire mille millions de trois cent quatre-vingt huit mille cinq cent quatre-vingt treize sabords, de l’écrire avec des chiffres romains, eh bien, vous n’êtes pas arrivés ! Certes, les Romains avaient mis des barres sur le M pour signifier la « montée » en base. C’était quasiment multiplicatif. Pourtant non, une numération multiplicative aurait consisté à écrire CM pour 100 000. Or CM signifie 900 ! Les Grecs avaient le même problème, même s’ils avaient une numération un peu plus canulée que les romains, mais elle était hybride, ça n’allait pas. Conclusion, si on veut pouvoir écrire n’importe quel nombre avec une numération hybride il faut constamment créer des symboles, pour éviter de se retrouver à écrire, par exemple, un million de M pour indiquer un milliard ! Ce n’est pas possible, ça dépasse les limites de la lecture. Dans notre numération parlée nous avons ce type de problème, dix mille, cent mille, un million, on raccourcit en donnant un nom, dix millions, cent millions, un milliard, nouveau raccourci. Mais après… Certes, il y a les pico, les nano, d’un côté, les tera, les méga, les giga, etc., de l’autre, dans le désordre, bien des termes servent à exprimer des nombres très grands, ou très petits, mais nous sommes face à ce que j’appelle une hémorragie symbolique. J’ai toujours pensé que ça avait un rapport avec les néologismes, c’est-à-dire que, quand on est confronté à cette difficulté amenée par la numération hybride — la création continue de nouveaux symboles — ou dans tout équivalent que nous pourrions lui trouver, le même problème se posera à nouveau. Et, bien entendu, cet équivalent sera à trouver dans certaines fonctions de l’écriture.
Nous l’avons montré pour la numération, puisqu’on sait qu’on parle numération hybride et donc on sait qu’on est limités dans nos expressions, on le sait, donc pas de problème. Est-ce que vous savez que les créateurs de la numération de position, enfin les vrais créateurs, c’est-à-dire ceux qui ont vraiment mis ça au point, vivaient au IVe siècle après Jésus Christ. C’est tardif, extraordinairement tardif, — c’était une époque où on ne pouvait pas dire zéro pour la naissance de Jésus Christ, parce que le zéro n’existait pas. À force de déconner je finis par me paumer ! Ce sont des gens qui l’ont inventé, ça ne s’est pas fait tout seul, un type s’est cassé la calebasse pour pouvoir arriver à trouver ça — comme l’écriture, c’est inventé par des gens, mais on ne connaît pas le nom du (ou des) bonhomme(s). En sanscrit, — je répète ce que j’ai lu —, ils énoncent les chiffres comme ils sont écrits dans la numération de position, par ex pour dire 123 ils disent 1, 2, 3 ou 3, 2, 1, je ne sais plus, mettons 3, 2, 1. Ça, c’est rationnel, c’est-à-dire qu’il y a un accord entre la langue, l’écrit, et le système de numération, c’est très intéressant. Alors que nous, francophones et autres, nous sommes en discordance dans l’expression orale avec l’expression écrite : quand vous lisez les chiffres dans la numération de position vous les lisez en hybride. À cette discordance vient s’ajouter la question des bases. Nous sommes habitués à penser en base 10, mais dans la numération orale interviennent des bases utilisées au cours de l’histoire. Par exemple, on peut repérer une ancienne base 60 dans la série rompue : …quarante, cinquante, soixante, soixante et dix ; le suivant, quatre-vingt, fait référence à une ancienne base 20 ; …quatorze, quinze, seize, dix-sept, laisse entendre au loin une ancienne base 6. La numération hybride orale est porteuse d’une histoire, celle de sa propre constitution et de ses avatars : elle déploie la richesse des créations humaines, celle des diverses bases. Jusqu’à la base 12 qui intervient dans un terme tel que « la grosse » : « une grosse d’œufs » signifiait il y a moins d’un siècle, 12 fois 12 œufs, soit ce qui succède à la « douzaine » comme base. Vous voyez là toute cette complexité autour de la numération, et encore est-ce plus simple que l’écriture.
C’est plus simple, mais vous ça vous tracasse un peu parce que vous êtes moins habitués, non ? Enfin j’en sais rien ! Mais peut-être parmi vous certains n’ont pas aimé les mathématiques ? Il y a longtemps, j’ai fait l’hypothèse que c’était lié au CP, et particulièrement au moment où il faut admettre que « 1 » et « 1 », ça peut faire onze et pas nécessairement deux, que « 1 » peut « valoir » aussi bien 1 que 10, alors que c’est le même signe exactement qui gît sur le tableau. Il m’a semblé constater que le non accès à cette duplicité du « 1 » allait empêcher de distinguer ce qu’il est convenu d’appeler les « situations additives » (Paul a 3 pommes et Jacques 2, combien y a-t-il de pommes ?) des « situations multiplicative » (3 personnes ont chacune 2 pommes, combien y a-t-il de pommes ?). Répondre « 5 » aux deux questions est l’indice de la difficulté.
Maintenant, — pour reprendre la question au niveau de l’écriture plus généralement — quand vous regardez un hiéroglyphe vous ne savez pas s’il faut le lire comme un objet, donc comme une icône, ou bien comme un son, c’est-à-dire un symbole à forte valeur indiciaire, — l’indice étant ici l’habitude d’associer un son, le mot énoncé, au signe en question, le symbole étant la convention sous-jacente « lire le son ». Nous rapprocherons cela de la situation précédente où le « 1 » est, soit une icône — comme le sont la plupart des signes mathématiques — au sens où le « trait vertical » image le « je compte 1 », soit un symbole, — lui aussi à composante indiciaire puisque le « 1 » est associé au « paquet » des dix traits verticaux de la base — puisqu’apparaît la convention de la position dans la concaténation, la mise en chaîne.
Dans la concaténation, deux successifs sont convenus différer de par leurs positions respectives et distinctes. D’ailleurs, l’enfant aura parfois des difficultés pour passer à l’écriture faute d’avoir saisi la question de la concaténation si lui-même ne se situe pas distinctivement. Il faut qu’il puisse se différencier des « autres » pour pouvoir saisir qu’une position différente peut amener à des significations différentes, que ce n’est pas la même chose pour lui s’il est dans la famille ou à l’école. Mais en même temps, si l’enfant n’a pas l’idée du « même », il ne pourra pas avoir l’idée de la répétabilité du signe, du représentement, qu’il est. Cela pose la question de l’homme-signe dont on a déjà parlé. Un représentement, pour être représentement, doit être répétable (question du « même »). Mais en contexte, il est chaque fois un autre représentement au sens où il engage une autre sémiose, d’autres interprétants. Ça ne veut pas dire, bien entendu, que c’est le contexte qui est interprétant, loin s’en faut. Pour saisir autrement cette question, pensez à l’histoire de l’imbécile qui, dit-on, regarde le doigt quand on lui indique quelque chose du contexte. Les interprétants, qui sont ce qu’on pourrait appeler la signification du représentement, ne seront pas les mêmes suivant les différents contextes. Donc on ne peut pas dire « un représentement » comme on parlerait d’une étoile dans le ciel des idées, avec toute sa cohorte d’interprétants, sa voie lactée.
F. C. : …une question, tu disais que la numération arrive au IVe siècle après Jésus-Christ, c’est-à-dire que tu fais une grande différence entre le comptage et la numération.
M. B. : Oui, mais je préfère à « compter » le terme d’« énumérer », par exemple les indigènes du détroit de Torres énuméraient.
F. C. : …et les première tablettes qu’on trouve, qui sont censées être des tablettes d’écriture, en fait c’est simplement un comptage des troupeaux qu’on enfermaient dans les billes.
M. B. : Il y avait les billes à l’intérieur, mais la plupart du temps il y avait un signe pour indiquer le nombre de billes, c’est-à-dire qu’il y avait non seulement un système pour indiquer le nombre de billes, mais un signe pour indiquer ce que ça comptait.
F. C. : …et là c’était pas un système symbolique déjà ?
M. B. : Oui, c’est déjà symbolique, à très forte composante indiciaire ! On pouvait aller voir et compter directement. Il est probable que, dès cette époque, il y ait eu un système de numération ; mais, pour être clair, « énumérer » ne signifie pas nécessairement refus du symbole. C’était une convention pour les papous que d’énumérer sur leur corps.
L’écriture surgit dans une dimension clairement interprétante, et je dis bien « dimension ». On a le sentiment que l’écriture est un signe en lui-même, un signe primaire, mais pas du tout : son surgissement en fait quelque chose d’interprétant. Par ailleurs vous pourriez dire, et vous auriez sans doute raison, que lorsque l’écriture se crée, elle devient typique. Mais si je voulais dire quelque chose par écrit à quelqu’un ici, je lui mettrais un mot et je lui ferais passer, et là, on ne pourrait pas dire que ce serait interprétant, mais un représentement. Ça ne doit pas nous troubler, évidemment, puisque tout interprétant est un représentement, enfin vous connaissez l’histoire, l’interprétant est un représentement du même objet que le représentement. Ça va ? d’accord ?
Mais dès qu’on met de l’écriture, alors à ce moment-là se pose une question et peut-être de manière beaucoup plus claire qu’elle ne se posait pour la parole, même si pour la parole elle se posait parce qu’après tout des fois il fallait gueuler. Démosthène était obligé de prendre des cailloux pour pouvoir apprendre à parler parce qu’il devait gueuler dans le forum, — c’est assez grand le forum, —vous imaginez les Athéniens, enfin ceux qui avaient le droit de se réunir dans le forum, eh bien, il n’y avait pas de porte voix à l’époque, et il fallait avoir des voix qui portent. D’où l’histoire de Démosthène avec ses cailloux dans la bouche, et courant sur les collines d’Athènes, ça va, c’est pas loin, mais enfin, courant tout en déclamant des trucs. Je sais pas comment il n’a jamais avalé ses cailloux ! je me suis toujours posé cette question, parce qu’on connaît bien l’histoire, mais vous imaginez, si vous mettez des cailloux dans la bouche, vous pouvez vous étouffer, non ? Tu l’as déjà fait ça ?
G. P. : Oui, il faut saliver quand tu cours…
M. B. : Ah, il faut saliver quand tu cours… Tu l’as fait donc tu as l’expérience, qu’est-ce qu’il faut faire ? Enfant, je me disais : mais Démosthène risque de crever !
G. P. : Non, quand on était gosses pour courir on utilisait un caillou.
M. B. : Un caillou ?
G. P. : Oui
M. B. : Mais lui il mettait beaucoup de cailloux
G. P. : Mais moi je croyais qu’il mettait des cailloux parce qu’il avait des défauts de prononciation.
M. B. : Oui, c’est ça, c’était pour corriger ses défauts de prononciation mais en même temps c’est pour apprendre à élocuter comme il faut. Toi tu dis que non.
G. P. : Non, tu peux courir avec un caillou dans la bouche.
Public : Nous, dans les spectacles on mettait de l’eau dans la bouche, on chantait avec, on parlait, on bougeait, on chantait, puis on jouait.
M. B. : Et l’eau restait…
Public : Eh bien, au début c’est… mais après on arrive à maîtriser, on arrive à chanter avec.
M. B. : C’est génial ça.
Public : Ça demande de l’entraînement.
M. B. : Ça demande de l’entraînement, bon, ça va, lui, côté entraînement il était pas gêné, je veux dire il faisait ça tout le temps, oui, puisqu’il était bègue, alors ça c’était un problème pour un orateur. Très bien, bon à savoir. Peut-être je dormirais un peu mieux cette nuit que les nuits habituelles.
Donc bien sûr il y a toutes ces questions de la folie qui est du niveau de la psuké pour parler comme les Grecs, ; la psuké c’est le souffle, souffle froid, qu’il faut bien différencier de la phusis ? la physique, quoi, psychique, physique, c’est la voix, ça fout le camp.
G. P. : Par rapport à ça, la voix qui fout le camp, la dernière fois, il y avait un enfant qui reprenait les comptines en avalant l’air, et il chantait en avalant, comme si les mots venaient et s’incorporaient…
M. B. : C’est fou ça, comment il faisait ?
G. P. : (borborygmes pour représenter l’enfant qui avale les mots) Comme si les mots…
M. B. : Oui, c’est extraordinaire ça
G. P. : On l’a tous fait, remarque
M. B. : Oui, on s’est amusé, c’est vrai.
G. P. : Mais quand tu le vois en face… il avalait les mots, il incorporait…
Public : C’est le coup des Inuits qui chantent…
M. B. : Ah, oui ?
Public : … dans la bouche de l’autre, enfin ils font des improvisations comme ça, c’est assez…
M. B. : Ah, dans la bouche de l’autre, je connaissais pas ça !
Public : Ils se servent de la résonnance de l’autre comme ça, une espèce d’improvisation…
M. B. : Eh oui, on doit pouvoir le faire puisque quand on s’amusait à taper sur les dents pour faire des variations, ou bien quand dans le truc de Françou là…
Public : La guimbarde.
M. B. : La guimbarde, oui. Donc il me semble qu’avec l’écriture on arrive devant quelque chose de nouveau c’est de pouvoir penser la matérialité, parce qu’on est dans la phusis, on n’est plus dans la psuké. Ça va ? On pense la matérialité, mais d’ailleurs à un point extraordinaire c’est que quand même je ne sais pas si vous vous êtes déjà demandé pourquoi ça s’appelait les hiéroglyphes, c’est quand même quelque chose ça : c’est une inscription pérenne, qui est d’une dimension sacrée, hiéros c’est le sacré ; alors là on peut dire que c’est une matière sacrée. La dimension matérielle du langage apparaît, — à mon sens, faut voir, il faudrait lire des trucs là-dessus, mais il me semble qu’on peut faire l’hypothèse, l’abduction —avec l’écriture. Ça doit avoir des conséquences absolument fabuleuses, en particulier des conséquences sur la parole.
G. P. : Sur le corps
M. B. : C’est ça, sur le corps, sur la parole donc sur le corps, puisqu’à ce moment là, la parole elle-même est en attente de matérialité, en appel de matérialité. Quelle est la dimension de matérialité de la parole ?
C’est là qu’arrive l’idée suivante : il y a un niveau de l’écriture typique, mais d’un autre côté il y a l’écriture singulière. « Fonction paternelle et autorité parentale », si je peux dire ça c’est parce que c’est écrit là, et quand je le lis, même sans le lire, quoique, je tiens à vous rappeler que jusqu’au XIXe siècle les lectures se faisaient toujours à haute voix, toute lecture était déclamée, bon, à voix basse, mais elle était toujours déclamée, et le grand progrès du XIXe siècle a été de perdre cette déclamation de l’écriture. Les enfants, on le voit bien, quand ils apprennent à lire, sont obligés de mettre ça dans leur bouche, — il y a un certain rapport entre les yeux et la bouche, c’est un truc qui implique la musculature, — mais en même temps on peut dire que c’est totalement singulier ce qu’il y a là, et vous reconnaissez ainsi notre vieille amie la tessère, — enfin je peux prononcer le mot ! Alors la tessère d’écriture, qui est peut-être la première idée de tessère, — c’est-à-dire s’il n’y avait pas l’écriture on pourrait pas penser la tessère.
F. C. : Pardon Michel, tu disais que la parole pouvait amener l’idée de la tessère ?
M. B. : Non, je disais à partir de ce qu’il y a là, je disais « Fonction paternelle et autorité parentale », voilà, c’est une tessère, eh bien, par ailleurs cette tessère est la tessère d’un type, évidemment, puisque le mot « fonction » existe ailleurs, enfin il n’est pas singulier, « paternelle » itou, etc. Enfin bon, on voit bien que là on est devant le jeu type/tessère tout à fait classique que nous connaissons bien, et arrive alors cette idée qui est sans doute le reste, si je puis dire, de la dimension matérielle de l’écriture, c’est le fait du surgissement de l’écriture comme interprétant, c’est le fait que la tessère interprète le type, la position de base. Quand on y songe, on se dit « Mais bon Dieu… mais c’est bien sûr ! c’est comme ça que ça marche ! » Quand on vous dit « ah ! il a interprété Mozart comme personne ! » Mozart, oui, bon, on n’est même pas sûr qu’il soit là où l’on dit qu’il est, je crois, non ? Vous qui savez ça. Oui… on ne sait pas parce qu’on l’a foutu dans la fosse commune.
Public : Il y a différentes versions.
M. B. : Oui, il y a sans doute des versions, en tout cas ce n’est pas tout à fait sûr, bon, déjà sur son corps c’est foutu ; déjà lui-même quand on lui demandait « Mais enfin monsieur Mozart, — je ne sais pas si on l’appelait divin Mozart déjà, enfin au moins monsieur, — cette symphonie que vous venez d’écrire ou ce concerto ou cet opéra, ce morceau que vous venez d’écrire, comment ça s’est passé pour vous, qu’est-ce que vous aviez dans la tête, et là il répondait, Mozart, — j’en ai fait un fromage il y a quelques années, je vous avais bassiné avec ça, mais bon, donc là je ne fais qu’une allusion pour rappeler de mauvais souvenirs à ceux qui ont été bassinés, —« Ah ! mais elle était toute entière là ! », et comme je le crois parce que ce type n’avait pas de raison de dire des bêtises, je pense qu’il y a là l’origine même de la symphonie entière. Son écriture n’était pas liée à des logiques discursives, mais c’est très important ça, je trouve fantastique qu’il ait pu dire des trucs pareils. Je ne sais pas si tous les musiciens sont à ce niveau-là, mais enfin ça c’est assez remarquable. Cet exemple mérite réflexion et il a été un moment crucial dans l’élaboration du « concept » de musement.
Ainsi l’interprète scriptural était l’interprète du type que Mozart avait « dans la tête ». D’ailleurs on voit bien que c’est un type ! Alors évidemment nous on va dire oui mais alors l’écriture c’est écrit. À une époque où je m’intéressais beaucoup aux chansons traditionnelles catalanes, je faisais des fouilles un peu partout. J’avais le droit d’aller à la bibliothèque de Perpignan, de rentrer dans des endroits où il n’y avait personne et de fouiller, particulièrement le legs de Carsalade Du Pont. C’était un type assez extraordinaire, un évêque. Là j’ai trouvé des partitions, entre autres, et je me souviens avoir été amené à consulter un des grands musicologues catalans de Barcelone, dont le nom évidemment m’échappe, donc je ne pourrai même pas lui rendre hommage, qui m’avait dit : « là il y a une faute », et, effectivement, quand on jouait le truc avec ce qu’il disait ça changeait tout, c’était équilibré. Ah, c’était fabuleux, cet homme l’avait vu tout de suite. Les transcripteurs faisaient parfois des conneries, comme nous quand on tape à la machine, on fait plein de fautes. Par ailleurs, il y a quelque chose que je pratique très souvent. J’ai, du catalan une connaissance purement orale, de la tradition familiale, des mots que j’entendais autour de moi, et Dieu sait si on parlait catalan chez moi, mais pas tout le temps, on parlait essentiellement français. Mais de temps en temps, surgissaient des expressions familières, des expressions toutes faites, dont je n’ai qu’une connaissance auditive. Puis, avec les années, elles se sont transformées avec la répétition et la mémoire qui fait son travail, les mots. Ce qui fait que parfois, quand j’énonce des expressions catalanes qui me viennent à des gens qui sont bien installés dans la langue, ils me disent : « mais c’est pas ça ! » Bien entendu, c’est eux qui ont raison. Il en est de même pour les chansons populaires, le scripteur a sa chanson, qui s’est transformée au contact de sa famille, etc. Rien de ce que je vous dis là n’est hors sujet, nous sommes dans le vif. Mais avec l’écriture, quelque chose se fixe, on donne une interprétation fixée du type qui était là. On voit bien qu’avec l’écriture quelque chose se fixe. Je ne dis pas que ça fixe la langue, loin s’en faut, il y avait une écriture de l’ancien français et Dieu sait si ça change. À ce propos, et par association d’idées, je vous recommande un livre, un roman absolument fabuleux, un roman de Pierre Pelot, qui s’appelle C’est ainsi que les hommes vivent , mais il faut avoir le temps, 1200 pages, un pavé comme ça, mais alors !
Public : de quel auteur ?
M. B. : Ah voilà la question qu’il ne fallait pas poser, déjà j’ai retenu le titre, bon, facile parce que « est-ce ainsi que les hommes vivent ? » C’est ainsi que les hommes vivent, il répond, mais il ne se pose pas la question. On y voit tout un tas de mots qu’il fait resurgir tout à coup du fond des âges et des provinces. J’y suis très sensible puisqu’avec le musement et tous ces machins-là, le représentement, je me suis amusé à faire ressortir justement des mots de l’ancien français. Je donne un exemple : « les parents avaient dû amourer leurs enfants faute de pouvoir les nourrir ». Amourer, fabuleux ce truc, il ne dit pas tuer, on ne peut pas tuer ses enfants, enfin bon, je vous laisse avec cette phrase. Trêve de variations sur le thème de l’interprétant.
On pose ici que l’écrit est un interprétant, un signe écrit cette fois-ci au sens de la scription. On peut distinguer scription et inscription, on peut dire qu’on inscrit un type mais on ne dit pas qu’on l’écrit, on fait l’inscription d’un type, mais on écrit une tessère : c’est une scription. C’est pour poser les choses dans un cadre logique repérable : scription côté interprétant, inscription côté scribe. Alors ce que j’appelle le scribe, évidemment, c’est celui qui inscrit. Et pour inscrire, il faut qu’il puisse écrire, et je vous rappelle que ce sont des choses latentes dans ce que je raconte depuis longtemps. Par exemple, quand je vous fais l’histoire de la pythie.
Je résume brièvement, la pythie, comment ça se passe ? Delphes, l’oraculant, — l’oraculant c’est celui qui vient demander l’oracle, je lui donne ce nom, c’est comme l’analysant, pour m’amuser un peu, bon —, l’oraculant arrive auprès des herméneutes, — les herméneutes c’est la bande de filous qu’il y avait autour de la pythie, enfin de prêtres — qui le reçoivent. Ils lui disaient « de quoi tu veux causer ? » Il le disait et, dans un premier temps, les herméneutes expliquaient comment il fallait poser la question à la pythie, où il fallait se disposer, les mots à choisir, etc., bon. Arrivait le jour J. Lors de la lourdisation de Delphes, c’était tous les jours, la pythie faisait son apparition tous les jours, mais à une époque plus ancienne elle faisait ça une fois par mois ou à peu près. Il y a eu encore avant la Sybille, le rocher de la Sybille à Delphes ! Voici donc l’oraculant, la pythie, la fumée, elle mâchait du laurier, enfin bon, tout ça, elle était sous acide, la pythie, il pose sa question herméneutisée à la pythie, et l’autre folle se met à éructer des borborygmes comme ça, — elle cause pas, elle éructe, mais l’oraculant était averti, sinon il aurait foutu le camp, en disant quelle conne ! Il recueille les éructations de la pythie, puis il se retire dans l’Adyton, ça s’appelle, et là il cause avec les herméneutes. Les herméneutes fabriquent un distique ou un court bout rimé, qui est ce qu’a dit la pythie. On voit bien qu’il faut une écriture des éructations de la pythie et qu’il faut… Soit dit en passant, on s’est aperçu très rapidement que les herméneutes payaient des gens qui devaient se promener dans Delphes, on les appelait les proxènes, c’est pas pour rien, et ce qui les caractérisait, c’est qu’ils avaient de longues oreilles, qu’ils laissaient traîner dans Delphes, et quand il y avait quelqu’un de nouveau qui arrivait, ils venaient discuter, dans les cafés, dans les bistrots de Delphes, pour voir un peu de quoi il était question, se faisaient une petite idée de ce qu’il faudrait répondre à ce brave couillon. Vous voyez que c’est un peu plus compliqué, c’est-à-dire que tout était déjà préparé, les types étaient joués. Mais maintenons ce qui a pu être avant la lourdisation une écriture pythique. Le couple pythie-herméneutes est un couple indissociable, c’est le couple de l’écriture. Aux herméneutes le type, à la pythie les tessères, l’écriture, c’est comme ça qu’on peut dire les choses, et du coup, l’interprète sera évidemment l’oraculant, puisque c’est lui qui va interpréter le distique, de façon parfois dramatique puisque de temps en temps il se trompait.
Hier je regardais un dvd que j’ai trouvé par miracle, ça faisait des années que j’avais envie de voir ce film, Œdipe-roi, de Pasolini. Je ne me souvenais pas à quel point c’était dépouillé cette histoire de Pasolini, c’est assez extraordinaire. Il y a au moins le passage par l’oracle d’Apollon, où on voit qu’Œdipe se fait avoir. Vous connaissez l’histoire… Il allait consulter l’oracle à Delphes, il était lui de Corinthe. Il part sur les routes, et arrive à l’oracle, qu’il consulte, il fait la queue, attend un bon moment, et va consulter la pythie, qui lui dit : tu vas tuer ton père et coucher avec ta mère. Lui, emmerdé comme pas deux, parce qu’il croit quand même ce qu’on lui dit, pense : « je ne peux plus retourner à Corinthe ». Il trace alors sa route au hasard, et finalement arrive à Thèbes, où il se passe ce que vous savez. Vous voyez l’interprétant, là, c’est très intéressant, la bonne femme disait « vrai » et puis les premiers interprétants de l’inscription pythique s’avéreront, certes, fautifs, mais en même temps, l’amèneront à réaliser la parole inscrite pour, finalement, se voir révéler l’interprétation « finale ».
Public : J’ai entendu un truc qui m’a interpellé là par rapport à la question de l’écriture là, une interview de Michel Serres, et il disait que lui pour rentrer dans dans l’écrit, il avait eu besoin au départ de le faire pour une personne, jusqu’à ce que la chose devienne plus générale, mais ce que ça avait été vraiment un élément fondamental de l’entrée dans l’écriture.
M. B. : Je crois que ce qu’il dit là n’est pas tout à fait généralisable, même si l’écriture s’adresse à quelqu’un d’un peu indistinct. Ça sert de vertèbre.
À suivre…


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