Et si Alzheimer(s) et autisme(s) avaient un lien ?

Pierre Delion

lundi 9 octobre 2017, publié par Michel Balat


Et si Alzheimer(s) et autisme(s) avaient un lien ? Enjeux et perspectives 7ème Colloque sur les âges de la vie. Paris, 6 octobre 2017. Conditions politiques et éthiques pour une clinique humaine

Pierre Delion

1. Parenté

En 1997, Michel Balat avait organisé avec François Cohadon, Edwige Richer, Jean Oury et moi, un colloque intitulé « Autismes et éveils de coma », dans lequel nous avions évoqué à partir de nos spécialités respectives, la neurologie et la psychiatrie, nos pratiques cliniques et thérapeutiques concernant l’autisme d’une part et l’éveil de coma d’autre part. A l’origine de cette idée, vécue par certains comme provocatrice, la difficulté du rapport des patients autistes et comateux avec le langage articulé dans une parole, et leur éclairage utile par la sémiotique peircienne.

2. Un modèle pour penser l’humanité des soins

Vingt ans après, cette idée revient grâce à Catherine Bergeret Amselek sous une autre forme, celle d’un lien entre la maladie d’Alzheimer et les syndromes autistiques. Certains vous diront qu’il s’agit là du mariage de la carpe et du lapin, que ces pathologies n’ont rien à voir ensemble et qu’il est vain de vouloir les rassembler pour en tirer quoi que ce soit. D’autres prétendront que l’idée est plus proche de la fable d’Esope revue par La Fontaine, le renard et la cigogne et sa célèbre morale : « trompeurs, c’est pour vous que j’écris, attendez vous à la pareille ». Le projet commun de dîner ensemble réunit les protagonistes, mais lorsqu’il faut se mettre à table, les incompatibilités des manières de table apparaissent clairement, et tour à tour, les protagonistes font l’expérience de la disette. Pour ma part, j’y vois le grand intérêt de rapprocher deux pathologies radicalement différentes mais pouvant devenir les modèles d’une déshumanisation de la médecine. En effet, entre 1997 et aujourd’hui, dans le domaine que je connais le moins mal, celui de l’autisme et plus généralement de la pédopsychiatrie, c’est bien le problème qui se pose avec une acuité de plus en plus grande : appliquer à la pédopsychiatrie les règles de la seule médecine scientifique sans plus accorder aucune importance à ses déterminants relationnels, supprimer la psychanalyse et la psychothérapie institutionnelle dans le champ de l’autisme, mettre de plus en plus d’enfants sous psychotropes, fonder l’approche de la pédagogie sur les seuls résultats des neurosciences. Et en ce qui concerne les personnes âgées, les informations entendues cet été à propos des cadences infernales dans les maisons de retraites ne sont pas là pour nous rassurer. Bref, ces deux maladies posent de façon éclatante le problème de l’humanité des soins. (.)

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