FONCTION POÉTIQUE ET VIE QUOTIDIENNE par Antoine Viader

jeudi 2 mars 2017, publié par Michel Balat


FONCTION POÉTIQUE ET VIE QUOTIDIENNE
par Antoine Viader

PRÉAMBULE

« Le Comte se promenait ce matin dans son parc en lisant le journal les mains croisées derrière son dos ... ». Les auteurs qui écrivaient des feuilletons comme par exemple Ponson du Terrail ou Eugène Sue devaient rendre leurs copies rapidement aux directeurs des journaux. Alors il arrivait que le lecteur tombe sur ce genre de phrase cocasse. C’est ce qui risque de m’arriver car il n’est pas toujours facile d’écrire et je préfère annoncer la couleur sans aucune prétention.
Il est plus facile pour écrire un texte d’avoir un prétexte. Par exemple quand on doit préparer une intervention dans un colloque où le thème est déjà affiché. Par ailleurs, dans ces cas, on est invité et on sait plus ou moins à qui on s’adresse. Ici, il y a aussi une adresse, une adresse à ceux que je connais et à ceux qui peuvent être sensibles à ce genre de texte et éventuellement à d’illustres inconnus. S’adresser aux autres est un mouvement naturel quand l’autre existe encore ce qui n’est pas toujours le cas dans certains lieux où règne une bureaucratie totale. L’autre que j’évoque ici ce n’est pas le grand autre ni le petit autre de Lacan mais plutôt autrui au sens de Lévinas. Le désir de s’adresser à l’autre et de confirmer qu’on est bien en contact correspond à une fonction du langage que Jakobson décrit comme la fonction phatique. Des siècles auparavant, Ramon Llull avait « découvert » lui, une pulsion particulière qu’il appelait en catalan « l’affat », et c’était la pulsion de s’adresser à l’autre.
Articuler ces deux « notions », fonction poétique et vie quotidienne me paraît à la fois nécessaire et difficile et avec le risque de tomber dans des banalités. En effet, si la fonction poétique a été explorée par divers auteurs dont, bien sûr, François Tosquelles avec son ouvrage : « Fonction poétique et psychothérapie », qui avait puisé cette fonction chez Roman Jakobson, et si Jean Oury avait parlé de la « logique poétique » à plusieurs reprises, le terme de vie quotidienne me semble plus difficile à définir. On sait que Jean Oury avait fait un séminaire sur ce thème en 1986-87 qui n’a pas été publié. Donc, je n’ai pas eu accès à ce séminaire à part la première séance. François Tosquelles, de son côté, ne s’est pas centré explicitement sur la vie quotidienne dans ses écrits alors que l’essentiel de son travail à Saint Alban et ailleurs portait sur les conditions de vie des malades hospitalisés ou non et même des soignants et des « bien portants ».
Donc, je vais essayer de développer ou de creuser un peu plus ce que ces termes représentent pour nous concrètement. Impossible, en tout cas pour moi, de traiter ces thèmes l’un après l’autre. Ces deux approches me paraissent non seulement inséparables mais, en quelque sorte, imbriquées comme lorsqu’on voit les veines sur une planche de chêne ou de marbre.
La fonction poétique du langage n’est pas la poésie mais elle s’infiltre dans tous les discours et dans toutes sortes d’écriture. En ce qui concerne la vie quotidienne il me semble qu’il est difficile de donner une définition de cette notion, si on peut l’appeler une notion. Le mot définition est en elle même difficile à définir. Il ne s’agit pas de se plonger dans la linguistique et autres sciences du langage. On peut juste dire qu’un mot, une notion ou un concept renvoient toujours à d’autres mots et que la « chose » en question reste inaccessible. Cependant, Albert Camus avait bien dit que « mal nommer les choses ajoute au malheur du monde ». Et quand on écoute les propos des journalistes, des « communicants » des hommes politiques et des réseaux sociaux, on ne peut que lui donner raison.
Si on revient malgré tout au mot « définition » on sait qu’à l’origine il s’agissait de fixer ou de déterminer quelque chose, la mettre dans un cadre. A ce sujet on pourrait évoquer à contrario les personnages du regretté Gotlib qui débordaient toujours des cases de ses BD. Ceci dit, pour que les personnages débordent des cases, il faut que les cases existent. On peut aussi prendre l’exemple des mots croisés où les définitions poussent le cruciverbiste à trouver la signification adéquate. Naturellement, dans ces définitions il s’agit de trouver des significations secondaires connotées dans d’autres contextes et de préférence avec humour sinon le jeu en question n’aurait aucun intérêt. Il s’agit bien de jeu car dans la plupart des cas les définitions et les « solutions » jouent sur les mots et constituent des jeux de mots. Sans s’appesantir sur les mots croisés (que Lacan conseillait aux psychanalystes), et sur certains de leurs auteurs comme Tristan Bernard ou Georges Pérec, on n’est pas très loin de « La psychopathologie de la vie quotidienne » de Freud. En fait, j’ai pris cet exemple pour en élargir le sens comme quand on se demande : « qu’est que ça veut dire ? ». Cette question ouvre un champ immense d’interprétations possibles entre les dénotations soit disant fixes et objectives et les valeurs subjectives des connotations qu’on retrouve dans les définitions des dictionnaires. On pourra me dire que cette question pose question en elle même. En fait elle se pose lorsque quelque chose a été dit. Il reste donc autre chose à dire puisque le dit n’a pas épuisé le dire.

Ce préambule est sans doute trop long et on peut se demander pourquoi faut il « préambuler » avant de déambuler.
En fait, il me semble nécessaire de s’arrêter sur le seuil (j’aurais pu dire « liminaire » qui correspond justement au seuil mais on ne reste guère sur le seuil avant d’entrer ou de sortir de la maison) à propos de ces notions telles que définition ou signification. Mais ces mots il faut les situer dans le contexte particulier où ils se manifestent qu’on pourrait désigner comme le paysage. Donc, on pourrait aussi désigner la vie quotidienne comme un chemin où peut apparaître la différence entre signification et sens. A ce propos les mots qui nous posent question constituent des éléments d’un chemin comme des pierres ou de petits pavés sans oublier les marges, les fossés, les plantes qui poussent sur les bords du chemin... Pour ne pas être trop désorienté, les jalons ou les bornes sont aussi nécessaires mais la curiosité ou le désir de trouver au-delà de nos horizons trop bornés s’ouvrent toujours des chemins de traverse. Et si on a trop de mal à définir quelque chose on peut toujours tenter de l’illustrer.

Je me permets d’ajouter quelques banalités supplémentaires : Dans la vie courante on ne fait pas vraiment attention quand on dit, par exemple : « je suis malade ». Être malade appartient donc à l’auxiliaire « Être » par opposition à l’auxiliaire « Avoir ». Mais si on peut être malade on peut aussi avoir la grippe. En espagnol et en catalan on peut être de façon différente, « estar » et « ser » selon, par exemple, si on est malade : « estoy emfermo » ou être un homme : « yo soy un hombre ». Donc en français il n’y a pas ces nuances. Par contre, dans le champ psychiatrique on parle différemment suivant les maladies somatiques et mentales et même entre les psychoses et les névroses. Par exemple on dit couramment que ce malade est schizophrène mais on dit rarement qu’il a une schizophrénie. Si un malade àa un ulcère de l’estomac il ne devient pas pour autant un ulcéré de l’estomac. Même parmi les névroses d’un côté on dit que cette malade est hystérique et d’autre côté que ce malade a une névrose obsessionnelle. Il y a donc, à ce niveau, une question d’identité, une question qui devient fondamentale pour certains malades.
Dans le même sens, lors des dialogues les plus courants, les locuteurs trouvent sans se poser de question les expressions les plus euphoniques tout en gardant la même signification. Par exemple, Jakobson explique pourquoi quelqu’un parle de Jeanne et Marguerite plutôt que Marguerite et Jeanne « car ça sonne mieux » tout comme « l’affreux Alfred » plutôt que l’ « horrible, le dégoûtant... » etc. « Sans s’en douter, elle appliquait le procédé poétique de la paronomase ». On retrouve ce genre de formulation dans de nombreux écrits où la fonction poétique reste sur le plan latent. Par exemple dans les titres des Fables de La Fontaine où « Le Chêne et le Roseau »,
« Le Corbeau et le Renard », « la Cigale et la Fourmi », etc. sonnent mieux que l’inverse.

I

UNE NOIX

Une noix
Qu’y a-t-il à l’intérieur d’une noix ?
Qu’est-ce qu’on y voit
Quand elle est fermée
On y voit la nuit en rond
Et les plaines et les monts
Les rivières et les vallons
On y voit
Toute une armée
De soldats bardés de fer
Qui joyeux partent pour la guerre
Et fuyant l’orage des bois
On y voit les chevaux du roi
Près de la rivière

Une noix
Qu’y-a-il à l’intérieur d’une noix ?
Qu’est-ce qu’on y voit ?
Quand elle est fermée
On y voit mille soleils
Tous à tes yeux bleus pareils
On y voit briller la mer
Et dans l’espace d’un éclair
Un voilier noir
Qui chavire
On y voit les écoliers
Qui dévorent leurs tabliers
Des abbés à bicyclette
Le quatorze juillet en fête
Et ta robe au vent du soir
On y voit des reposoirs
Qui s’apprêtent

Une noix
Qu’y a-t-il à l’intérieur d’une noix ?
Qu’est-ce qu’on y voit ?
Quand elle est ouverte
On a pas le le temps d’y voir
On la croque et puis bonsoir
On n’a pas le temps d’y voir
On la croque et puis bonsoir
Les découvertes

Si j’ai cité cette chanson de Charles Trenet ce n’est pas seulement parce que c’est une chanson poétique qui nous relie à la fonction poétique du langage comme de nombreuses chansons du même style mais à cause du thème même, c’est à dire de l’opacité de la vie humaine. En effet, si l’auteur écrit ces derniers mots, « bonsoir les découvertes » c’est bien pour cela qu’on ne peut découvrir que ce qui était couvert ou enfermé. Sans doute on peut évoquer les « Grandes Découvertes » c’est à dire les explorations dans des mondes inconnus. Mais on sait aussi qu’une fois ces mondes découverts ils deviennent l’objet d’exploitation, de colonisation et d’extermination. La reconnaissance de l’opacité de l’autre et du mystère qu’il présente sont rarement respectés. A titre d’exemple on pourrait reprendre la Controverse de Valladolid où il s’agissait de savoir si les indiens d’Amérique avaient une âme, donc si c’étaient des êtres humains. Comme on sait, le légat du Pape finit par reconnaître ce caractère humain aux indiens mais il affirme à la fin que ce ne sera jamais le cas des nègres. Donc, si le mot respect a un sens dans les relations interpersonnelles, dans les rencontres et les échanges, c’est bien à ce niveau qu’il faut reconnaître l’opacité de l’autre.
J’insiste sur ce point alors que depuis longtemps on prône au contraire la transparence à tous les niveaux, que ce soit sur le plan de la conscience de soi et des autres, du moi lucide, ou de la communication.
En fait, pour reprendre l’exemple de la Controverse de Valladolid, ce qui est en question c’est l’image de l’autre. C’est bien l’image des peaux-rouges et des noirs que le légat oppose à celle des blancs. Et en arrière plan le commerce des esclaves. Car si les indiens et les noirs ne sont que des animaux comme les autres on peut les faire travailler sans les payer. A ce niveau l’image d’autrui n’a aucune profondeur, aucune histoire, aucun mystère. Mais, même si on reste sur le registre du regard on peut voir la différence entre cette image stéréotypée et le visage.
Le visage, au sens de Lévinas, a une toute autre dimension, celle de la singularité, de sa propre profondeur. « Le visage parle » dit Lévinas.
Le visage est spécifique à l’être humain. Il est différent de la face et de la figure et il ne constitue pas la somme des parties de la face. Il y a quelque chose de plus que l’ensemble de ces parties, front, pommettes, joues, nez, menton, bouche, etc. Les animaux n’ont pas de visage. Ils peuvent avoir une face, un museau un groin et un regard sans doute mais le visage et le regard humains sont différents.
Dans le champ psychiatrique on peut retrouver la problématique du visage avec par exemple le « test » de Szondi.
Entre l’image de l’autre, le visage de l’autre, la parole de l’autre et ce que j’ai appelé le « mystère » ou l’opacité de l’autre on se trouve à la croisée des chemins. A ce sujet, j’ai écrit mystère plutôt qu’énigme. Je me souviens d’une réflexion de François Tosquelles qui me disait : « Tu te rends compte, il y a beaucoup de gens qui m’apportent leurs problèmes mais personne n’amène ses mystères. Les problèmes et les énigmes ont des solutions, alors que le mystère de la vie n’a aucune solution ».
La croisée des chemins c’est un lieu de rencontre. Bonne ou mauvaise. Sans insister sur la rencontre d’Œdipe et son père Laïos et la mort de ce dernier, toute véritable rencontre est inattendue. Oury comme Maldiney soulignent le caractère imprévu de la rencontre. C’est ce que souligne aussi, en se référant à Edgar Poe, Roman Jakobson :
« Tout naturellement c’est à Edgar Allan Poe, poète et théoricien de l’anticipation déçue, qu’il a été donné d’évaluer, du point métrique et psychologique, la satisfaction qui chez l’homme est liée au sentiment de l’inattendu surgissant de l’attendu, l’un et l’autre impensables sans leur contraire, « comme le mal ne peut exister sans le bien ».
On ne peut pas parler de rencontre sur le plan psychiatrique sans évoquer la « praecox gefühl » de Cornelius Rümke longuement commenté par Jean Oury. A partir de cette première rencontre qui marque le diagnostic médical pour le thérapeute mais aussi, si on se réfère à Szondi et à Schotte, le « diagnostic » non médical pour le « patient », on se retrouve sur le chemin de l’accueil ou du rejet, de l’hospitalité ou de l’exil.
On aborde ici le champ du « pathique », champ dégagé par Viktor von Weizsäker et Erwin Straus et labouré par Jacques Schotte, Henri Maldiney et Jean Oury entre autres.
Sans s’appesantir sur ce champ, il y a des éléments indispensables en ce qui concerne la vie quotidienne et aussi sur la fonction poétique. On pourra y revenir à plusieurs reprises.
Pour le moment, ce qui pourrait articuler la vie quotidienne et la fonction poétique du langage c’est peut être le récit adressé à autrui. Quelle que soit l’importance des autres éléments, c’est dans le registre de la parole qu’on peut retrouver la dimension de l’opacité et du mystère de l’autre. Quand on s’adresse à l’autre il y a toujours la dimension du transfert que ce soit volontaire ou non, que ce soit une relation « positive » ou « négative ». Et s’il y a transfert entre en jeu le désir inconscient et cet « obscur objet du désir ». Juste pour rappeler ce que disait François Tosquelles à propos d’Ulysse et du récit que celui-ci avait fait à Nausicaa de ses aventures ce qui lui avait permis de regagner Ithaque.

II

Les champs sociaux, labourés, en friche, en jachère ...

On peut élargir ces éléments au champ social avec Pierre Sansot. Ce sociologue ne semble pas se référer explicitement à la psychiatrie ni à la psychanalyse ni non plus au registre du « pathique » . Cependant, il n’est pas très loin de ces thèmes quand il décrit « Les formes sensibles de la vie sociale », l’un de ses ouvrages ou quand il évoque « La poétique des banlieues ».
Pierre Sansot s’interroge sur la position de l’observateur par rapport au thème à observer ; dans son cas c’est sur la ville, sur les stades de football ou de rugby, sur les foules, etc. Dans le champ psychiatrique et psychothérapique nous avons l’habitude de nous poser ce genre de question et il s’agit toujours d’analyser la subjectivité du thérapeute pour ne pas être encombré par ses propres opinions préconçues ou ses sentiments spontanés. On peut résumer cette approche avec la question essentielle formulée par Jean Oury : « Qu’est que je fous là ».
Sans être psychiatre ou thérapeute voici ce que dit Sansot à propos de sa démarche : « Quand l’observateur de la vie sociale raconte la manière dont il aborde et investit l’objet qu’il s’est proposé, il élabore une narration ... ». Un peu plus loin :
« Dans une approche et en vertu d’un parti pris différent, l’objet et le sujet s’entremêlent à tel point que le premier se dévoile à travers les errances, les tâtonnements, les découvertes du second ».
Je me permets de citer un autre passage plus long où l’auteur développe deux approches différentes, l’une plutôt scientifique ou cartésienne et l’autre plus sensible :

« Éloge de la description »

« Les hommes quelconques aiment le sensible jusqu’à délirer autour de lui et jusqu’à savoir que l’essentiel se situe dans l’apparaître et qu’il faut se défier de tout ce qui prétend en rendre compte ou se substituer à lui. En quoi, sans le savoir, ils rejoignent l’une des leçons de la phénoménologie. La description sera un sens irremplaçable si de son côté l’apparaître est indépassable. Si l’apparaître était un premier degré du savoir ou encore une illusion, il devrait s’évanouir au regard de la science, à l’égal de ces théories préscientifiques qui n’ont d’intérêt que pour l’historien des sciences ou pour l’érudit. Or le savoir le plus subtil, le plus rigoureux, n’entame pas la région de l’apparaître, c’est à dire que ce dernier ne constitue pas une somme d’impressions fugitives et de chatoiements mais le monde dans sa robustesse et dans son éclat tel qu’il se livre à l’homme ».
Ce passage est à mon avis très intéressant dans la mesure où Pierre Sansot évoque l’ « époché », la réduction phénoménologique de Husserl qui a pour but de « déblayer » les idées préconçues afin que le sujet puisse avoir accès à un regard « naïf ». D’autre part, quand il parle de l’ « apparaître », on retrouve des notions aussi élaborées par Jean Oury avec des expressions telles que l’ « apparaître du retrait » ou « l’élan retenu », expressions puisées chez Francis Ponge dans son poème : « La fabrique du pré ». À propos de ce terme, « pré », Oury parle d’un côté du pré de Francis Ponge, qui a existé réellement du côté de Chambon sur Lignon, et du préfixe qu’il désigne comme la préposition par excellence en reprenant des expressions telles que pré-représentatif, pré-objecivé, pré-conçu, etc. Dans le champ pathique il n’y a pas l’opposition classique entre sujet et objet. Dans le même registre Oury cite aussi à plusieurs reprises l’expression de Zutt : « Le corps en apparition ».
Même si Sansot parle des ouvrages d’Erving Goffman, auteur entre autres d’ « Asiles », je ne sais pas s’il s’est approché concrètement de la psychiatrie. Mais on trouve des convergences parmi ces approches, par coïncidence ou par une sensibilité commune envers les hommes et les femmes en situation et en société.
Puisque on se retrouve sur le champ du « pathique » on peut relever quelques éléments fondamentaux dans ce « paysage ». Par exemple, voici ce qu’écrit Jacques Schotte dans « Nosographie » :
« Cette dimension primordiale révélée par le sentir sur laquelle s’enlève tout ce qui ressortit à la perception, il s’agit maintenant de la rapporter à et de l’approcher de la notion de Stimmung.
« Pour ce qui concerne le mot de Stimung, milieu ou ambiance, l’idée dont il est porteur vient de la Grèce classique et évoque à travers une métaphore musicale une façon globale de vivre et à la fois de penser notre manière de vivre le monde. Stimmen en allemand signifie, en effet, accorder, au sens où on accorde un instrument, où on met et résonnance harmonieuse ses différentes cordes.
« …. Et ceci renvoie aussitôt à la notion de tempérament qu’on peut adjoindre à celle de l’humeur ».
« ...Aussi bien, l’horizon le plus général qu’évoque le terme de Stimmung concerne le problème du rapport harmonieux entre l’homme et le monde, rapport à l’intérieur duquel peut exister une concordance de l’homme avec lui même à plusieurs « niveaux » susceptibles de présenter chacun à leur manière spécifique de discordance, le terme se rencontre de fait dans le vocabulaire psychiatrique à propos de la schizophrénie ».
Une autre notion très importante dans le champ du pathique c’est le terme de « Umgang » proposé par Viktor von Weizsäker. Jean Oury traduit ce terme par « aller et venir autour » en ajoutant que c’est le propre de l’homme. Dans la même séance du séminaire sur les « Les symptômes primaires de la schizophrénie », Oury lie ce mouvement humain à la sculpure de Giacometti, « L’homme qui marche » en soulignant aussi une autre notion fondamentale, le rythme, en référence à Henri Maldiney et à Émile Benveniste. Cependant la traduction habituelle du terme « umgang » c’est « commerce ». Et on peut l’élargir à tous les échanges interpersonnels et à tous les niveaux. C’est pourquoi il m’a semblé intéressant d’évoquer une fois ou deux le « Café du Commerce » comme une sorte d’ « agora » où on peut s’asseoir, marcher, dialoguer, etc. Il est dommage que ce genre de conversation et les lieux où elles se produisent disparaissent peu à peu au profit sans doute des réseaux sociaux.
Tout en restant sur ce même registre, c’est à dire dans la vie quotidienne et au niveau du pathique, on peut trouver d’autres liens comme par exemple les photographies dans la rue ou à l’école en particulier avec Robert Doisneau. Il y a de multiples pistes dans ce champ d’où on peut aussi se promener, chercher, dialoguer comme les péripatéticiens de la Grecque antique
Avant d’abandonner le champ du pathique on peut revenir sur la fonction poétique ou plutôt sur la logique poétique qu’évoque Jean Oury. Pour celui-ci, c’est au niveau du champ pathique que la logique poétique trouve sa source et ses racines. Je ne sais pas si c’est uniquement dans ce champ qu’émerge la possibilité de créer. Oury, et il n’est pas le seul, lie ce champ pathique à l’objet transitionnel et à l’espace potentiel de Winnicott. Et Winnicott lui même désigne cet espace comme un lieu de culture et de création. D’autre part, Oury et Schotte articulent aussi ces champs avec le vecteur Contact du test de Szondi, où il s’agit essentiellement des relations entre le sujet et l’objet c’est à dire la mère. En fait, les notions de sujet et d’objet ne sont pas à ce niveau vraiment identifiés ni séparés. Ce qui compte ce sont les mouvements, comme s’accrocher, abandonner, aller à la recherche, etc. Enfin, on pourrait aussi lier ces champs avec, c’est le cas de le dire, la notion de jachère proposée par Masud Kahn.
Donc, on retrouve ici aussi des approches différentes qui convergent ou qui se superposent à propos de ces problématiques de base.
Puisque on évoque des métaphores plus ou moins agricoles entre le pré, les champs, la jachère et les friches, on pourrait ajouter quelques éléments concernant la terre et le terrain. Il y a une famille de mots tel que l’humus qui nous conduit facilement à l’humeur, à l’humour et à l’homme. L’humeur et les humeurs restent liées au tempérament qui pour Schotte et Oury correspond au « stimmung » illustré par le « clavecin bien tempéré ». L’humour constitue un élément indispensable dans les relations interpersonnelles surtout dans les espaces psychiatriques où il s’agit de se garder de se prendre pour soi même, de prendre du recul par rapport à son propre discours, contre les tentations de prestance en opposition à la notion de présence. On oppose classiquement l’humour à l’ironie, souvent agressive et « mordante », mais il ne faut pas oublier la méthode socratique, l’ironie socratique qui, en feignant son ignorance, permettait à l’interlocuteur de découvrir qu’il n’était pas tellement bête et ignorant de sorte que Socrate arrivait à rendre ces gens plus intelligents. C’est une méthode que François Tosquelles a largement utilisé quand il disait, par exemple, en entrant dans une réunion : « je suis venu pour apprendre ».
Ceci dit, en ce qui concerne la fonction poétique du langage, François Tosquelles, qui connaissait très bien l’œuvre de Winnicott et celle de Szondi, celui qui était aussi un ami proche de Jacques Schotte et surtout de Jean Oury, ne m’a pas parlé, autant que je m’en souvienne, du champ pathique, et je n’ai pas non plus trouvé cette notion dans ses écrits. Lorsqu’il parlait de la fonction poétique il se référait à Jakobson et à Lacan. Donc, lorsqu’il liait fonction poétique et psychothérapie il soulignait le fait que ce n’est que la fonction poétique du langage qui permettait au sujet, malade ou non, de se reconnaître en tant que sujet du désir inconscient et de reconnaître les autres. C’est peut être à ce niveau qu’on peut retrouver des liens avec le registre du pathique quand il insistait sur le fait que ce n’était pas seulement les contenus des énoncés du sujet qu’il fallait prendre en compte mais le sujet de l’énonciation, c’est à dire être attentif au rythme, aux cadences, aux hésitations aux mouvements involontaires, etc. A condition sans doute que le thérapeute ait de son côté une écoute poétique. On a bien compris que François Tosquelles n’a pas du tout tenté d’appliquer le travail des poètes professionnels ou amateurs à la psychothérapie. La fonction poétique était déjà concrètement présente dans les discours authentiques des patients et autres interlocuteurs. La lecture qu’il a fait du poème de Gabriel Ferrater, « In mémoriam » le démontre clairement.
Cependant, de nombreux poètes s’interrogent sur l’utilité de la poésie dans le champ social avec les conflits, les épreuves et les luttes. On connaît le poème d’Éluard : « La poésie doit avoir pour but la vérité pratique ». C’est un très beau poème mais je pense que la « vérité pratique » en question doit être située dans le contexte du moment. On sait qu’Éluard et Aragon ont écrit une ode à Staline. Dans le même sens voici quelques vers d’Atuhalpa Yupanqui dans : « Le poète »

« Tu te crois différent
parce que tu te dis poète
et tu as un monde à part
au delà des étoiles

A force de regarder la lune
tu ne sais plus rien voir
tu es comme un pauvre aveugle
qui ne sais où il va

Va voir les mineurs
les hommes dans les champs
et chante pour ceux qui luttent
pour un morceau de pain.

Un dernier poète qu’on peut citer également : Il s’agit de Gabriel Celaya poète espagnol avec son poème : « La poésie est une arme chargée de futur »

« Poésie pour le pauvre, poésie nécessaire
comme le pain de chaque jour
…..
Ce n’est pas une poésie goute à goutte pesée
ce n’est pas un beau produit. Ce n’est pas un fruit parfait,
c’est le plus nécessaire : ce qui n’a pas de nom
ce sont des cris dans le ciel, et sur terre des actes ... »

Je ne crois pas que les discussions et les polémiques sur une éventuelle poésie « engagée » soient vraiment essentielles. Ce sont les hommes et les femmes qui s’engagent ou non avec leur propre fonction poétique qui ne produisent pas nécessairement des œuvres poétiques.

Je me souviens de ce poète québécois, aussi bûcheron, qui avait répondu aux poètes académiciens qui lui demandaient de définir la poésie. Il a dit : « Pour moi, la poésie c’est quand deux mots se rencontrent pour la première fois ».

La référence à ce poète bûcheron nous offre une passerelle vers les problématiques de l’outil, du travail, de l’artisanat entre autres. Ce qui rejoint la « boîte à outils » et la collection du même nom fondée par Jean Oury et Pierre Delion. On sait que c’est la présence d’un tailleur de pierre qui assistait aux séminaires de La Borde qui a permis à Oury et à Delion d’exploiter le concept d’outil. S’il s’agit pour ces auteurs d’outils pour penser, analyser, créer et transmettre, on peut aussi dire quelques mots du livre d’André Velter et de Marie-José Lamothe : « Le livre de l’outil » où il s’agit du travail des ouvriers et des artisans depuis l’antiquité jusqu’à nos jours. Ces outils soigneusement élaborés, polis par l’usage, deviennent pour l’ouvrier et l’artisan « à sa main », des outils qui resteront comme leur utilisateur singuliers et uniques. Certains outils, comme la serpe, la hache ou le marteau n’ont guère changé depuis leur création. Bien sûr, avec les machines-outils et la production industrielle la notion d’outil a bien changé. Sans tomber dans la nostalgie passéiste de ces époques qui n’appartenaient nullement à un utopique âge d’or, on peut cependant critiquer cette production- consommation sans frein dans nos sociétés. C’est ce que disent les auteurs : « La production massive de biens de consommation aberrants voire nuisibles, a détruit l’alibi de la nécessité. Enfermer des millions d’hommes pour les contraindre à produire l’inutile et le désagréable, c’est programmer la déchéance de l’aventure humaine ». Les auteurs soulignent l’opposition entre l’homme muni de l’outil et conscient de son but et le système anonyme que représente une chaîne de montage : « Cette conquête, (conquête de l’univers de soi même et du sens), qui aspire à la connaissance, ne demande ni armes ni destructions ni oppressions ; elle ne requiert d’autre outil que l’esprit appliqué au maniement des siens, et impulsé par eux. J’appelle outil de l’esprit le silex taillé ou l’ordinateur, sous certaines conditions. La chaîne de montage, elle n’est pas un outil : c’est une structure à décerveler, à enlaidir, à retarder la naissance de toute liberté ».
« Toute considération seulement technique sur l’outillage est une considération étriquée ou nulle. Un geste non conscient de ses origines et de ses fins érige des murs aveugles ».
Ces quelques remarques juste pour introduire la dimension poétique de ces métiers manuels. Il faudrait lire ces pages magnifiques sur le travail du forgeron, du charron ou du luthier. Le luthier construit des luths, des violons et des guitares qui deviennent à leur tour des outils et des instruments. En même temps ce livre nous introduit aussi à la dimension historique de la vie du travail quand ce travail est véritablement créatif :
« Le véritable trésor humain, tel qu’il apparaît dans l’art, qui est intuition et maitrise du temps universel concret , et dans l’invention des outils, qui concourt à maîtriser ce temps sur le plan de l’action, aura été le plus violemment nié par les siècles industriels ».
La dimension historique dans n’importe quel travail est indispensable si on veut garder le sens du travail humain alors qu’on vit de plus en plus dans l’immédiat et où la mémoire devient de plus en plus courte. Si on évoque des événements comme la Shoa ou le Front Populaire on nous renvoie à la préhistoire. Il y a bien sûr d’autres ouvrages littéraires ou cinématographiques qui montrent l’aliénation et la souffrance subis par les hommes, les femmes et les enfants avant et pendant cette société dominée par le capitalisme et la production industrielle et post- industrielle. Tout le monde connaît « Les temps modernes » de Charles Chaplin et les romans de Zola par exemple mais on pourrait y ajouter le rapport de Villermé écrit dans les années 1830 sur l’état physique et moral des ouvriers dans les usines où travaillaient les tisserands dans des condition effroyables. Une fois de plus, je ne conteste pas l’effet positif du progrès scientifique et technique qui a permis à la plupart des gens de vivre mieux. Mais on peut s’interroger sur le sens de ces progrès lorsque on mesure uniquement la « réussite » et l’ « échec » aux millions qu’on a obtenus ou qu’on n’a jamais eus ni désirés.

III

Un détour du côté de Beckett

Quelques mots trop brefs sans doute sur Samuel Beckett. Les romans et les pièces de théâtre de Beckett représentent des personnages, qui, s’ils n’apparaissent pas toujours ouvertement comme des psychotiques, se trouvent sur cette crête où ils finissent par basculer.
Didier Anzieu a écrit un livre particulièrement intéressant sur Becket où on retrouve divers couples parfois presque en symbiose et parfois en antagonistes. Anzieu, qui a lu et relu tous les ouvrages de Beckett s’identifie à celui-ci car tous les deux ont souffert d’avoir des mères froides et rejetantes, mais des mères aussi possessives où l’enfant ne sait pas comment il peut se situer. On sait que Didier Anzieu, psychanalyste reconnu, avait fait une psychanalyse avec Jacques Lacan qui, quelques années auparavant avait écrit sa thèse sur la paranoïa et ses rapports avec la personnalité en utilisant le « cas Aimée », une malade internée à Saint Anne à la suite d’une tentative de meurtre contre sa supposée rivale dans son délire d’érotomanie. Ce que n’avait pas dit Lacan à Anzieu c’est que la malade en question c’était sa mère.
Dans son livre sur Beckett, Anzieu discute plusieurs fois avec un personnage nommé Giraud qui pourrait bien être Lacan. Mais ce qu’explique Anzieu c’est que l’origine des romans de Beckett il y a la psychanalyse qu’il a faite pendant deux ans avec Bion à Londres. Beckett était allé voir Bion à l’époque où il souffrait d’asthme, de furoncles, quand il buvait et se montrait violent. Anzieu montre comment apparaît dans « Watt », M. Knott comme le double de Bion que Watt tente d’approcher mais qui se comporte comme un persécuteur ambigu et déroutant. Watt, (Bekett) se trouve confronté ainsi à Bion comme Molloy va visiter sa mère. D’autres personnages apparaissent dans ce roman, dont Sam, avec lequel Watt entretient des échanges verbaux mais aussi physiques car les deux se tiennent côte à côte, ventre à ventre sans savoir pour quoi ce genre de contact. Les deux marchent de conserve souvent à reculons et parlent en inversant les mots et les phrases. D’autres personnages incarnent plus ou moins Bion dans d’autres romans comme « Malone meurt », « Molloy » ou « L’innommable » mais aussi la mère de Beckett. En fait, il me semble que les difficultés que cherche à surmonter Becket, c’est qu’il a du mal à trouver un tiers dans ses relations. Chaque fois, ses efforts échouent et il retombe dans une relation duelle, une dyade où il n’y a pas de rencontre. C’est le cas, je crois, dans « En attendant Godot » où le personnage que Vladimir et Estragon attendent sans espoir c’est sans doute une mère inaccessible. Beckett effectue d’autres tentatives lorsque Molloy prend des cailloux dans sa poche pour les transférer dans une autre poche ou quand Malone pendant son agonie essaie de rassembler ses « possessions » hétéroclites pour en faire un inventaire. Je ne sais pas si, comme le dit Oury, la logique poétique naît de ce champ du pathique. Je serais plutôt d’accord avec Anzieu quand il dit : « Ce chapelet de cailloux sur lequel exerce sa pensée, c’est l’allégorie du travail de création en cours ». C’est tout qui reste de ce qui aurait pu exister et qui n’a pas réellement existé. Je crois que c’est du fond de la faille, du fond de la « spaltung » que le sujet tente de se reconstruire à travers une éventuelle création poétique, littéraire ou artistique. Anzieu insiste sur la négativité foncière de Beckett avec un transfert négatif envers Bion. Bion lui avait conseillé de s’éloigner de sa mère ce qui avait provoqué l’interruption de la psychanalyse et le rejet de Bion. Ce n’est que plus tard, lorsqu’il s’est installé à Paris, donc loin de sa mère, que le changement s’est produit lorsqu’il s’est mis à écrire en français, une langue différente de sa langue maternelle.
Il faudrait développer tout ça mais on ne peut donner ici qu’un aperçu de l’expérience et du travail de Beckett, que tout soignant en psychiatrie devrait lire de préférence en groupe.

En guise de conclusion

Ces divers détours pour en arriver au champ psychiatrique tel qu’il apparaît actuellement. Comme je suis maintenant loin du terrain, j’essaie de m’informer. Ainsi, j’ai lu récemment un article dans le quotidien « Le Monde ». Il s’agit dans cet article d’un service médical spécialisé dans l’hématologie. Il semble que le professeur qui dirige ce service se soit aperçu qu’il serait utile que les membres de l’équipe, médecins, internes, infirmières, aide-soignantes et ASH, puissent parler entre eux et avoir un petit temps pour discuter des malades. Je n’insiste pas sur ce genre de découverte ni sur les spécialistes formés à enfoncer les portes ouvertes.
Certains se souviennent peut être d’une pièce de théâtre de Simone de Beauvoir , « Les bouches inutiles » où se posait la question, lors d’un siège, s’il fallait nourrir tout le monde ou sacrifier les bouches inutiles afin que les combattants puissent continuer à lutter contre les assaillants.
Si j’évoque cette pièce ce n’est pas seulement parce que quarante pour cent des malades mentaux internés dans les hôpitaux français sont mort de faim pendant l’occupation comme l’avait révélé Max Lafont dans son livre « L’extermination douce ». Car la bouche ne sert pas seulement à manger mais aussi à parler. C’est pourquoi on peut se demander si les soignants ont le droit de s’exprimer sans parler des malades, en dehors de l’application des protocoles. Il est vrai que l’application des protocoles ne nécessite pas la parole. Il suffit de cocher des cases. Ça permet sans doute de gagner du temps et comme on le sait, le temps c’est de l’argent en tout cas dans l’hôpital-entreprise. Que reste-t-il alors aux soignants et aux malades ? Si dans ce système cloisonné on trouve un vasistas ouvert, oublié qui permet de respirer, c’est ce qui reste de la fonction poétique. L’air qu’on respire, l’eau qu’on boit, le pain qu’on mange ce n’est rien d’autre que la fonction poétique du langage et qu’on continue à écraser avec ces systèmes néo-positivistes et bureaucratiques où il ne reste aucun jeu pour que les paroles et les choses jouent ensemble. Il est bien évident que dans ces situations c’est l’éthique qui est en question.
Si la fonction poétique est écrasée par la bureaucratie et les idéologies simplistes qui stérilisent toute tentative de création, on peut se référer au roman de Boris Vian, « L’arrache-cœur » où dans un village, un maquignon vend les vieux et les estropiés pour pas grand chose, un batelier est chargé de prendre sur soi la honte du village en repêchant avec sa bouche et ses dents les charognes qui flottent dans le « ruisseau rouge ». Le batelier est très riche puisque le village le couvre d’or dont il ne sait pas quoi faire. Une autre version de « L’horreur économique » de Rimbaud reprise par Viviane Forrestier. Finalement, puisque le batelier est mort, c’est le psychiatre, Jacquemort, qui s’y colle ce qui n’est que justice puisque Boris Vian propose cette métaphore où la société traite les fous comme des charognes.
Il reste peut être aux membres des équipes psychiatriques de revenir à ces questions sur ce mystère spécifiquement humain : « Qui y a-t-il à l’intérieur d’une noix, qu’est ce qu’on y voit quand elle est fermée ? ».

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