Notes sur le packing (Mai 2016), Pr David Cohen

mardi 17 mai 2016, publié par Michel Balat


NOTE SUR LE PACKING

Professeur David Cohen

Le packing est une pratique de soins qui consiste à envelopper dans des draps humides des personnes en règle générale en situation d’agitation ou d’automutilation, pour essayer d’apaiser et de contrôler ces troubles du comportement. Quelles que soient les polémiques concernant ce traitement, cela relève surtout de la thalassothérapie et du soin adjuvant.
Quelques mots d’un point de vue historique
Le packing à l’époque où il n’y avait aucun traitement médicamenteux pour soigner les malades psychotiques agités, s’inscrivait dans la panoplie des traitements par hydrothérapie. On trouve dans la littérature ou dans les anciens traités, finalement deux indications principales, soit une alternative à la contention et en particulier à la contention mécanique, soit le packing avec consentement du patient et sur une période un peu plus prolongée quand on veut justement essayer de contrôler les troubles du comportement. Egalement dès les années 30, il est proposé dans les dermatites atopiques à la Mayo Clinic aux USA.
Chez l’adulte
La plus ancienne publication à ma connaissance est publiée dans le British Medical Journal (1878) où l’on décrit un cas de délirium tremens qui a été contrôlé grâce à un enveloppement humide. Intéressante et rapportée dans l’article, l’appréhension du patient lorsqu’il sort de son delirium tremens devant la sortie des draps. Il dit au médecin que c’est la seule chose qui lui a permis de l’apaisement. Le premier important papier est publié en 1916 dans le Journal of Nervous and Mental Diseases par Adler, où il décrit une série d’un millier d’enveloppements avec des effets calmants dans la très grande majorité des cas.
Avec l’avènement des neuroleptiques et des antipsychotiques, la pratique du packing est devenue beaucoup plus limitée, même s’ils ont finalement toujours été utilisé en psychiatrie d’adultes de manière relativement marginale. En terme de publications dans la littérature internationale, Ross rapporte dans l’American Journal of Psychiatry (1988) une série de 46 cas où il décrit le packing comme étant tout à fait sûr comme pratique, 38 patients sur 46 sont décrits comme calmés par les enveloppements, qui étaient d’abord utilisés comme alternative à la contention dans cet article, mais Ross remarque que 30% des patients demandent à poursuivre les enveloppements alors que d’un point de vue de l’agitation ou des automutilations ils allaient mieux. Très récemment les collègues Suisses Opsonner (2016) ont publié une série de 172 enveloppements. Ils ont noté que ces enveloppements étaient essentiellement pratiqués au niveau de soins infirmiers sur prescription médicale. Le packing était associé à une diminution de la posologie d’antipsychotiques et d’anxiolytiques. Par ailleurs ils confirment également le caractère tout à fait sûr de cette pratique.
Chez l’enfant
La pratique est beaucoup plus limitée en pédiatrie mais rappelons qu’il existe 2 indications classiques : l’enveloppement sec pour les risque d’hypothermie chez les prématurés ; et l’enveloppement humide pour les dermatites atopiques. Plusieurs études ont été publiées. De nombreux livres de dermatologie en français recommandent du reste la méthode. D’un point de vue historique pour la psychiatrie, j’ai retrouvé un vieux textbook allemand qui date des années 1850 avec un schéma qui présente un enveloppement humide d’enfant. Sinon la première publication est une série de 8 cas dans le JAMA (1921) d’enfants ayant présenté une encéphalite de Von Economo et des troubles du comportement résiduels. Pour contrôler les troubles du comportement, ils ont utilisés des enveloppements secs ou humides, et montré que les enveloppements humides étaient beaucoup plus efficaces dans les cas sévères.
Plus récemment Goeb et coll. (l’équipe de Lille, 2008) ont décrit une dizaine de cas d’autistes avec troubles du comportement qui s’étaient améliorés après enveloppements humides. Enfin, plusieurs publications (dont certaines de mon équipe) ont rapporté soit des cas uniques, soit des séries de cas présentant un syndrome catatonique, des troubles du comportement associés à l’autisme ou à des pathologies borderline avec les mêmes résultats à savoir que le packing apparait comme un traitement adjuvant intéressant. En tout, une trentaine de cas ont été rapportés.

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