Stage à la Borde du 14 au 18 mai 2017

dimanche 29 octobre 2017, publié par Michel Balat


Argument du stage

Accueillir et prendre soin de patients psychotiques au long cours en s’appuyant sur une même équipe au sein d’un établissement psychiatrique semble de moins en moins être la stratégie actuelle de la psychiatrie. Cette politique de santé initiée dans les années 70 par la circulaire sur le secteur a été remise en question depuis une trentaine d’années. Une division administrativoéconomique de plus en plus marquée entre le sanitaire (dont le rôle est réduit au traitement de la crise), le médicosocial ( prise en charge du handicap) et le social ( groupes d’entraide mutuels, familles et pairs aidants) nous oblige à résister pour maintenir une continuité humaine et relationnelle des soins face à ce découpage fortement critiqué par de nombreuses familles qui sont amenées contre leur gré à compenser ce délitement.

Cette nouvelle orientation dans la prise en charge des soins psychiatriques pour les pathologies « lourdes » s’appuie sur un changement de conception de l’homme et de la folie. En effet, aujourd’hui, la psychiatrie redevient une branche de la neurologie où l’organe malade est le cerveau que l’on doit remettre dans un fonctionnement normal à l’aide de molécules et de psycho(neuro)éducation. Le « reste » de cette approche est le handicap que notre société doit accompagner à l’aide du médico-social et du social.

Notre point de vue est différent, nous ne pouvons réduire le délire, les hallucinations, les troubles graves du comportement, les troubles de l’humeur à un dysfonctionnement neurobiologieque de notre cerveau. Nous pensons qu’il y a une intrication très profonde entre la causalité neurobiologique et la causalité psychique et que nos patients ne sont pas à rééduquer mais à accueillir dans leur singularité en tenant compte de leur historial et de leurs entours afin de permettre la reconstruction d’un monde habité et habitable.

Pour cela il faut que les travailleurs puissent s’engager dans les risques psychiques de la rencontre avec ces patients profondément touchés dans leur existence et dans leur capacité d’être avec l’autre. Cet engagement au long cours, ces rencontres transférentielles sont supportables à la condition de pouvoir penser et élaborer des stratégies collectives pour tenir face à des manifestations psychopathologiques parfois très difficiles à supporter et qui nous mettent en difficulté. Comment éviter de se débarrasser de ces patients « qui ne seraient pas adaptés à notre structure de soin » quand les débordements pulsionnels nous épuisent et touchent nos limites. Comment travailler pour sans cesse adapter nos capacités d’accueil et tenir compte de la singularité de chacun de ces patients en souffrance ?

Le club et la responsabilisation concrète des patients dans la vie quotidienne sont une gageure à remettre sans cesse en mouvement pour soutenir une thérapeutique active où le potentiel soignant des patients est pris en compte et opérotropisé.

Des réunions de constellations permettent de penser le cheminement singulier de nos patients et d’accueillir chez les travailleurs les effets psychiques parfois insoutenables de cette souffrance qui prend les formes les plus variées et les plus improbables du fait de cette existence dissociée propre à la psychose.

Sans cesse confrontés au chaos de la psychose nous devons inventer collectivement des praticables en laissant place aux initiatives individuelles, aux bricolages qui trouvent des chemins auxquels nous n’aurions jamais pensé et qui permettent de greffer de l’ouvert dans ces univers clos et stéréotypés.

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